LE DIRECT
Belinda, Marie Dumora

Numéro 23. Tenir des mondes à bout de bras

1h
À retrouver dans l'émission

Marie Dumora a réalisé "Belinda", elle suit cette jeune fille de ses 9 à ses 23 ans, qui fait partie d'une famille yéniche de l'Est. Delphine Minoui a suivi les jeunes insoumis de Daraya en Syrie, qui ont créé une bibliothèque secrète. Lula Pena chante la mélancolie avec sa voix profonde.

Belinda, Marie Dumora
Belinda, Marie Dumora

Il est 23h et il faut organiser les retrouvailles. La vie ce serait un effort permanent pour organiser les retrouvailles avec des gens qu’on n’a jamais connus. Qu’on ne voit pas, qui sont loin. Qui sont hors champs, mais qui nous font renouer avec l’intensité. Avec quelques sentiments pas quotidiens : le courage ou la révolte. Marie Dumora filme Belinda, elle a 9 ans, puis 15, puis 23. Elle est placée dans un foyer, on la filme en train de préparer un baptême, un parloir avec son père, un projet en mécanique. Quand on vit dans des espaces réduits, il vaut mieux y mettre de la puissance. Elle passe son temps au téléphone, pour raccourcir les distances, parce que toujours, quelqu’un manque. Belinda a envie d’aimer, de se marier, elle rêve d’un cortège en calèche, de chaussures dorées. Elle a le panache et l’allure de vouloir tout en grand. Elle dira : j’ai hâte que tout soit beau. Marie Dumora la connait depuis des années. Delphine Minoui s’est aussi donnée le temps. Elle n’a pas pu aller à Daraya en Syrie, mais on ne peut pas se dire qu’on ne racontera pas ce qu’on ne voit pas, et qui pourtant est important. Elle entre alors en contact avec les jeunes insoumis de Daraya. Ils ont 23 ou 24 ans, ils sont à 7 kilomètres au sud-ouest de Damas. Ils fabriquent une bibliothèque secrète dans un souterrain, pour s’échanger les livres de Paulo Coelho ou de psychologie. Ils en réunissent 15 000, ils organisent des règles et des horaires d’ouverture. Delphine Minoui reçoit des appels Whatsapp et des vidéos. Eux aussi ont hâte que tout soit beau. Ils ont de l’humour. Ils disent en pleine guerre : tu ne cesses de creuser des tunnels pour te protéger, qui sait, tu vas finir par déterrer un trésor… Ce sont des mondes tenus à bout de bras. Des êtres qui affaiblissent l’histoire avec un grand H et l’idée qu’il y a un ordre des choses, c’est l’inquiétude qui se transforme en arme, pour absolument aimer l’idée d’être demain, beaucoup plus que celle d’avoir été hier.

Marie Dumora, réalisatrice. Son film Belinda est en salles depuis le 10 janvier. Il suit à des âges différents, sur le temps long, les pas de Belinda,  jeune femme que la réalisatrice a rencontrée en 2000, dans un foyer de l’Est de la France, où sont placés des enfants abandonnés. Belinda est  Yéniche. La langue des Yéniches d’Alsace comprend des emprunts à la langue allemande, yiddish, alsacienne et manouche.  Avec ses mots, filmée dans son quotidien, elles font, ensemble, d’un  côté et de l’autre de la caméra, un film qui évoque bien moins cet  ancrage sociologique que l’amour, la question du lien, la fidélité, la perte, ce qui nous pousse à vivre…

Delphine Minoui, correspondante en Turquie pour Le Figaro. Grand  reporter spécialiste du Moyen-Orient, elle sillonne depuis vingt ans le monde  arabo-musulman. Après Téhéran, Beyrouth et Le Caire, elle vit  aujourd'hui à Istanbul, où elle continue à suivre de près l’actualité  syrienne. Son livre Les Passeurs de livres de Daraya (Seuil, 2017), raconte l’histoire d’une bibliothèque secrète dans une banlieue syrienne  assiégée par le régime de Damas entre 2012 et 2016 : une quarantaine de  jeunes révolutionnaires syriens fait le pari insolite d’exhumer des  milliers d’ouvrages ensevelis sous les ruines pour les rassembler dans une bibliothèque clandestine, dans un sous-sol  de la ville…

LIVE : Lula Pena. La chanteuse portugaise quitte la première fois Lisbonne à l’âge de 15 ans pour Bruxelles. Son dernier album Archivo Pittoresco  (2017), tissé de folk, blues, flamenco, chanson française, fado et bossa nova, reflète le  vagabondage... Ses textes circulent entre portugais, français, anglais,  espagnol, italien et grec. Ses prochains concerts en France : le 30 janvier à l’Alhambra (festival « Au fil des voix ») à Paris ; le 02 mars à Montbéliard (25) ; le 25 mai à la Maison Populaire de Montreuil (93).

COUP DE FIL A UNE SCENE NATIONALE : Héla Fattoumi et Eric Lamoureux. On reste à l’Est avec le couple de chorégraphes, qui présentent leur pièceOscyl les 30 et 31 janvier aux 2 Scènes, Scène Nationale de Besançon (25). Inspirées des sculptures biomorphiques de Hans Arp, les « oscyl » sont sept sur le plateau, qu’elles partagent avec sept danseurs : ce bal entre humains et marionnettes, fait d’étreintes et d’effleurements, interroge les relations à l’autre, à l’espace et à la communauté. 

Intervenants
L'équipe
Production
Réalisation
Avec la collaboration de
À venir dans ... secondes ...par......