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Jean-Claude Forest en janvier 1987 lors du Festival d'Angoulême

Mystérieux matin, midi et soir, Jean-Claude Forest (1930-1998)

59 min
À retrouver dans l'émission

Jean-Claude Forest, auteur parmi les plus inventifs de sa génération, était un passeur du genre, un des premiers à avoir sorti la bande dessinée de ses ornières, la désenclavant du domaine enfantin, apportant ainsi quelques pierres à sa reconnaissance en tant qu’art autonome et singulier.

Jean-Claude Forest en janvier 1987 lors du Festival d'Angoulême
Jean-Claude Forest en janvier 1987 lors du Festival d'Angoulême Crédits : Cristian Hammarström / Wikimedia Commons

Pour des raisons familiales, je ne suis presque pas allé à l’école, ma culture se limitait à ce que je trouvais, à savoir la bande dessinée. Je me suis donc mis tout naturellement à écrire des bandes dessinées, c’était le seul moyen que j’avais l’impression de maîtriser. Jean-Claude Forest

Jean-Claude Forest est né le 11 septembre 1930 au Perreux-sur-Marne. Son père est architecte. Il souffre d’asthme dès la petite enfance. Devant garder le lit, il se trouve plus ou moins déscolarisé pendant la guerre. Il perd, encore adolescent, sa mère tuberculeuse et se rapproche de son grand-père maternel anarchiste. Il s’évade comme il peut à travers la lecture, notamment des “illustrés” alors abondants qui finiront par lui apporter des démangeaisons créatives. 

Jeune adulte, il commence à produire des planches pour la presse populaire, imaginant de nouvelles aventures de Charlot, et travaillant pour le journal communiste Vaillant. Il est aussi remarqué pour ses illustrations de science-fiction et ses couvertures de livres, notamment de poche, dans les années 1950. En 1962, il crée Barbarella pour V magazine, dont le premier album, publié deux ans plus tard par Éric Losfeld, lui apportera autant de gloire que de malentendus : “Barbarella cache Forest” écrira François Rivière en 1975 dans Les Cahiers de la bande dessinée.

C’est certainement l’un des premiers à avoir fait de la bande dessinée d’auteur, une bande dessinée lui permettant de donner forme à ses obsessions, à son imaginaire, sans se censurer, sans se poser la question du public. Avec Barbarella, il fait œuvre de pionnier en amenant la bande dessinée dans un support où jusque-là elle n’était pas présente, et donc par conséquent en trouvant un nouveau lectorat. Ce livre, à tous égards, était complètement atypique dans la production de l’époque. Thierry Groensteen

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La même année 1962, Jean-Claude Forest fonde, en compagnie notamment d’Alain Resnais, Chris Marker et Francis Lacassin, le Club des bandes dessinées, parrainé par Raymond Queneau et Federico Fellini, qui deviendra en 1964 le CELEG (Centre d’Études des Littératures d’Expression Graphique), ouvrant ainsi un processus de légitimation du genre, enfin considéré comme une forme d’art, et non comme un artisanat voué au divertissement enfantin. En cela, on peut affirmer qu’il aura été un des initiateurs de la bande dessinée moderne en France.

Quel que soit l’univers qu’il développe, on retrouve toujours les mêmes formes : le temps, la mort, la distance, l’amour et l’adolescence et puis le labyrinthe revient partout. J’ai une fascination pour lui car c’est un dessinateur prodigieux avec un trait de pinceau inouï mais aussi un homme de texte, un dialoguiste incroyable. Jean-Pierre Mercier

La liste des créations de Jean-Claude Forest est longue. Contentons-nous de relever les noms de quelques-unes de ses héroïnes les plus mémorables : Bébé Cyanure, Marie Mathématique et surtout Hypocrite, bande dessinée quasi avant-gardiste qui n’aura pas toujours été bien perçue par les amateurs de BD franco-belge, mais qui aura suscité quelques vocations parmi les jeunes lectrices et lecteurs du Pilote de l’immédiat après-68, tant le trait au pinceau du dessinateur, les couleurs de sa compagne Danie Dubos et l’imagination délirante du scénariste s’accordent à la perfection, suivant les exigences d’une quête stylistique aussi rigoureuse qu’aventureuse. 

