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Jacques Monory pose dans son atelier avec ses peintures lors d'une séance de portraits le 12 septembre 1997 à Paris.

Jacques Monory (1924-2018) : un peintre sentimental

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Jacques Monory se définissait comme un "romantique égaré dans un monde sans romantisme". Il est le peintre d’une nostalgie instantanée voire immédiate.

Jacques Monory pose dans son atelier avec ses peintures lors d'une séance de portraits le 12 septembre 1997 à Paris.
Jacques Monory pose dans son atelier avec ses peintures lors d'une séance de portraits le 12 septembre 1997 à Paris. Crédits : Ulf Andersen / Hulton archives - Getty

Jacques Monory nait à Paris en 1924, avenue de Versailles. Il passe son enfance à Montmartre et commence à peindre en 1938. Il est repéré dès sa première exposition en 1952. Il détruit, au début des années soixante, la quasi totalité de sa production mais il continue à peindre.

Je ne peins que pour être aimé. (...) Un artiste doit vivre au bord de la catastrophe. Jacques Monory

Riche de plus de 2000 tableaux, de films expérimentaux, de performances filmées dont une particulièrement comique organisée par Jean Dupuy, l’œuvre de Jacques Monory, disparu en 2018, ne se réduit ni à une peinture dont l’objet serait de traiter l’imagerie du film noir, du roman policier ni à une incarnation parmi d’autres de la "Figuration narrative".

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Archive INA : Entretien avec Jacques Monory. France Culture 01/06/1976

Je suis peintre, alors évidemment c'est pas mal pour se débarrasser de sa réalité et de ses cauchemars. Jacques Monory

Monory se définissait comme un "romantique égaré dans un monde sans romantisme". Il est le peintre d’une nostalgie instantanée voire immédiate. Cette position, le peintre qu’il fut tout au long de sa vie, Monory l’a tenue d’une manière ferme et paradoxale. Le visible qu’il a représenté et peint, n’a jamais été seulement ce que l’on croit voir, il est celui que montre les médias.

À distance "du pop art, (de) son traitement des imageries collective", "des représentations codées que produisent et diffusent à haute dose le cinéma, la télévision, la publicité, la photographie", Monory a détourné l’imaginaire du cinéma et celui des images d’actualité, au profit d’un récit personnel figurant en peinture ce que pourrait être un rêve qui durerait tout une vie… Un rêve paradoxal tant il ressemble à la réalité, tant la peinture l’incarne et le rend matériel…

L'atelier du peintre Jacques Monory, en 1991.
L'atelier du peintre Jacques Monory, en 1991. Crédits : Gyula ZARAND/Gamma-Rapho - Getty

Il y a quelque chose de très mystérieux dans la peinture : j'ai volontairement et consciemment utilisé la peinture à des fins explicatives de ce que je ressentais du monde, et petit à petit, la peinture devient autonome (....) c'est-à-dire que la peinture a une sorte de vie propre. Jacques Monory

Le bleu et plus largement une palette mélangeant différents monochromes utilisés par Monory restituent la figuration d’un monde dont la matrice est une sorte de ruine. Un monde que l’imaginaire ne peut pas même sauver. Un moment qui s’étire dans le présent mais que seule la peinture semble pouvoir révéler avec. Le pinceau est alors le traducteur d’une volonté réaliste, figurative, ironique parfois, sentimentale et romantique au sens du romantisme lié profondément à la nature et à la passion de la vie jusque dans ses excès les plus intenses.

Jacques Monory montre sa toile dans son atelier le 13 mai 2008 à Cachan.
Jacques Monory montre sa toile dans son atelier le 13 mai 2008 à Cachan. Crédits : Jacques Demarthon - AFP

L’apparente narrativité de ses tableaux, le réalisme photographique qui les inspire et la matérialité de la peinture sont pour Monory un filtre qui protège notre regard, notre vision, notre perception d’une réalité tenue "à distance". La peinture a permis au peintre de décrire son sentiment du monde et du visible. Il a ainsi passé sa vie à donner une forme à ce sentiment et ce faisant, il a fait de sa vie même, une œuvre.

Dans son œuvre comme dans sa vie quotidienne, il s’est tenu proche d’une forme de stoïcisme que son œuvre incarne et résume. La peinture en constituerait une ascèse laïque et révolutionnaire.

Attaché, dans sa manière de peindre, à exprimer un sentiment "d’incertitude", Monory a traversé sa vie d’artiste comme un dandy bienveillant. Toujours discret, parfois distant et souvent narquois, il a vécu réfugié dans son atelier et devant ses toiles. Il est resté toujours lointain et proche d’un monde dont l’entropie était pour lui une sorte d’évidence.

