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Andrzej Wajda à Paris, Septembre 1978.

Andrzej Wajda (1926-2016) : un artiste citoyen

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Né en 1926 à la frontière lituanienne, résistant contre l’occupant nazi à 16 ans, étudiant aux Beaux-Arts de Cracovie puis à l’école de cinéma de Lodz, Andrzej Wajda n’a eu de cesse de chercher et de montrer la vérité dans un système totalitaire soumis au diktat de la censure et au dogme communiste.

Andrzej Wajda à Paris, Septembre 1978.
Andrzej Wajda à Paris, Septembre 1978. Crédits : Getty

Le 9 novembre 1989, le mur de Berlin tombe. Huit ans auparavant, en 1981, le réalisateur polonais Andrzej Wajda réalise dans l’urgence, L’homme de fer. Le tournage, « à chaud », raconte, sous forme de fiction, la création à Gdansk de Solidarnosc (Solidarité), le premier syndicat libre dans un pays communiste. Le film reçoit, la même année, la Palme d’or à Cannes. Mais il constitue aussi la première brèche annoncée, sur grand écran, dans un rideau de fer aujourd’hui complètement détruit. 

Andrzej Wajda tenant un magazine allemand avec son film 'Kanal' en couverture, Varsovie, avril 1957
Andrzej Wajda tenant un magazine allemand avec son film 'Kanal' en couverture, Varsovie, avril 1957 Crédits : PAP - Maxppp

Visionnaire, Andrzej Wajda est sans conteste un des plus grands réalisateurs de l’histoire du cinéma européen et mondial. En tout cas, le plus connu des cinéastes polonais en France.  

Sa trilogie, L’homme de marbre (1977), L’homme de fer (1981), L’homme du peuple (2013), balaie l’histoire polonaise et de l’Europe centrale sur un demi-siècle depuis l’ouvrier stakhanoviste jusqu’au vainqueur du communisme nommé Lech Walesa, en passant par la naissance du syndicat « Solidarnosc ». Une époque charnière qui voit s’écrouler l’empire soviétique après la chute du mur de Berlin. Cosmopolite et réalisateur de plus de 40 films, documentaires et œuvres pour la télévision ainsi que de 50 pièces de théâtre, ses grandes fresques aux accents épiques et au ton romantique lui ont valu le qualificatif d’artiste citoyen.

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Archive INA : A. Wajda au sujet du rapport entre cinéma et politique et l'impact de la chute du mur sur l’intérêt porté au cinéma polonais. France Culture- - Emission Tout arrive 14/04/2003

D’ailleurs, véritable conscience morale et artistique de son peuple, Andrzej Wajda le disait lui-même

Le créateur est redevable à la réalité dans laquelle il vit : ses œuvres n’ont pas d’autre signification. L’art est destiné à la vérité. Il peut sauver le monde. Toute intrigue et manipulation doivent en être banni.

En 1982, suite à la loi martiale du 13 décembre 1981, Andrzej Wajda déserte la Pologne soumise à l’état de guerre pour tourner son film Danton à Paris. Il y mêle ses propres convictions politiques et historiques sur la révolution française. Jean Claude Carrière signe le scénario. Avant le clap départ, Wajda emmène Gérard Depardieu à Varsovie rencontrer Lech Walesa pour lui présenter un héros vivant, en action. Depardieu comprend instantanément son rôle. La même année, le film obtient le Prix Louis Delluc et Wajda reçoit le César du meilleur réalisateur.

Andrzej Wajda sur le tournage de "Pan Tadeusz : Quand Napoléon traversait le Niémen" en Pologne, 1999.
Andrzej Wajda sur le tournage de "Pan Tadeusz : Quand Napoléon traversait le Niémen" en Pologne, 1999. Crédits : Getty

En parallèle avec la Grande Histoire, Wajda continue son devoir de vérité organique à travers deux époques littéraires qui l’ont inspiré tout au long de sa carrière : celle des romanciers du XIXe siècle et celle de la jeune Pologne (1890-1918).

