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Jean Fournier, 1952

Jean Fournier (1922 - 2006), marchand de tableaux à Paris

59 min
À retrouver dans l'émission

Le galeriste Jean Fournier, par la rigueur de ses choix associant l’irruption de la peinture nord-américaine après Pollock à l’abstraction post-matissienne, a fait œuvre, car « il était un peu peintre à force d’attendre de découvrir notre peinture, dans le sens qu’il désirait » (Stéphane Bordarier).

Jean Fournier, 1952
Jean Fournier, 1952 Crédits : P. Facchetti, Courtesy Galerie Jean Fournier, Paris

Par Christian Rosset – Réalisation : Nathalie Salles. Prise de son : Yves Lehors et Marcos Darras. Mixage : Jean-Louis Deloncle. Attachée de production : Claire Poinsignon. Avec la collaboration d'Annelise Signoret.

Shirley Jaffe nous a quittés ce 29 septembre. Son travail a longtemps été défendu par Jean Fournier qui a accroché pour la première fois une de ses toiles en 1958. Sa dernière exposition personnelle dans la galerie a eu lieu en 1997, mais son travail y sera toujours visible, lors d’accrochages collectifs dont celui de juin 2016 en hommage à Fournier pour le dixième anniversaire de sa disparition. De son marchand, elle disait qu’il était un gentleman. On entendra sa voix dans cette émission qui lui est naturellement dédiée.

Jean Fournier et Shirley Jaffe, Château de Jau, 1989
Jean Fournier et Shirley Jaffe, Château de Jau, 1989 Crédits : Galerie Jean Fournier

Né de père inconnu, élevé par un beau-père commerçant boucher établi rue Bonaparte à Paris, Jean Fournier a fait l’école de la librairie, ce qui l’a conduit à travailler dans un premier temps pour Achille Weber, marchand d’ouvrages de bibliophilie avenue Kléber à Paris. C’est là qu’il organise en avril 1954 une première exposition dédiée au peintre du Grand Jeu Joseph Sima, transformant cette librairie de vaste dimension en galerie.

Pendant une dizaine d’années, la Galerie Kléber sera, sous l’impulsion de Jean Fournier, le terrain de l’émergence de l’abstract expressionism nord-américain via certains de ses artistes les plus remarquables établis à Paris (comme les États-uniens Sam Francis, Joan Mitchell, Shirley Jaffe et le Canadien Jean-Paul Riopelle) ainsi que d’une peinture européenne novatrice en congé aussi bien du surréalisme que de l’École de Paris (dont les artistes les plus décisifs seront, dès les années 1950, Simon Hantaï et Jean Degottex).

En 1964, Fournier déménage 22 rue du Bac (toujours à Paris) et donne son nom à la galerie qu’il dirige de manière de plus en plus éclairée et passionnée car, bien au-delà de son rôle de marchand de tableaux (qu’il envisageait en artisan consciencieux), il n’a cessé de développer l’acuité de son regard et de concilier les contraintes économiques de son travail avec la plus grande exigence possible envers la création, ce qui le conduisait parfois à défendre, y compris financièrement, des peintres qui vendaient peu, tant il était persuadé que leurs œuvres finiraient en bonne place dans les musées (et le temps ne cesse de lui donner raison). En cela, il est un des derniers galeristes « à l’ancienne » : profondément humaniste qui allait toujours « dans le sens de la recherche et non du décoratif, ce qui s’accorde à la dignité humaine. » (S. Bordarier).

Jean Fournier, à la galerie,  rue Quincampoix, exposition Sam Francis, juin 1986
Jean Fournier, à la galerie, rue Quincampoix, exposition Sam Francis, juin 1986 Crédits : droits réservés, Courtesy Galerie Jean Fournier, Paris

Tout d’abord défenseur des artistes de sa génération – figures de la modernité de l’après-guerre – , Jean Fournier s’ouvrira très vite à celle de ses cadets d’une dizaine (ou d’une quinzaine) d’années, plus turbulente, volontiers théorisante, souvent ancrée à l’extrême gauche : celle de Daniel Buren ou Michel Parmentier, premiers héritiers de Simon Hantaï, ou de Pierre Buraglio, qui partageaient essentiellement ses refus ; ainsi que du collectif Supports-Surfaces (dont le représentant le plus décisif pour la galerie sera Claude Viallat), sans jamais adhérer à l’esprit de groupe, préférant considérer chaque peintre en tant qu’individualité singulière. Pierre Wat dit que Fournier était fasciné par les « grands fauves ». Son humilité lui faisait dire qu’il avait choisi d’accrocher Viallat « par innocence » et qu’il n’y avait pas de « genre maison dans sa galerie ».

Dans les années 1980, une fois les artistes de sa galerie reconnus, alors qu’il s’installe pour deux décennies rue Quincampoix, à deux pas du Centre Pompidou, il s’ouvrira une dernière fois à une nouvelle génération, celle de ceux qui auraient pu être ses enfants : Bernard Piffaretti, Stéphane Bordarier ou Frédérique Lucien, pour ne citer que ceux avec lesquels il a tissé une sorte de contrat de fidélité. Quelque part, la Galerie Jean Fournier était pourtant – et est toujours – une « maison » qui pouvait, pour peu que vous ayez le désir de vous nourrir à la flamme qui l’animait, « devenir aussi la vôtre » (P. Wat). Depuis la disparition de son directeur, il y a dix ans, la galerie est toujours entretenue, selon ses propres vœux. Ce n’est pas si banal et mérite d’être souligné. L’œuvre de Jean Fournier survit.

Cette émission aimerait souligner à quel point les relations complexes entre le galeriste et ses peintres témoignent de liens qui vont bien au-delà de la relation classique entre marchand et artistes. Quelque chose de l’ordre du vivant, au sens le plus fort, un amour exclusif et violent pour la peinture et pas n’importe laquelle, une passion qui n’a d’égale qu’une réserve extrême. Car Fournier était le feu et la glace simultanément ; un être secrètement illuminé, au sens rimbaldien, cravaté, prenant habit de notaire ou de clergyman pour mieux dissimuler ce qui s’agitait furieusement en lui.

Jean Fournier et Joan Mitchell, 1989
Jean Fournier et Joan Mitchell, 1989 Crédits : Pierre Chevalier, Courtesy Galerie Jean Fournier, Paris

Avec les voix de Jean Fournier, Shirley Jaffe, Claude Viallat, (archives – émissions de Gérard-Julien Salvy et d'Alain Veinstein).

Liens :

La Galerie Jean Fournier

Pierre Buraglio - Le site

Bernard Piffaretti - Le site

Frédérique Lucien - Le site

En 2007, le musée Fabre a rendu hommage à Jean Fournier (1922-2006), collectionneur et marchand d’art. Ici, on retrouve, numérisés, l’ensemble des cartons d’invitation de la Galerie Jean Fournier, témoins des choix du galeriste.

Hommage à Jean Fournier, marchand d’art, document pédagogique proposé par le musée Fabre de Montpellier à l’occasion d’une exposition consacrée à Jean Fournier.

Interview de Shirley Jaffe par Jean Daive pour l'émission Peinture Fraîche de France Culture à l’occasion de l’exposition Shirley Jaffe présentée au FRAC Auvergne au printemps 2008.

Article du Monde consacré au décès de Shirley Jaffe.

Dossier consacré à Claude Viallat à l’occasion de l’exposition qui lui était consacrée au centre d’art contemporain de la Matmut.

Les artistes et leurs galeries. Entre France et Allemagne, 1900-1950.

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