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 Sergio Leone à Munich, le 9 mai 1973

Sergio Leone (1929 -1989), l’expérimentateur populaire

58 min
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Avec son souci extrême du réalisme, ses très gros plans sur les regards appuyés par la musique, Sergio Leone, épicurien de l’image, a inventé une nouvelle grammaire cinématographique et dépoussiéré un genre à bout de souffle, le western.

 Sergio Leone à Munich, le 9 mai 1973
Sergio Leone à Munich, le 9 mai 1973 Crédits : Keystone Pictures USA / MaxPPP/Newscom - Maxppp

Tu vois, le monde se divise en deux catégories, ceux qui ont un pistolet chargé et ceux qui creusent. Toi, tu creuses. 

(Clint Eastwood alias Blondin à Eli Wallach alias Tuco dans Le Bon, la Brute et le Truand)

Que ce soit une image, une mélodie ou une punchline, on a tous quelque chose en nous du cinéma de Sergio Leone. Fils de parents stars du muet (un père acteur et réalisateur, une mère actrice), le jeune Sergio se passionne très tôt pour le cinéma américain et Hollywood, mais aussi les romans (Dos Passos, Hemingway, Fitzgerald, Chandler ou Hammett... ), la peinture (Goya, Degas, Hopper et surtout De Chirico), le jazz, le théâtre de Goldoni, les personnages de Cervantes, les héros de l’Iliade, ainsi que les bandes dessinées italiennes... Autant de sources d’inspiration ou d’icônes auxquelles son cinéma rendra hommage. 

Son long apprentissage professionnel, Leone l’effectue entre 1947 et 1961 comme assistant auprès de grands cinéastes italiens tels que Vittorio de Sica ou Comencini et américains, Robert Wise, William Wyler, Fred Zinnemann, Raoul Walsh, Robert Aldrich ou encore Orson Welles invités à tourner à Rome. 

Je m’appelle Sergio Leone et je fais la mise en scène de films qui sont toujours très longs et toujours coupés Sergio Leone

Ennio Morricone et Sergio Leone dans le cadre du 37eme festival international du fil, à Cannes en France le 13 mai 1984.
Ennio Morricone et Sergio Leone dans le cadre du 37eme festival international du fil, à Cannes en France le 13 mai 1984. Crédits : Jean-Marc ZAORSKI/Gamma-Rapho - Getty

Sergio Leone a 35 ans lorsqu’il signe son premier western : Pour une poignée de dollars (1964), remake transposé dans l’ouest américain du film de samouraï Yojimbo de Kurosawa. Suivront Et pour quelques dollars de plus (1965) et Le Bon, la Brute et le Truand (1966). Si ses films connaissent immédiatement un succès populaire, la critique s’avère souvent cinglante à son égard. Pourtant, avec sa trilogie du dollar, Sergio Leone révolutionne l’univers du western et le mythe du Far West tant du point de vue narratif et visuel que sonore. 

Le meilleur cinéma, c’est celui où l’action est longue, et les dialogues brefs. John Ford, l’un des mentors de Sergio Leone.

En jouant sur la dilatation temporelle, l’exploration des limites du cadrage et du montage, il invente un nouveau langage cinématographique. Sous la force de son regard, l’Ouest (il tournait à Almeria, en Andalousie) devient réaliste, multi-ethnique, sale, pauvre, traversé par des personnages excessivement violents ou lumineux : Clint Eastwood, Henry Fonda, Gian Maria Volontè, Eli Wallach, James Coburn, Lee Van Cleef, Charles Bronson, Rod Steiger, Claudia Cardinale... Définissant son cinéma comme « un conte pour adultes », Sergio Leone réduisaient ses dialogues de films à l’essentiel confiant à la musique, signée Morricone (son ami d’enfance), une valeur narrative et émotionnelle de premier plan. 

Pour moi, la musique, c’est un peu les dialogues du film. C’est l’expression de l’âme du personnage  Sergio Leone

Clint Eastwood dans "Pour une poignée de dollars", Espagne, 1964
Clint Eastwood dans "Pour une poignée de dollars", Espagne, 1964 Crédits : Silver Screen Collection/Getty Images - Getty

Avec sa trilogie des Il était une fois... , Sergio Leone poursuit sa conquête de l’ouest et explore de nouveaux thèmes : la révolution mexicaine, ainsi que la prohibition et l’avènement du gangstérisme. Dès lors, son cinéma devient culte auprès de toute une génération de cinéphiles, mais aussi de réalisateurs parmi lesquels Quentin Tarentino qui lui doit beaucoup. Sorti en 1984, Il était une fois en Amérique offre une relecture libre de la Recherche du temps perdu de Proust. Construite autour des resurgissements de la mémoire de son protagoniste Noodles (Robert de Niro), cette oeuvre testamentaire, sans doute la plus singulière du réalisateur, est à fois un pur objet de studio et un film expérimental sur l’écoulement du temps.

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2 min
Archive INA : 6 mars 1968. Monique BERGER présente Sergio Leone pour la sortie du film "Le Bon, la brute et le truand". Interview en français - France Inter.

En donnant la parole à celles et ceux qui l’ont côtoyé ou étudié, ce documentaire propose donc un voyage dans l’univers de Sergio Leone afin de faire émerger, exemples à l’appui, les sources de son imaginaire, la genèse de ses films, ses innovations narratives, visuelles et sonores, mais aussi son rapport singulier aux acteurs.

Avec Noël Simsolo, romancier, réalisateur et historien du cinéma ; Jean-François Giré, auteur, monteur et réalisateur ; Claudia Cardinale, comédienne principale dans Il était une fois dans l'ouest ; Marc Mazza, comédien dans Mon nom est personne (produit et co-réalisé par Sergio Leone) ; Norbert Saada, ancien producteur et ami de Sergio Leone. 

Et les voix de Clint Eastwood, comédien dans la trilogie du dollar et Sergio Leone

Merci à Guillaume Baldy et Jean-Philippe Navarre pour leur traduction de Sergio Leone et Clint Eastwood.

Un documentaire de Jérôme Sandlarz, réalisé par Anna Szmuc. Prises de son, Lucien Lefebvre et Arthur Gerbault. Documentation et recherche internet,  Archives INA, Hervé Evanno. Collaboration Suzanne Saint-Cast et Annelise Signoret.

Sergio Leone et Claudia Cardinale sur le tournage de "Il était une fois dans l'ouest" en 1968.
Sergio Leone et Claudia Cardinale sur le tournage de "Il était une fois dans l'ouest" en 1968. Crédits : Paramount/Getty Images - Getty

Bibliographie 

Filmographie (non exhaustive) de Sergio Leone 

  • La trilogie du dollar : Pour une poignée de dollars (1964) ; Et pour quelques dollars de plus (1965) ; Le bon, la brute et le truand (1966)
  • Il était une fois dans l’ouest (1968)
  • Il était une fois… la révolution (1971)
  • Il était une fois en Amérique (1984)                             

Documentaire sur Sergio Leone : Sergio Leone, Une Amérique de Légende de Jean-François Giré (ESC 2019)

 Sergio Leone et Robert De Niro, lors de la conférence de presse de son film "Il était une fois en Amérique", dans le cadre du 37eme festival international du film, à Cannes en France le 13 mai 1984
Sergio Leone et Robert De Niro, lors de la conférence de presse de son film "Il était une fois en Amérique", dans le cadre du 37eme festival international du film, à Cannes en France le 13 mai 1984 Crédits : Jean-Marc ZAORSKI/Gamma-Rapho - Getty

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