J’ai découvert Jean-Claude Forest dans la revue Pilote, avec Hypocrite en 1971. Je me souviens que c’était surtout son style d’écriture qui m’avait complètement enchantée. Ce que j'aimais, c'était l’univers et l’incroyable poésie de son écriture, entre ironie et lyrisme, qui n’avait pas d’équivalence dans ces années-là, pourtant très créatives. Jeanne Puchol

Planche d'Hypocrite, volume III (1974)
Planche d'Hypocrite, volume III (1974) Crédits : L'Association

Grand lecteur, il tentera de devenir écrivain, sans vraiment y parvenir. Il en sera de même pour le cinéma. Mais les scénarii et dialogues de ses histoires sont bien plus littéraires que d’ordinaire en bande dessinée. Il adaptera très librement, au début des années 1970, une de ses grandes découvertes d’enfance, L’île mystérieuse de Jules Verne, sous le titre : Mystérieuse matin, midi et soir. Puis ce sera l’aventure du journal (à suivre) pour lequel il va produire ses derniers grands livres : Ici Même, dessiné par Tardi ; ou, en solitaire, La Jonque fantôme vue de l’orchestre et Enfants c’est l’Hydragon qui passe, premier volume d’une longue série à venir qui demeurera finalement le seul, car, en 1985, Forest dépose les pinceaux. C’est cette année-là que nous sommes allés dans son atelier afin d’enregistrer un long entretien avec lui, dont cette émission donnera à entendre quelques fragments où, bien que saisi par le doute et physiquement affaibli par les difficultés respiratoires qui ne l’auront jamais laissé en repos, il se montre en permanence d’une grande vigueur du côté de la pensée.

A l’origine de mes idées, ce sont des fantasmes qui arrivent spontanément. Dans un premier temps, ce sont des notes et des réactions fantasmatiques, des jugements portés à partir d’une situation qui m’a agressé, résultat d’un réflexe de défense (...) Au fond, ce qui fait la cohérence de l’univers d’un individu, c’est la force et la densité de ses obsessions. On a tort de s’inquiéter, on est toujours cohérent. Jean-Claude Forest

Jean-Claude Forest est mort le 30 décembre 1998 à Paris, il y a donc tout juste vingt ans. Il demeure un immense styliste, un prodigieux “ingénieur es-mélancolie érotique”, une célébrité méconnue, même si ses œuvres majeures sont, aujourd’hui encore, disponibles dans des rééditions souvent bien plus satisfaisantes, techniquement, que les originales.

  • Avec Couetsch Bousset Lob, amie de Jean-Claude Forest ; Yves di Manno, poète, écrivain, traducteur, ancien critique aux Cahiers de la bande dessinée ; Thierry Groensteen, historien et théoricien de la bande dessinée ; Jean-Pierre Mercier, conseiller scientifique à la Cité Internationale de la Bande Dessinée et de l’Image à Angoulême ; Jeanne Puchol, autrice de bande dessinée ; Pacôme Thiellement, essayiste, écrivain et vidéaste. Archives : Jean-Claude Forest enregistré en juin 1985 dans son atelier parisien par Christian Rosset.
Écouter
3 min
Jean-Claude Forest raconte l'aspect physique du métier de dessinateur au micro de Christian Rosset, dans l'Atelier de création radiophonique, le 24 avril 1986, sur France Culture

Pour aller plus loin 

Jean-Claude Forest à propos de Tarzan, une vidéo du 24 novembre 1962 à revoir sur le site de l’INA.

Les toutes premières bandes dessinées de Jean-Claude Forest sont à retrouver sur le site BDZoom.com.

Commentaire de planches extraites d’Hypocrite et le monstre du Loch Ness de Jean-Claude Forest sur le  site Du9, l’autre bande dessinée.

Marie Mathématique : les 6 épisodes de l’animation réalisée d'après une bande dessinée de Jean-Claude Forest sur des poèmes d'André Ruellan et une musique composée et chantée par Serge Gainsbourg, sont en ligne sur le site de l’Ina.

La 46ème édition du Festival International de la Bande Dessinée à Angoulême se déroule du 24 au 27 janvier 2019.

  • Un documentaire de Christian Rosset, réalisé par Doria Zénine. Prises de son : Yann Fressi et mixage : Alain Joubert. Recherches INA : Viviane Lefevre et recherches internet : Annelise Signoret. 
Intervenants
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