Wajda y cultive un lyrisme à fleur de peau avec une nature filmée comme une succession de tableaux impressionnistes. Etudiants aux Beaux-Arts de Cracovie, il rêve de devenir peintre. Il le réalisera avec une caméra quand il tournera Le bois de bouleaux (1970), Les demoiselles de Wilko (1979), Chronique des événements amoureux (1986) ou encore Pan Tadeusz (1999). Ces films correspondent à l’époque de son enfance et de son adolescence. Sur l’écran, les sentiments des personnages y sont quasiment autobiographiques même s’ils sont adaptés de romans célèbres. L’émotion semble venir d’un Eden onirique voire perdu.

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Archive INA : A. Wajda au sujet du succès de son film "Pan Tadeusz" malgré son écriture en vers et une réflexion sur le public polonais.France Culture Emission Tout Arrive

Andrzej Wajda frôlera l’Oscar du meilleur film étranger en 2008 pour Katyn, l’histoire dramatique de son père Jakub, capitaine d’infanterie exécuté d’une balle dans la tête par les soviétiques en 1940. 

22 000 officiers et intellectuels polonais disparaissent dans ce massacre stalinien. Andrzej Wajda a 14 ans.

Les cinéastes Andrzej Zulawski et Andrzej Wajda, 1965.
Les cinéastes Andrzej Zulawski et Andrzej Wajda, 1965. Crédits : Tadeusz Kubiak - Maxppp

Jusqu’à la fin de sa carrière, Andrzej Wajda met son idéalisme au service de « l’Histoire » telle qu’elle fut et non telle qu’on pouvait se l’imaginer.

Ainsi, dans Les fleurs bleues réalisé en 2015, un an avant sa mort et consacré au peintre d’avant-garde Wladyslaw Strzeminski (1893-1952), Wajda montre l’humiliation et la clochardisation de l’artiste rebelle dans la Pologne soviétisée des années 50. A travers cette révolte contre le réalisme socialiste imposé, le cinéaste polonais renvoie à l’intolérance des pouvoirs populistes européens obsédés par la propagande nationaliste et la culture patriotique. « Je voulais parler des temps révolus de la norme. Pourvu qu’ils ne reviennent pas ! » déclare Wajda à la sortie du film. Ce sera son testament cinématographique.

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Les fleurs bleues achèvent sa vie morale et artistique en constituant aussi le miroir de son engagement pour la liberté des hommes et leur intégrité. Wajda a tenté de dire la vérité jusqu’au bout. Question d’éthique ! La boucle est bouclée.

Avec : Krystyna Janda, actrice dans l’ensemble de l’œuvre ; Jerzy Radziwilowicz, acteur de L'homme de marbre et L'homme de fer ; Tadeusz Lubelski, historien du cinéma polonais et ami de Wajda  ; Wojciech Pszoniak, acteur ; Ania Szczepanska, documentariste et historienne du cinéma ; Jean-Claude Carrière, scénariste d’Andrzej Wajda ; Margaret Menegoz, productrice française des films de Wajda ; Krzysztof Zanussi, cinéaste.

Traduction : Agata Kozak, François Teste, Stéphane Cosme 

Un documentaire de Dominique Prusak réalisé par Anna Szmuc. Prise de son : Yann Fressy. Mixage : Alain Joubert. Archives INA : Isabelle Fort Rendu. Recherche et documentation : Annelise Signoret. Collaboration : Suzanne Saint-Cast.

Bibliographie :

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Pour aller plus loin :

Wajda par Wajda : une leçon de cinéma à voir sur Canal-U.

Biographie d’Andrzej Wajda proposée par l’Institut Adam Mickiewicz, chargé de promouvoir la culture polonaise à l’étranger.

Site de l’école et du studio de cinéma créés à l’initiative d’Andrzej Wajda à Varsovie.

Biographie signée Anne Vignaux-Laurent pour le magazine Jeune Cinéma (2012).

Bio-filmographie sur le site du Ciné-club de Caen.

Wajda dans les archives de Ciné-Ressources et de la Cinémathèque française.

L'institut polonais à Paris : Son objectif est de diffuser la culture, la science et l'art polonais en France et participer à la mise en œuvre de la coopération culturelle, scientifique et technique entre la Pologne et la France.

Les films Kanal au cinéma en version restaurée à partir du 4 décembre 2019 et Cendres et diamant en DVD sur le site de Malavida. 

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