LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
La danseuse et chorégraphe allemande Pina Bausch en 1999

Silencieuse Pina Bausch (1940-2009)

58 min
À retrouver dans l'émission

Son oeuvre majeure a imposé la danse-théâtre dans le royaume du spectacle vivant. Danseurs, journaliste, universitaire, directeurs... Ils sont familiers de son travail ont tenté de dresser son portrait, malgré sa réserve et son mystère : sur les traces de l'ensorcelante Pina Bausch.

La danseuse et chorégraphe allemande Pina Bausch en 1999
La danseuse et chorégraphe allemande Pina Bausch en 1999 Crédits : ullstein bild - Getty

Pina Bausch n’aimait pas parler, ni expliquer son travail. Elle demeure mystérieuse, y compris pour beaucoup des danseurs qui ont passé plusieurs décennies à ses côtés. Bien sûr, on connait les thèmes qui ont inspiré son œuvre : l’amour, la domination, le couple, la solitude.

Il faudrait y ajouter la famille et la germanité, sans doute moins visibles mais bien présents dans ses spectacles. Le viol aussi peut-être. Mais tout cela ne suffit pas à éclairer sa personnalité, si forte, si magnétique, si secrète.

La chorégraphe a été filmée quelquefois en répétition avec ses danseurs. Il y a par exemple cette vidéo dans laquelle elle fait travailler un solo du Sacre du printemps. Toujours, elle tient une cigarette à la main. Elle porte des bottes en caoutchouc sur la tête, une sorte de bonnet phrygien. Doucement, elle donne des indications, montre quelques mouvements dans un mélange de fatigue et de détermination. Un air de certitude en même temps que d'abattement. Une nonchalance qui cohabite avec une volonté et une exigence sans faille. Voir Pina Bausch travailler est une expérience magnétique. 

Je sais toujours exactement ce que je cherche. Mais je le sais avec ma sensibilité et non avec mes méninges. Pina Bausch

Dans l’émission de cette semaine, nous allons tâcher de revenir sur son parcours artistique, ce qu’elle a apporté au spectacle vivant en inventant cette danse-théâtre. Mais surtout nous allons essayer de comprendre qui elle était malgré ses silences, en rassemblant les témoignages de danseurs qui ont travaillé avec elle, ainsi que de familiers de son œuvre.

Elle parlait toujours avec une voix très douce, très calme, mais tout le monde l'entendait. Et quand elle commençait à se mouvoir, elle commençait à vivre. C'était formidable, elle pouvait expliquer des mouvement avec un seul mot, on savait ce qu'elle voulait. Jutta Geike

Pina Bausch en septembre 1983.
Pina Bausch en septembre 1983. Crédits : ullstein bild - Getty

La danseuse Jo-Ann Endicott, qui a accompagné Pina Bausch dans les années 70, raconte : "Quand Pina entre dans une pièce, vous le sentez. Elle emmène quelque chose avec elle, avec la manière dont elle marche. Elle est très simple dans sa manière de s'habiller, en pantalon. Tout le monde a entendu parler de ses longues mains, de ses grands pieds, de ses longs cheveux toujours en arrière, de son très léger petit sourire. Les yeux bleu, la peau blanche, les bras qui n'en finissent pas, comme on le voit dans Café Müller."

C'est énorme l'aura qu'elle transporte avec elle. Elle irradie à des kilomètres alentours. Elle ne hausse jamais la voix, elle ne crie jamais, parce qu'elle dit qu'on n'a pas besoin de crier, ça n'apporte rien. Jo-Ann Endicott

Nazareth Panadero : "Il n'y avait pas vraiment besoin de parler avec Pina et c'est ça qui était extraordinaire : la communication passait à travers le mouvement, à travers le regard, à travers un geste, à travers l'expérience. Elle ne m'a jamais dit 'il faut' ou 'il ne faut pas', jamais. C'est ça qui, d'ailleurs, nous a, aux danseurs, donné de l'espace, puisqu'il n'y avait pas d'interdit."

La journaliste Dominique Frétard raconte ses interactions avec la chorégraphe, le désir d'être aimé par elle que tout le monde partageait, son humeur fréquemment massacrante, le cinéma désaffecté à Wuppertal, dans lequel elle organisait les répétitions de sa troupe :

Il y a quelque chose de l'ordre du non spectaculaire qui lui plaisait, mais aussi de l'ordre de la ruine, des choses qui s'effondrent. Dominique Frétard

Avec les danseurs Jo-An Endicott, Bénédicte Billiet, Nazareth Panadero et Jutta Geike ; Brigitte Gauthier, universitaire, auteur de Le langage chorégraphique de Pina Bausch (Editions de l’Arche ; Rudolph Rach, directeur des éditions de l’Arche, qui détiennent les droits mondiaux des spectacles de Pina Bausch ; Gérard Violette, ancien directeur du Théâtre de la ville ; Dominique Frétard, journaliste.

  • Un documentaire de : Matthieu Garrigou-Lagrange 
  • Réalisation : Jean-Claude Loiseau

Pour aller plus loin

Le site officiel du Tanztheater Wuppertal Pina Bausch (allemand, anglais)

Une vidéographie et une filmographie de Pina Bausch

En 2008, quelques mois avant sa mort, Pina Bausch propose à Jo-Ann Endicott, l'une des plus anciennes danseuses de sa troupe, de reprendre avec Bénédicte Billiet et des adolescents la pièce Kontakthof qu'elles avaient créée ensemble 30 ans plus tôt. "Les novices de Pina Bausch : rencontre avec Jo-Ann Endicott" :

"Pina Bausch se fige" :  Article de Marie-Christine Vernay dans Libération (01/07/2009)

"Pina Bausch, dame de corps" :  Article de Fabienne Pascaud dans Télérama (30/06/2009)

L'équipe
Production
Avec la collaboration de
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......