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William Faulkner (1897 - 1962), dans son bureau à la Warner Bros, dans les années 1940

William Faulkner (1897-1962), écrire la fureur

59 min
À retrouver dans l'émission

"L'inceste et le viol sont peut-être des distractions communément répandues dans le Jefferson, Mississippi de Faulkner, mais pas ailleurs". C'est le commentaire sermonneur qu'adressa le New York Times à William Faulkner qui recevait en 1949 le Prix Nobel de littérature...

William Faulkner (1897 - 1962), dans son bureau à la Warner Bros, dans les années 1940
William Faulkner (1897 - 1962), dans son bureau à la Warner Bros, dans les années 1940 Crédits : Alfred Eriss/Pix Inc./The LIFE Picture Collection - Getty

Né à Oxford en 1897, une petite ville du Mississippi qu'il rebaptise Jefferson dans ses romans, William Faulkner a écrit des romans dont les héros sont des fous, des idiots, des sadiques, des rustres doués pour les travaux de la terre, des descendants de lignées maudites qui, tous, essaient de lutter contre les forces de la nature, de l'hérédité et du destin, mais sortent perdants de ce duel. 

Ce sont toujours des êtres en action, qui pensent en même temps qu'ils agissent, ne comprennent pas complètement ce qu'ils sont en train de faire, et ce n'est pas sur l'auteur qu'il faut compter pour en savoir davantage.

Cela donne au moins un roman scandaleux, Sanctuaire, dans lequel une brute, Popeye, viole une femme avec un épis de maïs, et au moins un roman réputé inintelligible, Le Bruit et la fureur, dans lequel alternent quatre récits, quatre points de vue, et de très nombreuses temporalités différentes. Car les voix comme les temps s’interpénètrent chez Faulkner, comme pour dire qu'on n'est jamais vraiment à ce qu'on fait, qu'on est toujours à côté, décalés par rapport au rythme du dehors, qui exige une régularité que l'on n'a pas à l'intérieur.

A la question "Quel roman avez-vous répondu écrire ?" Faulkner répond : " Celui qui m’a donné le plus de peine, qui a été la meilleure faillite : Le Bruit et la Fureur."

Le champ de bataille ne fait que révéler à l'homme sa folie et son désespoir, et la victoire n'est jamais que l'illusion des philosophes et des sots.

William Faulkner, Le Bruit et la fureur, 1929

Entre 1928 et 1932, cet homme d' 1 mètre 67, qui boit beaucoup - dans la famille, on était alcoolique de père en fils - écrit cinq romans magistraux : Le Bruit et la Fureur, Sanctuaire, Lumière d'Août, Sartoris et Tandis que j'agonise. Plus tard viendront Absalon ! Absalon !, Si je t'oublie Jérusalem, et d'autres romans encore. 

Comme il manque toujours d'argent, Faulkner fait des petits boulots en plus de ses romans, écrit des nouvelles et travaille pour Hollywood, à partir de 1937. Même si Howard Hawks, pour lequel il écrit, est son ami, ce monde n'est pas le sien. Faulkner est décalé, justement. 

Sartre, lecteur dans les années 1930 de Sanctuaire et de Tandis que j'agonise, avait dit qu'il "faudrait connaître" Faulkner. Ce à quoi le romancier, des années plus tard, répondit indirectement en déclarant que son épitaphe et sa nécrologie tout ensemble devraient se résumer à : "Il a fait des livres et il est mort". Seules comptent les œuvres, et pas l'homme ? Non, mais il est vrai que lorsqu'on regarde la vie de Faulkner, on se demande d'où viennent la violence, la fureur, la part de prophétie de sa littérature.

C’est ça le grand mystère Faulkner ! On ne peut pas rattacher cette virulence, cette violence, ce ton de visionnaire hallucinatoire, de prophétie douloureuse, qui parle du désir et de la furie de ce désir, on ne peut pas le rattacher à quelque scène de la vie de Faulkner. Ça vient d’ailleurs, et ça va ailleurs. Et c’est ce mystère auquel chaque lecteur est reconduit à chaque fois qu’il lit une page de Faulkner. Car tout Faulkner est ainsi, et c’est pour ça que c’est un auteur inimaginable. Mais d’où ça vient ? Alors ça vient sûrement de ce qu’il entendait être le rythme de la Bible. Cette fureur, ce hurlement, cette sorte de clameur, qui à la fois se heurte au silence des hommes, mais aussi au silence de Dieu. Cette clameur éperdue et désespérée, c’est cela qui l’a amené à la littérature. 

Paul Audi , à propos du décalage entre la violence de des récits écrits par William Faulkner et la vie qu'il mena. 

Dans cet épisode d'Une vie, une oeuvre consacré à William Faulkner, vous entendrez les analyses du philosophe Paul Audi, des écrivains Pierre Bergounioux, Marc Weitzmann et Olivier Sebban.

Liens

Dossier William Faulkner dans l’encyclopédie québécoise de l’Agora.

William Faulkner, prix Nobel de littérature en 1949 : biographie, discours… sur le site des Prix Nobel.

William Faulkner, vrai visionnaire : article publié sur le site Pileface.

Estampes japonaises, documentaire de William Faulkner sur son voyage au Japon en 1956.  

Faulkner et le cinéma, sur le site Ciné-Ressources.

Par Virginie Bloch-Lainé. 

Réalisation : Clotilde Pivin. 

Avec la collaboration de Claire Poinsignon et d'Annelise Signoret.

Rediffusion de l'émission du 16.01.2011. 

Avec la collaboration de Claire Poinsignon et d'Annelise Signoret.

Chroniques

Bibliographie

Jours de Faulkner

Jours de FaulknerMEET, Saint-Nazaire (Loire-Atlantique). Collection Les bilingues, 2008

Faulkner : le roman de la détresse

Faulkner : le roman de la détressepresses universitaires de Rennes, 2003

Intervenants
  • philosophe, enseignant, membre statutaire de l’équipe de recherches Philépol à l’Université Paris Descartes
  • écrivain
  • Ecrivain et producteur de l'émission "Signes des temps"
  • écrivain, auteur de 'Le Jour de votre nom' (Seuil).
L'équipe
Production
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