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Willy Ronis chez lui en 1979, à Paris

Willy Ronis, l’instant du déclic (1910-2009)

59 min
À retrouver dans l'émission

Révélé au grand public sur le tard, Willy Ronis disait être « tombé en photographie non par vocation, mais par accident ». Persuadé que le merveilleux peut jaillir à tout instant, il fut l’un des derniers représentants de la photographie dite « humaniste » à la française.

Willy Ronis chez lui en 1979, à Paris
Willy Ronis chez lui en 1979, à Paris Crédits : Pierre-Jean Amar

rArJe n’ai pas eu une pratique heureuse. Mes bonheurs se passaient dans l’instant du déclic, mais jusque-là, j’étais assez mélancolique. (…) La mélancolie du photographe est composée du contraste entre le bonheur de la prise de vue et l’incertitude de la destinée de l’image. Willy Ronis en 2009 sur France Culture dans l'émission A Voix Nue

"Chère Madame, il y a des lettres que l’on espère recevoir. La vôtre me bouleverse et je suis heureux que vous vous soyez reconnue". En 1986, Willy Ronis répond à Rose Zehner. Cette septuagénaire a découvert quelques semaines plus tôt, par l’intermédiaire d’une amie qui lui a fait parvenir une coupure de Paris-Match, être depuis 50 ans l’un des sujets les plus célèbres du photographe. L’image en noir et blanc date de mars 1938, en pleine grève chez Citroën, elle est alors syndicaliste sur le site de Javel. Rose Zenner en tablier noir, juchée sur une table, harangue les ouvrières en manteau à qui elle désigne du doigt quelque chemin à suivre.

Il partage la vie de ceux qu’il photographie, en étant au milieu des siens. Son cœur bat au même rythme que ceux qu'il photographie. Il n’a jamais triché avec son œuvre, à aucun moment, il a négocié avec son art. C’est un personnage exemplaire. Il ne figeait pas la vie, il la démultipliait. Didier Daeninckx

A la fin de sa vie, Willy Ronis a eu ce que nombre de ses confrères photographes considèrent comme un privilège : retrouver, parfois par hasard et parfois après une longue quête, une trentaine de celles et ceux qu’il a photographiés. La petite fille au bonnet phrygien sur les épaules de son père ; les Amoureux de la Bastille ; l’ouvrier aux valises sur les marches d’un escalier de Belleville… Ces retrouvailles le touchaient. 

Archive INA : Willy Ronis commente une photo à laquelle il tient particulièrement, La péniche aux enfants, prise durant l'hiver 1959 :

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4 min
Willy Ronis dans l'émission Affinités électives de Francesca Isidori, le 10 mars 2005 sur France Culture

Il disait qu’il composait ses photos comme des fugues, en trois parties, avec un premier, deuxième et troisième plan. La musique l’inspirait (...). Il se servait de la forme pour dire des choses simples. Il a photographié les gens pour ce qu’ils étaient. Pierre-Jean Amar

Willy Ronis n’était pas un voleur d’images, il avait pour les personnes qu’il photographiait respect et empathie. En 1950, il rompit son contrat avec Life, parce que le prestigieux magazine américain accolait à chacune de ses images une légende qui ne leur correspondait pas. Une déontologie de la pudeur et du respect qu’il s’était imposé lui-même, en autodidacte qu’il était, une fois émancipé du studio de portraits poussiéreux et figés que tenait son père dans le XIXème arrondissement de Paris.

La photographie humaniste fait naître l’être dans un instantané. C’est le courant qui touche le cœur. Sabine Weiss

Anvers 1957, de Willy Ronis
Anvers 1957, de Willy Ronis Crédits : Willy Ronis

Les archives INA avec sont extraites des émissions A Voix Nue sur France Culture par Guy Le Querrec en 2009 et Le Bon Plaisir de Willy Ronis avec Bertrand Eveno sur France Culture en 1995. 

Pour aller plus loin 

Le temps passe… Willy Ronis raconte. Six retrouvailles de personnages de ses photos racontées par leur auteur, Willy Ronis. Film réalisé en 2006 par Pierre-Jean Amar, à voir sur YouTube. 

Willy Ronis, photographe d'un siècle : un entretien accordé, quelques mois avant sa mort, à Sophie Dufau et David Dufresne, de Mediapart.

Willy Ronis raconte ses photos les plus célèbres : un sujet tourné le 26 octobre 2005, en ligne sur le site de l’Ina

L'exposition Willy Ronis par Willy Ronis, au Pavillon Carré de Baudouin à Paris, est à voir jusqu'au 2 janvier 2019 :

  • Un documentaire de Julie Gacon et Yvon Croizier. Archives INA : Marie Chauveau. Ressources internet : Annelise Signoret de la Bibliothèque de Radio France. 
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