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Le Taipei City Hall et la tour 101 de nuit en 2005

Bubble tea à Taipei, Tour 101

59 min
À retrouver dans l'émission

En construisant la Tour 101, édifice le plus haut du monde jusqu’en 2007 avec ses 508 mètres de haut, Taipei entendait sans doute rappeler au monde que la petite République de Chine (RDP), qui célèbre cette année son centenaire, existait de facto comme une République économiquement puissante.

Le Taipei City Hall et la tour 101 de nuit en 2005
Le Taipei City Hall et la tour 101 de nuit en 2005 Crédits : PATRICK LIN - AFP

Première diffusion le 23/09/2012

Un documentaire d'Alain Lewkowicz

Réalisation : Anne Franchini

Prise de son et mixage : Jean-Michel Cauquy

« Mes premières errances taiwanaises se sont déroulées sur fond de campagne électorale. C’était en 2000 et le « pays » s’apprêtait à élire pour la première fois de son histoire un président natif de Taiwan n’appartenant pas au parti historique du kuomintang, Chen Sui-bian. Je me souviens de ma rencontre avec une jeune vidéaste, Ying Ying, avec qui j’échangeais beaucoup sur la question de l’identité. Qui étaient les Taiwanais ? Chinois culturellement, ils se forgeaient une identité nouvelle, en construction, en devenir, dont les fondements étaient dessinés par le choix qu’ils avaient fait, celui de la démocratie. « Pendant la dictature, l’art en général était un outil au service de la propagande. Lorsque le processus de démocratisation a abouti au début des années 90, les artistes, les cinéastes, les écrivains se sont mis à produire de façon prolifique ! Aujourd’hui que la démocratie s’est installée nous ne savons plus quoi dire ! Nous devons tout inventer si nous voulons sortir du cercle vicieux de la douleur du passé et qui ne cesse de hanter la création », m’expliquait-elle...

En construisant la Tour 101, édifice le plus haut du monde jusqu’en 2007 avec ses 508 mètres de haut, Taipei entendait sans doute rappeler au monde que la petite République de Chine (RDP), qui célèbre cette année son centenaire, existait de facto comme une République économiquement puissante, malgré les pressions exercées par l’autre Chine, la continentale République Populaire. Car si Pékin considère ce petit bout de terre perdu au beau milieu de la mer de Chine comme sa 23ème province, Taipei entend incarner l’unique gouvernement légal de la Chine...

Un peu de légèreté
Un peu de légèreté Crédits : Radio France

Signifiant littéralement « ville du nord de Taiwan », Taipei est la capitale culturelle, politique et économique de la République de Chine. Ses trois millions d’habitants transportent, comme un fardeau, l’histoire dramatique et douloureuse de ces Chinois nationalistes de l’exil. Un fardeau qu’ils se transmettent de génération en génération depuis 1949, l’année de la défaite face aux communistes de Mao, celle de la fuite vers cette marche de l’empire avec Chiang Kai-Chek, celle des drames et des déchirements. C’est le destin des gens de Taipei que décrit l’écrivain Pai Hsien-yung à la façon narrative d’un James Joyce dans « Dubliners ». Celui de ces deux millions de Chinois venus du continent avec l’espoir d’y retourner un jour. Soixante deux ans après, ces « Taipei Ren » et leurs descendants semblent encore dos à dos avec leur présent. Qu’ils soient cinéastes, écrivains ou plasticiens, tous ont raconté, filmé et symbolisé les mêmes chroniques, les mêmes récits et souvenirs, dans une ville qui les transpire sans cesse. Une ville de Chine d’avant les communistes, à la langue complexe, aux odeurs de thé et d’encens, où se mêlent mahjong, et kuomintang, esprits, fantômes et superstitions. Une citée qui suinte le souvenir d’une mère patrie trop longtemps interdite, celui d’une longue occupation japonaise et d’une dictature militaire animée par cette haine de la défaite. Une ville « far west », une métropole hall de gare, une sorte de bout du monde qui a fini par se moderniser dans les années 80 comme pour se préparer à accueillir en grandes pompes une démocratie naissante et affirmer ainsi sa nouvelle identité : celle d’un nouveau destin politique et d’une nation en devenir. » Alain Lewkowicz

Massages aux hachoirs
Massages aux hachoirs Crédits : Radio France
Au pied de la Tour 101
Au pied de la Tour 101 Crédits : Radio France

Avec:

Maître Chow Yu de la maison de thé Wistaria (la plus vieille maison de thé japonaise de Taipei) et l’artiste du thé de Maokong

Taipei est située dans une cuvette entourée de collines sur les coteaux desquelles les artistes du thé font preuve de toutes les imaginations pour créer le nectar qui remportera l’adhésion des habitants de la ville. Car c’est ici, sur les hauteurs de Maokong que vient se déverser quotidiennement le stress des gens de Taipei. Un stress qui se noie dans ces breuvages qu’on on se perd dans une toile de maître. L’ambiance s’y prête, perdue dans la végétation luxuriante de la jungle subtropicale. On vient y trouver du repos, du réconfort et du bien être auprès des esprits des lieux, loin du tumulte de la ville.

L’artiste Jacques Picoux
L’artiste Jacques Picoux Crédits : Radio France

L’artiste Jacques Picoux

Installé à Taiwan depuis 1979, cet artiste touche à tout, à une vision de la ville en demie teinte. Il a su pourtant trouver son équilibre, entre l’urbain et le sauvage de la jungle qui a su, dans certains quartiers, reprendre ses droits.

