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Jean-Jacques Pauvert, écrivain et éditeur, chez lui à Paris, le 21 novembre 1986

Jean-Jacques Pauvert, un obsédé textuel (1926-2014)

59 min
À retrouver dans l'émission

Faire le portrait de Jean-Jacques Pauvert, c'est revisiter l’histoire de l'édition et de la censure ; c’est s’interroger avec lui sur la littérature érotique et les écrits du Marquis de Sade, et c'est s’attacher à une personnalité hors norme, dérangeante, mais dont la pugnacité force l’admiration.

Jean-Jacques Pauvert, écrivain et éditeur, chez lui à Paris, le 21 novembre 1986
Jean-Jacques Pauvert, écrivain et éditeur, chez lui à Paris, le 21 novembre 1986 Crédits : Laurent MAOUS/Gamma-Rapho - Getty

Jean-Jacques avait une personnalité à la fois douce et forte, il sacrifiait tout à ce désir de faire des livres, c’était une passion depuis 19 ans. Il bataillait sur tous les fronts pour continuer son destin d’éditeur. A mes yeux, il reste totalement irréductible. Chantal Aubry

« J’étais l’Arsène Lupin de l’édition. Je voulais échapper à toutes les étiquettes ». De fait, Jean-Jacques Pauvert reste inclassable, tout comme son personnage fétiche, le gentleman cambrioleur qui se déguisait pour avoir une multitude de vies différentes. L’homme n’est jamais là où on l’attend : véritable cancre à l’école, il devient le plus jeune éditeur de France. Il passe pour fou et irresponsable en publiant tout Sade, un demi-siècle plus tard le divin marquis sera à la Pléiade. On tente de l’enfermer dans la littérature érotique, il publie intégralement le dictionnaire du Littré en 7 volumes. Car Jean-Jacques Pauvert est avant tout un amoureux de la grande littérature. 

Son catalogue d’éditeur réunit aussi bien la poésie complète de Victor Hugo, L’Histoire de l’art d’Elie Faure en 3 volumes, les Surréalistes, Georges Bataille, Dominique Aury, que la comtesse de Ségur, Raymond Roussel, Siné ou Kenneth Anger. Insaisissable Pauvert… Qualifié à sa mort en 2014 de « grand fauve de l’édition », l’homme fonctionne à l’instinct. En 1942, il quitte l’école à l’âge de 15 ans. Son père, journaliste, le fait entrer chez Gallimard où il devient apprenti vendeur à la librairie. En parallèle, pendant le restant de la guerre, il fait du trafic de livres rares, avec un épisode de 3 mois en prison pour soupçon de résistance.

Écouter
4 min
Jean-Jacques Pauvert raconte un épisode de sa vie durant la Résistance dans l'émission Hors Champs, de Laure Adler, le 1er décembre 2011, sur France Culture

Tout en apprenant son métier, il dévore les livres qui lui passe sous la main ou qui se passent sous le manteau : « le choc, l’ébranlement majeur de ma jeune existence littéraire » c’est la lecture du Con d’Irène, puis Histoire de l’œil de Georges Bataille et Les 120 journées de Sodome de Sade. Curieux, ayant le contact facile, le jeune apprenti circule dans la maison ancestrale, frappe à tous les bureaux, celui de Raymond Queneau, d’Albert Camus, de Jean Paulhan, se lie d’amitié avec ces hommes. A 20 ans, il annonce qu’il va publier les œuvres intégrales de Sade. Ce qu’il fera dès 1947 sous son propre nom alors qu’à l’époque, le marquis figure au rang des auteurs indisponibles tout en étant le principal sujet de conversation du milieu littéraire. Paulhan le premier, le citant à tout bout de champ. « Son nom circulait dans les couloirs de la NRF comme un furet » dira Jean-Jacques Pauvert.

Le catalogue Pauvert est une œuvre d’art, il est au plus près de lui avec un goût littéraire extrêmement raffiné, c’est aussi l’esprit des Lumières, le goût pour les auteurs décadents, les symbolistes … C’est aussi le goût de la polémique. Chantal Aubry

La suite on la connaît : pendant 11 ans, une longue suite de convocations à la brigade mondaine, de perquisitions, de procès à répétition, maître Garçon de l’Académie française pour le défendre, la destitution de ses droits civiques, jusqu’à ce qu’il obtienne gain de cause en 1958 : « Sade est un écrivain digne de ce nom » déclare le tribunal. Mais Pauvert c’est aussi un fait d’arme retentissant dans le monde littéraire : la parution d’Histoire d’O, livre érotique que Jean Paulhan lui confie en 1954, suivie de procès retentissants pour atteinte aux bonnes mœurs. Cinq ans plus tard, il sera déclaré non-coupable. Ce n’est pas pour autant que la censure cessera. Pauvert bataillera toute sa vie contre elle, devenant l’incarnation de l’éditeur indépendant, un enragé anticonformiste de la littérature. Une aventure personnelle qui s’arrêtera en 1979, année où sa maison d’édition fut rachetée par Hachette mais qui ne l’empêchera pas pour autant de continuer à publier ailleurs et à écrire.

Pauvert, c’est quelqu’un qui va faire davantage attention à l’économie du livre. Il singularise dans l’objet par plusieurs caractéristiques, qui attrait au choix du papier et du format et un petit peu par l’hétérogénéité total des couvertures, il reproduit rarement le même. Chaque chef d’œuvre intellectuel doit avoir son écrin singulier. Raphaël Lefeuvre

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Pour aller plus loin 

  • Avec : Jean Castelli, principal collaborateur de Jean-Jacques Pauvert de 1956 à 1973 ; Chantal Aubry, auteure de Pauvert l’irréductible sortie aux éditions L’échappée, et ancienne collaboratrice aux éditions Jean-Jacques Pauvert ; Corinne Pauvert, sa fille ; Frédéric Martin, éditeur du Tripode, qui par ailleurs a accompagné Jean-Jacques Pauvert dans la rédaction de ses mémoires _La traversé_e publié en 2004 chez Viviane Hamy ; Raphaël Lefeuvre, professeur de design typographique à l’école Estienne et graphiste et la voix Jean-Jacques Pauvert (archives INA).
  • Un documentaire de Céline du Chéné et Laurent Paulré, archives INA : Annie Lauzanna, mixage : Emmanuel Couturier et liens internet : Annelise Signoret de la bibliothèque de Radio France. 

Pour aller plus loin :

Site des éditions Pauvert.

Jean-Jacques Pauvert l’insoumis : un dossier composé de 7 vidéos issues des archives de la Radio Télévision Suisse.

Dans le cadre du projet HyperPaulhan, l’Observatoire de la vie littéraire a mis en ligne plusieurs lettres de Jean-Jacques Pauvert à Jean Paulhan.

Le vrai problème de la censure : préface de Jean-Jacques Pauvert à L’enfer du sexe, un roman pornographique de Youl Belhomme, édité par Pauvert en 1971. A lire sur le site Fabrique de sens.

Entretien avec Jean-Jacques Pauvert paru dans la revue Liberté, volume 10, n°1, janvier-février 1968. En ligne sur le portail Erudit.

Jean-Jacques Pauvert, ma vie en texte : portrait et entretien publié par le magazine Gonzaï en avril 2009.

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