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Maurice Carême à Margny, dans les Ardennes, durant l'été 1970

Maurice Carême, poète tout simplement (1899-1978)

59 min
À retrouver dans l'émission

Le 13 janvier 1978, le poète belge récité par des générations d’écoliers disparait. Né dans un village de Brabant wallon, Maurice Carême construit son oeuvre dans une maison blanche à Anderlecht. Si l’homme est parti, l'œuvre est bien vivante. Elle est toujours récitée, traduite, mise en musique.

Maurice Carême à Margny, dans les Ardennes, durant l'été 1970
Maurice Carême à Margny, dans les Ardennes, durant l'été 1970 Crédits : Jeannine Burny / Fondation Maurice Carême

Maurice Carême a écrit une œuvre importante par son volume, sa diversité méconnue, dans une conception de la poésie et de la place de l’écrivain dans la société qui lui était très personnel. Il était convaincu qu’il fallait entrer en poésie le plus tôt possible. Il a su conserver toute sa vie la vertu de l'émerveillement, une constante vigilance, et une curiosité. Jacques de Decker

Maurice Carême voit la lumière le 12 mai 1899, rue des Fontaines, à Wavre, au cœur d’une très modeste famille. Son père est peintre en bâtiment et sa mère tient une échoppe de quartier. Il fait ses études primaires et secondaires dans cette campagne du Brabant wallon qui sera une des sources d’inspiration de son œuvre. En 1914, il écrit ses premiers poèmes, inspirés par une amie d’enfance dont il est amoureux. Élève brillant, il obtient la même année, une bourse d’études et entre à l’École normale. Il est nommé instituteur en septembre 1918 à Anderlecht-Bruxelles. Il noue ses premiers contacts artistiques en dirigeant la revue littéraire La Revue indépendante. En 1924, il épouse une institutrice, Andrée Gobron qu’il surnomme Caprine. Son premier recueil de poèmes, 63 illustrations pour un jeu de l’oie, paraît en décembre 1925.

Son œuvre, au départ, marquée par les avant-gardes, s’oriente progressivement vers la quête de la simplicité et du dépouillement qui va de pair avec la recherche de la fluidité du style. En 1933, il fait construire à Anderlecht, la Maison blanche dans ce qui est, à l’époque, la lisière de Bruxelles. Il y vivra jusqu’à sa mort. Le Recueil Mère paraît en 1935. La simplicité des vers lui vaut d’être remarqué par de nombreux critiques littéraires parisiens. L’œuvre reçoit en 1938, le prix triennal de poésie en Belgique et inspire au compositeur français Darius Milhaud sa Cantate de l’enfant et de la mère. En 1943, Maurice Carême quitte l’enseignement pour se consacrer à temps plein à la littérature. Il se lie la même année avec Jeannine Burny pour laquelle il écrit La bien-aimée en 1965. Dès lors, Jeannine Burny accompagne le poète et sa création. En 1947, paraît La lanterne magique. L'impact sur la jeunesse est immédiat et le nom de Maurice Carême se voit associé à celui de poète de l'enfance.

Quand on lit un poème de Maurice Carême, on est tout de suite pris dans un rythme qui nous berce, une cadence qui est celle du cœur. Le soleil c’est le trésor de la vie, c’est le poète qui veut nous chanter sa joie, c’est précieux, c’est dans ses yeux, et les yeux sont le reflet de l’âme. Pour moi, tout est dit sur la beauté de cet homme, sur ce qu’il a envie de dire, de la manière la plus simple et la plus profonde possible. Domitille

La diversité de l’œuvre du poète reste méconnue. Par l’écriture, Maurice Carême tente d’approcher le mystère de la condition humaine, dans ses joies comme dans ses malheurs. Son parcours poétique est animé par une quête spirituelle qui refuse tout dogmatisme et le conduit vers une forme de panthéisme. Le poète cherche dans les petits miracles du quotidien, dans l’amour et dans la contemplation de la nature une source d’harmonie qui le mette au diapason du cosmos. L’imaginaire de l’enfance, le jeu et le rêve apparaissent comme l’antidote face à la mort.