Jacques Monory dans son atelier en 1991.
Jacques Monory dans son atelier en 1991. Crédits : Gyula ZARAND/Gamma-Rapho - Getty

A un moment je pensais que la peinture pouvait aussi avoir un impact social (...), que peindre pouvait faire partie du changement du monde, peut-être que ça l'est encore, je ne peux pas dire aujourd'hui. (...) Je ne veux pas sauver le monde, je veux me sauver.

Sur le visible et peut-être sur ce qu’il convient d’appeler le monde et la vie, il a porté un regard sentimental persistant et étonné. Il est donc possible de voir dans son œuvre une nostalgie figurative définitivement empreinte de plaisir, de joie, de bonheur et d’angoisse. Le sens qui la parcoure est vraisemblablement à trouver dans ce qui demeure latent, parfois étrange et s’apparente à une forme picturale irréductible dessinant explicitement un réalisme existentiel et sentimental.

Jacques Monory, Genève, 1989.
Jacques Monory, Genève, 1989. Crédits : Paule Monory - Radio France

Avec Jean-Christophe Bailly, écrivain ; Valérie Favre, artiste ; Sarah Moon, photographe ; Laurence D’Ist, historienne de l’art et commissaire d’expositions ; Philippe Marin, directeur de Marin Beaux-arts ; Bernard Moninot, artiste ; Solrey, violoniste, cheffe d’orchestre, directrice artistique.

Un documentaire de Marc Vaudey, réalisé par Laurent Paulré. Mixage : Philippe Mersher. Documentation et recherche internet : Annelise Signoret. Archives INA : Inès Barja, Anne Brulant et Christelle Rousseau. Collaboration : Julia Martin et Maud Jussaume.

Textes lus par Pauline Jambet

Pour (re)découvrir son oeuvre

Une exposition monographique Jacques Monory aura lieu à la Fondation Maeght à Saint-Paul de Vence, du 28 mars au 14 juin 2020.

Toutes les informations sur le site de la fondation

Bibliographie

- Jacques Monory, Jean-Christophe Bailly, éditions Ides et Calendes, 2001.

- JACQUES MONORY PHOTOGRAPHE, éditions rueVisconti, 2011.

- Jacques Monory, Ecrits, entretiens, récits, Beaux-Arts de Paris éditions, 2014.

- Jacques Monory, Beaux Arts Magazine, Beaux Arts Editions, 2014.

- Jacques Monory, Catalogue de l’exposition au Fonds Hélène et Édouard Leclerc, Landerneau, éditions FHEL, 2014.

De Jacques Monory :

- Angèle, éditions Galilée, 2005.

- Eldorado, éditions Christian Bourgois, 1991.

- Diamondback, éditions Christian Bourgois, 1979.

- Quick, éditions Monsieur Bloom, 1985.

- Site officiel de Jacques Monory

En marge de l’œuvre de Jacques Monory :

- L’art dans les années 1960. Chronique d’une scène parisienne, Anne Tronche, éditions Hazan, 2012.

- Le dernier homme de Sainte-Sarah, Elisabeth Huppert, édition Jean-Jacques Pauvert chez Mazarine, 1985.

Pour aller plus loin ...

Ci-dessus : Souvenir, Portrait de Jacques Monory.  Un court-métrage de Dominique Belloir tourné en 1986.

- Rencontre entre Jacques Monory et le philosophe Jean-François Lyotard dans l’atelier de l’artiste. Un entretien filmé par le département audiovisuel du CNRS.

- Jacques Monory, le clap de fin. Un portrait signé Pauline Mérange publié dans ArtsHebdoMédias, site d’information dédié à l’art contemporain.

- Jacques Monory sur le site du centre Georges Pompidou, entretien, oeuvres…

- Entretien avec Bernard Moninot et Jacques Monory, recueilli en avril 2011 par Céline Leturq et publié dans le catalogue édité pour les 20 ans de la MACC de Fresnes. En ligne sur le site de Bernard Moninot.

- Dossier proposé par le centre de documentation du FRAC Provence-Alpes-Côte d’Azur.

- Rétrospective des œuvres de Jacques Monory au MAC-VAL de novembre 2005 à mars 2006.

- Extraits du livre consacré à Jacques Monory dans la collection Ecrits d’artistes des éditions des  Beaux-Arts de Paris. : préface de Jean-Christophe Bailly, entretiens.

Intervenants
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