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Portrait de Guy Bourdin vers 1950-1955

Guy Bourdin (1928-1991), un certain sourire

58 min
À retrouver dans l'émission

Admiré pour avoir fait basculer la photo de mode dans une dimension narrative, Guy Bourdin aimait créer des énigmes. Glamour, inquiétantes, et sans doute engendrées par celles qui ont jalonné, de façon accidentelle, sa propre vie.

Portrait de Guy Bourdin vers 1950-1955
Portrait de Guy Bourdin vers 1950-1955 Crédits : The Guy Bourdin Estate, 2019

Comme Céline en littérature, vous savez, il y a un avant et un après Bourdin, dans la photo de mode.

Francine Crescent, rédactrice en chef du Vogue Paris, au moment de la disparition de Guy Bourdin. 

Elle l’avait rencontré en 1955, alors qu’il expose ses premières photos dans une galerie de la rue de Seine, à Paris. Elles s’inscrivent alors dans la tradition humaniste de l’époque, mais se révèlent moins heureuses que celle de Doisneau ou de Cartier Bresson, et dépeignent un Paris aux murs lépreux et aux enfants misérables. Déjà, elles provoquent, et Man Ray signe la préface de son catalogue :  "Guy Bourdin est très jeune. C’est déjà en sa faveur. Je ne dirai pas si Guy Bourdin a quelque chose de significatif à nous montrer, je n’aime pas les éloges. Néanmoins, je peux affirmer que Guy Bourdin cherche avec ardeur à ne pas être seulement un bon photographe".

Charles Jourdan, Eté 1978
Charles Jourdan, Eté 1978 Crédits : The Guy Bourdin Estate, 2019

Les débuts professionnels de Guy Bourdin sont éblouissants, mais dans son idéal, c’est la peinture qui le fait rêver, avec des couleurs primaires et saturées, et des icônes comme Ingres, Balthus et Man Ray. 

Archive personnelle de l'artiste non datée
Archive personnelle de l'artiste non datée Crédits : The Guy Bourdin Estate, 2019

C’est par la photo, toutefois, qu’il se fera connaître et imposera son style, à travers les pages de Vogue, notamment, qui s’offre à lui en lui donnant chaque mois carte blanche.  C’est aussi l’époque où Charles Jourdan lui confie ses campagnes publicitaires. 

Charles Jourdan, Eté 1978
Charles Jourdan, Eté 1978 Crédits : The Guy Bourdin Estate, 2019

Il rompt avec les codes en vigueur, installe les mannequins devant des lapins évidés, fait disparaître leur visage au profit d’une porte, d’une prise, d’une scène de crime. Crée une tension. Avec lui et pour la première fois, la publicité devient un prétexte, un alibi à ses étranges compositions : une narration, une histoire, un petit film farceur, aux allures lynchéennes ou hitchockiennes.

Ce sont les années de la libération de la femme, mais c’est un univers où l’inquiétude souvent s’installe, et signe comme un avertissement. Quelle serait la menace, en ces années 70 ? D’après Serge Lutens, cité par Anthony Haden-Guest dans un article de The New Yorker : "Ce que faisait Guy, c’était de mener sa propre psychanalyse dans le Vogue".

Charles Jourdan, Eté 1978
Charles Jourdan, Eté 1978 Crédits : The Guy Bourdin Estate, 2019

Si tous ses proches s’accordent à se souvenir d’un homme doux au sourire en coin, il demeure difficile, d’après Anne Morin, directrice de l’agence Di Chroma, de cerner Guy Bourdin : "Certainement parce qu’il avait cette aura étrange qui l’enveloppait. Cette chose qui échappe est partout, elle envahit tout, elle déborde. Elle disparaît ici pour réapparaître plus loin. Elle joue à cache -cache dans ses images, mais pas seulement.  Dans sa vie aussi, celle de tous les jours, comme si ce quelque chose extraordinaire se moquait de son revers, de l’ordinaire. Guy Bourdin, c’est un enfant terrible… II avait pourtant bien des circonstances atténuantes."