J’ai toujours eu l’impression qu’il était un vrai poète, il avait cette magie du langage. Il écrivait toute la journée, jusqu’à tard le soir à tel point que parfois, brusquement il me disait « Je cesse car je vais devenir fou » car il avait l’impression que le vers qu’il corrigeait tournait dans sa tête sans qu’il puisse l’arrêter. Il a toujours vécu dans l’angoisse de la folie.  La création se situe dans un plan qui n’est pas normal. Il était toujours étonné de ce qu’il écrivait. C’est une œuvre pleine de clarté, avec des profondeurs. Il y a souvent un sens existentiel dans ses poèmes. Jeannine Burny

De gauche à droite, de haut en bas : Jeannine Burny devant le portrait de Maurice Carême par Felix de Boeck ; poèmes de Maurice Carême ; Manuels scolaires contenant des poésies de Maurice Carême et son bureau à la Maison Blanche
De gauche à droite, de haut en bas : Jeannine Burny devant le portrait de Maurice Carême par Felix de Boeck ; poèmes de Maurice Carême ; Manuels scolaires contenant des poésies de Maurice Carême et son bureau à la Maison Blanche Crédits : Alain Devalpo

Dans ce documentaire, il y a d’abord les poèmes destinés aux enfants. Une classe d’Anderlecht, le chanteur Jacky Galou, la comédienne Domitille, le compositeur Nicolas Chevereau, la cantatrice Diana Gonnissen, l’illustrateur Gabriel Lefebvre racontent, vus de leur art, les émotions que suscite cette partie de l’œuvre de Maurice Carême. Il y a aussi l’œuvre « mature » comme les poèmes du recueil Mère, L’oiseau ou La liberté. Jacques De Decker, secrétaire perpétuel de l’Académie de langue et littérature française de Belgique qui a travaillé aux côtés du poète témoigne des arcanes du laboratoire du vers.

Et puis, il y a l’homme érudit qui avale des poèmes à longueur de journée, qui publie une anthologie de la poésie flamande, un artisan des mots qui classe les « chutes » dans un recueil pour venir y piocher ultérieurement. Jeannine Burny a archivé méticuleusement le travail de Maurice Carême depuis leur rencontre. Elle explicite le labeur quotidien du poète, nous fait pénétrer dans la genèse de ses poèmes. Elle dévoile l’intimité du travail d’une écriture poétique qui va droit au cœur de celles et ceux qui ont conservé un regard d’enfant.

Écouter
1 min
Maurice Carême raconte sa découverte de la poésie, au micro de Pierre Bearn, dans l'émission Douze minutes avec un poète, le 20 janvier 1951 sur la RTF

Pour aller plus loin 

Les chansons de Maurice Carême : « Maurice Carême, chanté par Domitille »

Tout l'univers et l'oeuvre de Maurice Carême se retrouve sur le site officiel de la Fondation Maurice Carême.

Jeannine Burny sera présente au stand de la Fondation Maurice Carême au Salon du Livre de Paris, du 15 au 18 mars. 

Archive INA : Fête des mères 1965 : un petit garçon et une petite fille, fleurs à la main, récitent le poème de Maurice Carême, Pour ma mère.

20 poèmes issus de l’anthologie publiée en 2018, intitulée Nonante-neuf poèmes publiée dans la collection Espace Nord.

Dans les pas de Maurice Carême à Anderlecht, une promenade proposée par le site de la ville d’Anderlecht. 

L’heure du crime, court métrage noir et blanc, adapté du poème de Maurice Carême par Patrick Chiuzzi, à voir sur YouTube.

  • Avec l'écrivain Jacques de Decker, administrateur de la Fondation Maurice Carême ; Jacky Galou, auteur, compositeur, interprète ; Gabriel Lefèvre, dessinateur ; François-Xavier Lavenne, directeur de la Fondation Maurice Carême à Bruxelles ; Jeannine Burny, compagne et muse de Maurice Carême, Présidente de la Fondation Maurice Carême ; Domitille Duforest, chanteuse, compositrice et comédienne ; Diana Gonnissen, musicienne, comédienne et soprano lyrique et ses élèves ; Nicolas Chevereau pianiste et compositeur, prix 2017 de la Fondation Maurice Carême ; et avec  la complicité des élèves de l’école des Marronniers à Anderlecht. Programmation musicale : Les oiseaux perdus, mélodie de Nicolas Chevereau extraite du recueil La lanterne magique sur un poème de Maurice Carême, avec Clémentine Decouture, soprano et Nicolas Chevereau, piano.
  • Un documentaire d'Alain Devalpo, réalisé par Jean-Philippe Navarre. Prise de son et mixage : Alain Joubert, recherches INA : Gwen Michel et recherches internet : Annelise Signoret de la Bibliothèque de Radio France. 
Intervenants
L'équipe
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