L'écrivain Wuhe

Un marché de TAIPEI
Un marché de TAIPEI Crédits : Radio France
La créatrice de mode Sophie Hong
La créatrice de mode Sophie Hong Crédits : Radio France

De son vrai nom Chen Guocheng, l’écrivain Wuhe – signifiant littéralement « la grue qui danse » - est né à Taiwan en 1951. Avec son dernier roman, c’est l’histoire des Aborigènes présents depuis « toujours » sur l’île qui émerge. C’est aussi l’histoire de la colonisation japonaise que l’on explore. Taiwan est sans doute une exception en Asie. C’est sans doute le seul endroit où les Japonais, qui s’y sont installés pendant 50 ans, n’ont pas laissé autant d’amertume qu’ailleurs. Les Aborigènes eux, après des décennies d’exclusion sont désormais reconnus comme faisant parti du socle culturel du pays. C’est dans ce qu’on appelle le New-Taipei que nous l’avons rencontré sur les bords du fleuve Tamsui qui traverse la ville de Taipei. Un fleuve sur lequel aucun bateau ne navigue et que la municipalité a interdit aux habitants. Wuhe fait une critique acerbe de la modernité qui le prive de ce qui a nourri son enfance et son inspiration : les collines divines dédiées à Matzu la déesse de la mer et la montagne du Dragon aujourd’hui ravagées par le béton. Seule la vision unique du couché du soleil a été préservée. « C’est la faute du métro que les Français ont construit », explique-t-il. « Et avec lui sont arrivés la société de consommation, la modernité et un trop plein de citadins ».

La créatrice de mode Sophie Hong

Sophie Hong est une incontournable. Dans son pays natal, elle a ce statut de Commandeur de la création mode qui la fait respecter par une filière textile encore un peu trop encline à produire des collections « à la manière de ». Elle est née à HsinChu, ville située sur la côte ouest de Taiwan au sein d’une famille implantée sur l’île depuis plus de quatre siècles. Cinquième d’une fratrie de sept enfants, son père exerçait la profession de pharmacien. De sa mère, décédée alors qu’elle n’avait que douze ans, la créatrice conserve l’image d’une femme aussi belle qu’élégante qu’elle accompagnait lors de ses fréquentes visites chez la couturière en charge de lui confectionner des robes sur-mesure. A peine son parcours scolaire achevé, elle décide d’afficher et d’affirmer sa différence de style en lançant sa propre marque. Hors de question pour elle de jouer la carte du plagiat de couturiers occidentaux comme cela se pratiquait chez tous les fabricants du cru. Elle, au contraire, décide de mettre en avant tout le patrimoine vestimentaire et ancestral propre à sa culture et à ses racines chinoises.

La chanteuse Cheer Chen

Née en 1975, elle chante l’espoir de la jeune génération en un Taiwan indépendant et responsable. Elle a commencé à chanter en faisant la manche dans un des souterrains de la ville avant de devenir l’égérie d’une jeune génération angoissée par l’avenir. « Toutes les entreprises se sont délocalisées en Chine et les jeunes se demandent quel sera leur avenir sur cette île que personne ne reconnaît. C’est une source d’angoisse pour eux. Car même si ces jeunes donnent le meilleur d’eux-même, l’avenir reste plus que jamais incertain », explique-t-elle.

La Tour 101
La Tour 101 Crédits : Radio France

Le musicien aborigène Djanav Zengror

Les aborigènes de Taiwan, tout le monde en parle. Pendant des siècles, ils ont été massacrés, ostracisés, rejetés, niés, accusés de tous les maux de la société. Puis on a utilisé leurs cultures et leurs langues (Taipei reconnaît officiellement 14 tribus différentes) pour se doter d’un socle identitaire face à la puissante Chine continentale pour affirmer sa différence. Ils tentent aujourd’hui de défendre leur droit à l’indifférence tout en cultivant leurs particularismes. Avec Djanav Znagror, musicien phare de la culture aborigène, nous revisitons ces temps où les aborigènes ont tenté de s’inscrire dans le paysage urbain de Taipei pour devenir eux aussi des gens de Taipei.

L’artiste Jui-Chung Yao
L’artiste Jui-Chung Yao Crédits : Radio France

L’artiste Jui-Chung Yao

Yao est sans doute le plus iconoclaste des artistes contemporains de Taipei. Une sorte D’Aï Wei Wei, toute proportion gardée. Avec son franc-parler, il n’hésite pas à railler les hommes politiques et les partis qui se sont succédés depuis l’avènement de la démocratie au début des années 90. Fini l’euphorie des débuts avec le Democratic progressif Party (DPP) qui prônait sa différence avec la Chine communiste à coup de « taiwanitude » et d’identité culturelle mettant au centre de celle-ci les aborigènes de l’île. Fini également le discours tranché et radical d’une séparation totale avec la Chine d’en face. Le retour aux affaires du Kuomintang (KMT) en janvier dernier pour un second mandat donne le ton politique ambiant : on ne fait plus de politique, on ne critique plus la Chine et on tente d’en faire le partenaire de prédilection. C’est ce contexte que Tao met en lumière dans son travail. A travers ses photos, ses installations et ses peintures, il revisite cette identité à l’époque de la loi martiale, les mythes de cette Chine perdue en 1949, ce qu’il nomme « la réalité froide » du folklore taïwanais et le trou noir idéologique dans lequel sont engouffrés les Taiwanais.

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Villes-Mondes | 11-12 : Samedi 23 juillet 2016
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