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Ariadna Efron, 25 ans, 15 mars 1937, départ de Paris pour une nouvelle vie en URSS

Ariadna Efron (1912-1975), dans les labyrinthes de l’Histoire

58 min
À retrouver dans l'émission

Si l’oeuvre de Marina Tsvetaeva est aujourd’hui reconnue, on le doit au destin et au tempérament exceptionnels de sa fille, Ariadna Efron, seule survivante d’une famille broyée par l’Histoire. Elle sera la première éditrice des poèmes de sa mère.

Ariadna Efron, 25 ans, 15 mars 1937, départ de Paris pour une nouvelle vie en URSS
Ariadna Efron, 25 ans, 15 mars 1937, départ de Paris pour une nouvelle vie en URSS Crédits : Musée mémorial de Marina Tsvetaeva à Moscou, 6/1 rue Boris et Gleb

"Chaque jour j’appelle à l’aide un miracle qui me ramène dans le monde des vivants", Touroukhansk, 8 novembre 1952.

Cette voix, qui s'élève de l'immensité vide de la Sibérie, est celle d'une femme au destin hors du commun. Seule survivante des épreuves de l’Histoire, Ariadna Efron est celle qui sauvera de l’oubli l’œuvre de sa mère, la grande poétesse russe Marina Tsvetaeva.

Née à Moscou en 1912, Ariadna a 5 ans lorsqu'éclate la Révolution d'Octobre. Son père, Sergueï Efron, est parti combattre les Bolcheviks dans l'Armée Blanche. Auprès de sa mère et de sa petite sœur Irina, elle survit dans un grenier de la rue Boris-et-Gleb, à deux pas de la place de l’Arbat, se nourrissant de pommes de terre gelées, mais surtout de l'amour de la poésie, que lui transmet Marina.

En 1919, en pleine Guerre Civile, elle connaît l'abandon, la faim et le froid, dans un orphelinat de la banlieue de Moscou. Cette épreuve de l’enfance annonce le grand exil qu'elle connaîtra, adulte, de 27 à 43 ans, condamnée à seize ans de Goulag.

Après la Révolution, la guerre, l'exil, la terreur stalinienne et la déportation, Ariadna porte le deuil d’une famille au destin tragique : sa sœur Irina meurt de faim en 1919, sa mère Marina Tsvetaeva se suicide en 1941, son père Sergueï Efron est arrêté et fusillé la même année, son frère Gueorgui meurt au front en 1944, à l’âge de 19 ans.

En Sibérie, Ariadna survit grâce au soutien d’un grand écrivain, qui fut le grand amour épistolaire de Marina : Boris Pasternak. Au camp, Ariadna est la première lectrice de son manuscrit transmis en secret, Le Docteur Jivago.

De retour d’exil en 1955, fidèle à la mémoire des siens, Ariadna consacre les vingt dernières années de sa vie à rassembler et faire éditer les poèmes de sa mère. C'est grâce à elle que nous est parvenue, aujourd’hui, l’œuvre de Marina Tsvetaeva.

Ariadna meurt en 1975, à l'âge de 63 ans, emportant son mystère : avec un père engagé du mauvais côté de l'Histoire, et une mère au génie poétique censuré par le pouvoir, elle est restée fidèle à ses convictions prosoviétiques, jusqu’à la fin de sa vie.

À travers la parole intime de deux femmes qui ont connu Ariadna, ainsi que le témoignage d’un "héritier" de la nouvelle génération, le documentaire se propose de redonner "voix" à un personnage oublié de l'Histoire, et de rendre hommage à cette "fille-prodige", restée dans l’ombre de sa mère.

"Cette vie a beau te faire souffrir ; réjouis-toi, Alia, d’être ce que tu es", Boris Pasternak, 6 décembre 1950.

En bonus, écoutez ci-dessous Aleksandra Svinina, réalisatrice du film "Élégie de Paris", décrire un portrait d'Ariadna Efron qu'elle a utilisée dans son documentaire. Comme un "selfie", pris à Meudon en 1929 :

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4 min
Aleksandra Svinina décrit une photo d'Ariadna Efron

Par Estelle Gapp. Réalisation : Manoushak Fashahi. Prise de son : Marcos d'Arras et Valérie Lavallart. Mixage : Manuel Courturier et Bernard Laniel. Documentation : Maria Contreras. Liens internet : Annelise Signoret. Lectures : Sylvia Bergé, de la Comédie-Française.

Un grand merci à Sabine Norroy (éditions des Syrtes), Aleksandra Svinina (co-présidente de l'Association Marina Tsvetaeva), Danièle Salque, Yulia Dorina et Karim Houfaïd.

BIBLIOGRAPHIE

  • Véronique Lossky, Marina Tsvetaeava, Poésie lyrique, volume I et II, éditions des Syrtes, 2015.
  • Irina Emélianova, Légendes de la rue Potapov, traduction Gérard Abensour, éditions Fayard, 2002.
  • Ariadna Efron, Chroniques d’un Goulag ordinaire, traduction Simone Goblot, éditions Phébus, 2005.
  • Ariadna Efron, Marina Tsvetaeva, ma mère, traduction Simone Goblot, éditions des Syrtes, 2008.
  • Ariadna Efron, Boris Pasternak, Lettres d’exil (1948-1957), traduction Simone Luciani, éditions Albin Michel, 1988.

LIENS

Association Marina-Tsvetaeva "Etoiles-Averses"

Unique film documentaire français consacré à Marina Tsvetaeva, avec des photos inédites d'Ariadna Efron. Réalisation : Aleksandra Svinina, 2010 (52').

Sténographe de l’être : critique mêlée de Vivre dans le feu, Confessions, de Marina Tsvetaeva, et de Chronique d’un goulag ordinaire, d’Ariadna Efron, parue dans la revue Spirale.

Marina Tsvetaeva et Ariadna Efron, le combat du lyrisme contre le totalitarisme : chronique de l'écrivain et photographe Thierry Guinhut à lire sur son site.

6 avril 1953 : Ariadna Efron, Lettres d'un goulag ordinaire, à lire sur le blog Terre de femmes.

Envoyées au Goulag, elles témoignent. Recension d’un ouvrage rassemblant 19 témoignages de femmes russes envoyées dans un Goulag, dont Ariadna Efron.

A propos du Journal (1939-1943), de Georgui Efron, frère d’Ariadna.

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