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Karim Miské

Numéro 30. S'appartenir avec Karim Miské

1h
À retrouver dans l'émission

Karim Miské est né à Abidjan d'un père diplomate mauritanien et d'une mère assistante sociale française. Enfant il entend le mot "bâtard" dans la bouche de son grand-père qui commence à perdre la tête. Des années plus tard il écrit "S'appartenir" un récit sur l'appartenance et comment y échapper.

Karim Miské
Karim Miské Crédits : Antoine Rozes

Il est 23h et il y a des mots dont la déflagration se fait attendre. Il y a des mots qui vont exploser dans nos vies. Ils auront été prononcés il y a longtemps. On aura cru y échapper. Pourtant la détonation sera telle qu’on ne pourra plus vivre comme avant. On croit que la parole peut être « décomplexée », se laisser aller, alors que la parole doit rester complexe si on veut rester en vie. Le récit de Karim Miské commence par cette phrase : Au commencement il y a la honte. Au commencement en vérité il y a un mot : le mot bâtard. Prononcé par le grand-père du petit Karim, « un uppercut venimeux, comme une morsure de vipère » écrit il. Un grand-père pourtant aimant, mais qui perd la tête. Un vieil homme français, blanc, qui n’a pas complètement avalé l’arrivée d’un gendre d’un autre continent. Ce mot là sort quand Karim a 10 ans, il n’explose que plus tard dans un corps d’adulte et d’écrivain. Ce corps là écrit en majuscules : BOUM LA VERITE. Il décrit ces moments où les êtres humains se transforment en statues de sel tellement le mot a glacé. Ne disent rien, sont pétrifiés. Attendent la seconde d’après. Alors c’est le début de l’intranquillité, l’adieu aux bons sentiments. Karim Miské s’interroge sur l’appartenance. Quand on est fils d’un diplomate mauritanien et d’une assistante sociale française, on est où ? On entend : Tu ne devrais pas être. Tu es la pièce rapportée. Et surtout on vit comme si de rien n’était. Puisque les mots ça détruit discret. Karim Miské c’est aussi celui à qui tous ses amis font la même blague : c’est quand déjà que tu résous le conflit israélo palestinien ? Il se décrit lui-même comme : « Le mec assez dingue pour penser que sa colère seule suffirait à tout foutre en l’air : les identités, la haine » Karim Miské c’est le mec assez dingue pour raconter 14 siècles d’histoire entre les juifs et les musulmans, dont 13 où les contacts et les liens étaient proches. C’est le mec assez dingue pour raconter l’histoire des musulmans de France – et poser une question simple : Comment on fait pour être inclus ? par où on rentre ? y a un guichet ? Chaque jour des mots sont lancés : identité, patriotisme, nation, frontières, comme ça. Comme si ça ne faisait pas mal. Karim Miské les ajuste les mots – au lieu d’appartenir il dit : n’appartenir – puis s’appartenir. Il tente d’atténuer l’impact, il réduit les coups. C’est le mec assez dingue pour s’intercaler entre les mots et les corps. Il s’interpose. Il invente l’airbag, cet air qui nous fait respirer et nous empêche de nous cogner.

Karim Miské, écrivain et réalisateur de documentaires. Il a écrit un récit autobiographique aux Editions Viviane Hamy : N'appartenir, devenu un roman graphique : S'appartenir.

Mamadou Fédior, son ami et co fondateur du restaurant sénégalais PITCH ME à Paris. Des soirées littéraires et documentaires sont organisées.

LIVE : CLEMENT BAZIN

Bibliographie

"S'appartenir" de Karim Miské et Antoine Silvestri

S'appartenirKarim MiskéViviane Hamy, 2016

Intervenants
L'équipe
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Réalisation
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