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Paul Signac vers 1883

Paul Signac (1863-1935), le goût de l'harmonie

59 min
À retrouver dans l'émission

Paul Signac fut un homme d’avant-garde, animateur de revues et théoricien, mais surtout un peintre qui en libérant la couleur pensait libérer ses contemporains.

Paul Signac vers 1883
Paul Signac vers 1883 Crédits : Photographe inconnu

Paul Signac écrit durant toute sa vie à sa mère, à sa première femme et ses amis. Près de 9000 lettres sont encore à déchiffrer, elles nous offrent le regard acéré d’un homme libertaire et pacifiste. Avec George Seurat, il est l’artisan principal des néo-impressionnistes : de « purs esthètes, révolutionnaires par tempérament » qui enfin pouvaient donner « un solide coup de pioche au vieil édifice social qui craque ».

Il noue des relations étroites avec nombres d’artistes, peintres et penseurs qui traversèrent le XXème siècle. Dans le sillage du Théâtre Libre d’Antoine et de la Revue Indépendante, gravitent le critique Fénéon ou encore Gustave Khan qui témoigne ainsi de ces rendez-vous: « on y croise la barbe blanche de Camille Pissarro, le mutisme de Seurat, l’allure en pente douce de Paul Adam, l’absence de Stéphane Mallarmé occupé à d’autres loisirs (…), Verlaine doit venir mais il a mal à la jambe, (…) Antoine suivi de Luce.. »

Entre tous, Seurat sera le grand ami, le confident et l’alter-ego avec qui Paul Signac invente le « pointillisme » et plus encore « le divisionnisme ». Cette technique imaginée par Georges Seurat et théorisée par Paul Signac consiste à ne pas mélanger les couleurs sur la palette pour laisser l’œil synthétiser les combinaisons. Les courants scientifiques qui émergent à la fin du 19ème siècle découvrent l’atome et la place de l’homme dans l’univers, un élément parti du tout. Sa peinture libère la couleur, la fragmente et préfigure l’abstraction. D’autres s’essaient à ces compositions « en conscience » et méthodiques : Pissarro, Luce, Verhaeren, van Rysselberghe, Cross, Van de Velde…

A la mort de Seurat, Paul Signac s’évade en Bretagne pour naviguer puis ce sera la Méditerranée sur le navire l’Olympia. Il découvre des lumières nouvelles et entretient une relation profonde avec Vincent Van Gogh.

Le sentiment moderne

Dans le midi, Signac dit découvrir le bonheur. Il explore sa théorie : « rythme et expressions linéaires : ascendantes gaies, descendantes tristes », « les couleurs dynamogéniques » « le rouge orangé et les tons inhibiteurs le bleu et le vert ». Le critique Fénéon s’enthousiasme des marines de Signac : « Effets perspectifs enfonçant un angle aigu la mer dans la plage, nulle verdure, un calme définitif, une blondeur générale infiniment douce (…) C’est un midi ou l’orange solaire apâlit le ciel, anémie les couleurs locales, affaiblit la force réactive des couleurs, clarifie l’ombre. »

Sa grande toile : « Au temps de l’harmonie » s’inscrit dans le courant des utopies progressistes et anarchistes de l’époque. «Justice en sociologie, harmonie en art même chose » aime-t-il dire, mais face aux théoriciens de la propagande, il préfère le libre choix du sujet : 12 m2 de toile dédiés à l’image du bonheur, « l’harmonie générale ». Dans une lettre, le peintre livre son intention : « Au premier plan un groupe au repos, sous un gros pin un vieillard conte des histories à des mômes, autour de meules une farandole de moissonneurs, au centre un jeune couple : l’amour libre. » La toile peinte sera d’une facture toute personnelle : un homme qui lui ressemble cueille un fruit, sa compagne Berthe est alanguie près d’un enfant, au loin une danse lascive face à la mer découpée délicatement dans la douceur de la fin de l’été. Une citation de l’auteur anarchiste Malato présente l’œuvre : « L’âge d’or n’est pas dans le passé mais dans l’avenir ».

La désolation de la Grande Guerre

Walter Benjamin fait remonter la disparition du conteur à la première guerre mondiale, le choc de la violence est tel qu’il fait chuter la capacité de narrer, de transmettre l’expérience. Paul Signac, très affecté par cette guerre, pacifiste se refuse à peindre alors que les jeunes talents qu’il soutient dans le salon des indépendants sont sur le front. Il s’engage en participant à nombreuses réunions et revues pacifistes. L’aquarelle sera son dernier art, le vieux Monet lui reconnaitra un talent tout particulier dans ce genre synthétique et rapide, fait de gestes et de couleurs rapidement posées. Après les destructions de la guerre de 1940, certaines de ses aquarelles constituent des documents irremplaçables sur des « paysages disparus ». « Dresser la catalogue de son œuvre, c’est placer des points de repère presque uniquement au long des côtes françaises », note Georges Besson.

Paul Signac, s’éteint avant le déclenchement de la seconde guerre mondiale et laisse ces quelques notes, celles d’un visionnaire :

« Paris est, malgré sa beauté, navrant. (…) Tout le monde est triste, grognon, méchant, inquiet. Il y a dequoi.. Il y a maintenant un million de chômeurs. Et cet ignoble gouvernement qui fait toutes les sottises. Tous ces salauds de députés ne pensent qu’aux élections et n’osent pas, de peur d’être traité de boches, parler de désarmement. Vendredi une grande réunion internationale de pacifistes auTrocadéro a été sabotée par les camelots du roi et la police. En Italie, en Allemagne, Hitlériens et fascistes - c’est à dire : la guerre- s’unissent. Laissera-ton accomplir de telles horreurs. Les peuples sont lâches(…) On peut s’attendre à tout… à la fin de l’humanité, car cette fois les civils, les femmes, les enfants, tout le monde succomberait. Les œuvres d’art détruites ! Ah non, je ne veux pas voir cela ! »

Par Nedjma Bouakra. Réalisation : Julie Beressi. Mixage : Pascal Besnard. Liens internet : Annelise Signoret.

Merci à l'Hôtel Ermitage pour son accueil, son site fabuleux et sa terrasse fauve où vinrent s'installer les peintres néo-impressionnistes pour peindre l'orage ou le ciel azuré balayé par le mistral.

LIENS

Paul Signac vu par Félix Fénéon , article paru dans La Plume, 1889. Texte et autres documents proposés par l’encyclopédie québécoise en ligne, Agora.

Biographie sur le site Paris-luttes.info

D’Eugène Delacroix au néo-impressionnisme : un livre de Paul Signac à lire sur le site de la Bnf.

Dossier pédagogique autour de Au temps d’harmonie, grande toile de Signac exposée à la mairie de Montreuil depuis 1938.

Ruines, rhétorique et révolution : Paul Signac et l'anarchisme dans les années 1890, séminaire de Richard Thomson, expert en art français du XIXème.

Paul Signac et l'incandescence du prisme, article de Laurent Galley publié dans Médiapart.

L'orage - A voir sur le site La règle du jeu.

Concarneau. Calme du soir - A voir sur le site de France TV info.

Intervenants
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