Charles Jourdan, Polaroid, Eté 1978
Charles Jourdan, Polaroid, Eté 1978 Crédits : The Guy Bourdin Estate, 2019

Une enfance chaotique, erratique, prolongée par une vie amoureuse au moins aussi accidentée, scandée par de nombreuses ruptures affectives, alors qu’une forme de gloire l’entourait. Jamais pourtant, à la différence d’Helmut Newton, auquel il est souvent comparé, il ne célèbre dans ses photos ou dans sa vie l'univers du luxe, préférant en peindre la tristesse sourde, les coulisses. La montée de l’individualisme, la libération ambiguë de la femme, prise dans des ambiances urbaines, des chambres d’hôtel, des grillages, des fenêtres qui donnent sur le vide. Et toujours des portes ouvertes sur des histoires à inventer, où la menace, souvent conjuguée au glamour, est la clef. 

Écouter
38 sec
Archive INA : Agnès Varda évoque Guy Bourdin jeune lors de l'émission Boomerang du 13 novembre 2014 sur France Inter

Avec : Shelly Verthime, commissaire de l’exposition Guy Bourdin, l’image dans l’image, au Centre d’Art de Campredon jusqu’au 06 octobre 2019, Nicolle Meyer, mannequin et muse, auteur de Guy Bourdin – A message for you (Steidl, 2013), Claudine Mouillot, son assistante plateau, Valentin Mordacq, son coiffeur plateau, assistant et ami, Barbara Baumel, ancienne rédactrice chez Vogue et amie de Guy, Jérôme Gautier, directeur des éditions Dior et collectionneur de Vogue, Patrick Hourcade, ancien directeur artistique chez Vogue et ami de Guy, et Samuel Bourdin, son fils unique, auteur de Exhibit. A : Guy Bourdin (Seuil, 2001)

Remerciements à Anne Morin (agence Di Chroma), et à Catherine Bonnifassi (éditions Skira Paris).

Un documentaire de Sophie Bober, réalisé par Philippe Baudouin. Prise de son : Arthur Gerbault et Yann Fressy. Mixage : Claude Niort. Archives INA : Véronique Jolivet. Documentation et recherche internet : Annelise Signoret. Collaboration : Pascaline Bonnet et Suzanne Saint-Cast.

Exposition

Jusqu’au 06 Octobre, 204 de ses peintures et photographies sont exposées au Centre d’Art de Campredon, à L’Isle sur la Sorgue, à travers l’exposition "Guy Bourdin, l’Image dans l’Image".

Bibliographie

Guy Bourdin, par Alison M. Gingeras (Phaidon, 2006)

Beautiful People, par Alicia Drake (Denoël, 2008)

Guy Bourdin, Polaroids (Xavier Barral, 2009), publié à l’occasion de l’exposition "Guy Bourdin, ses films", réalisée par Shelly Verthime

Guy Bourdin, A Message for you, par Nicolle Meyer (Steidl-Dangin, 2013)

Guy Bourdin, Untouched, par Philippe Garner, Shelly Verthime et Pascal Dangin (Steidl-Dangin, 2017)

Pour aller plus loin...

  • Biographie sur le site de la galerie Louise Alexander, représentante exclusive de The Guy Bourdin Estate.
  • A propos du catalogue de l’exposition consacrée à Guy Bourdin au Jeu de Paume.
  • Dossier de presse de l’exposition Guy Bourdin, l’image dans l’image, organisée par le Centre d’art de Campredon, L’isle-sur-la-Sorgue, jusqu’au 6 octobre 2019.
  • Sylvie Fleury et Guy Bourdin expriment leurs créations à travers la chaussure. A lire sur le blog de Geneviève Blons, professeur agrégée d’arts plastiques.
  • Guy Bourdin : Compulsive Viewing. On peut voir quelques courts films de Guy Bourdin sur YouTube.

Dans cette vidéo, Agnès Varda raconte l'image qu'elle a prise du photographe Guy Bourdin en 1954 et sa réinterprétation récente avec l'artiste JR pour leur film “Visages villages”.

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