LE DIRECT
Séoul

Séoul à livre ouvert, une littérature de cicatrices

59 min
À retrouver dans l'émission

Villes-Mondes jette l’ancre à SÉOUL, escale dans l’encre des écrivains coréens, diffusée en plein Salon du Livre de Paris où la Corée du Sud est le pays invité, et en pleine "Année France-Corée": premier chapitre, première escale Séoul Ville Mondes...

Séoul
Séoul Crédits : C.L

Production : Alain Lewkowicz - Réalisation: Céline Ters - Prise de son: Laurent Macchietti

C’est sur les bords du fleuve Han que commence ce premier chapitre « Séoul Villes Mondes, à livre ouvert, une littérature de cicatrices », diffusé en plein Salon "Livre Paris" où la Corée du Sud est le pays invité, et en pleine "Année France-Corée"... Hangang River ou Han River, frontière invisible, frontière sociale et géographique, incarnation d’une ville qui ne cesse de changer d’aspect, engloutie sous le béton comme pour refouler ses origines. Et malgré tous ces efforts, les ancêtres, eux, ne cessent de resurgir.

Avec :

Les écrivains :

Kim Kyung-Uk,

Chang Kang Myung,

Changhee Kim,

Eun Hee-Kyung,

Les architectes :

Sojin Lee

Joh-Hahn

Et la chamane Lee Young Nyu

Avec le soutien de l’Année France-Corée, et l'Institut Français de Paris et l'Institut Français de Séoul

Occupée dès 1910 par les Japonais qui imposèrent un système colonial de domination impitoyable allant jusqu’à interdire la pratique de la langue coréenne, divisée en deux zones d’occupation administrées respectivement par l’URSS au nord et les Etats-Unis au sud, la Corée sort exsangue de la Seconde Guerre Mondiale. Gyeongseong, nom donné à la ville par l’occupant nippon redevient Séoul, littéralement « ville capitale ». Moins de 10 ans plus tard, lorsque que la guerre de Corée s’achève en 1953, Séoul n’est plus qu’un champ de ruines. Les effets « post-traumatiques » ont sans doute été une source dans laquelle ses habitants abîmés ont trouvé la force d’en faire, en quelques décennies seulement, une actrice mondialement influente. La présence américaine impose une industrialisation à marche forcée et une économie libérale d’où émerge un tissu urbain qui donne à Séoul ses premières allures de grande ville. Sa recette ? La même qu’à Detroit. La voiture individuelle, symbole de réussite sociale et de renaissance de la cité qui se bétonne. Un développement rapide et des mutations sociales qui provoquent de graves problèmes de logements. Les « tanji » envahissent le paysage. Des habitations de masse, collectives, verticales et fonctionnelles conformes aux principes de l’urbanisme international.

Mais cette capitale qui ressemblait à une forteresse stakhanoviste, repliée sur son béton et ses traditions n’est plus. Et si, dit-on, Séoul se projète sans jamais se retourner, le passé ne cesse de planer et vient hanter les Séoulites comme une vieille blessure qui n’en finit jamais de guérir. Séoul est sans doute l’unique capitale asiatique ayant été occupée par les Japonais et qui déploie une énergie gigantesque à l’élimination systématique des traces de ce passé colonial. Toujours techniquement confrontée à sa rivale du Nord, la capitale du Sud vit encore à la merci des milliers de pièces d'artillerie du dirigeant nord-coréen Kim Jong-un, postées à seulement 40 kilomètres du centre, le long des miradors de la frontière la plus militarisée du monde. En 5 000 ans d'histoire, les Coréens ont appris à toujours être sur le qui-vive pour parer l'attaque de l'assaillant. Cette leçon, puisée dans les invasions féroces venues de Chine, de Mongolie, puis dans l'implacable colonisation japonaise, pousse les Séoulites à toujours adopter les dernières avancées technologiques pour mieux défaire l'ennemi. L’ultra compétitivité trouve ici tout son sens. A l'image de Samsung, qui a défait la suprématie d'Apple en quelques années avec sa réplique de l'iPhone. D’ailleurs, à Séoul, le haut débit coule comme l'eau du robinet, on paye son taxi comme son métro en effleurant une borne tactile, on envoie des mails sur des colonnes digitales plantées sur les trottoirs grouillants de Gangnam. Mais jusqu'où ira cette constante métamorphose, alors que la croissance économique atterrit en dessous des 3 % et que le vieillissement de la population menace ?

Question dont la réponse se trouve dans les racines chamaniste des Coréens. Car sous la gangue rigide du néo-confucianisme imposé au pays jusqu’à l’invasion japonaise, perce encore le feu des esprits. Sur les flancs escarpés du mont Namsan, surmonté d'une tour de télévision devenue le symbole de la ville, ou celles du mont Inwangsan, on entend encore les psalmodies initiatiques, près des sources d'eau vive. La chamane Kim Kum-hwa ne vient-elle pas d’être nommée « Trésor national vivant » pour avoir préservé plusieurs rituels, parmi lesquels celui, très spectaculaire, de la bénédiction des bateaux de pêche ? Loin du strass et des paillettes, c’est avec les écrivains et les cinéastes indépendants que l’on explore la question de l’exclusion sociale grandissante. Avec la colonisation culturelle américaine, les familles ont éclatées, les logements ont rétréci, l’individualisme est devenu une vertu tandis que le modèle confucianiste n’est plus. Les jeunes refusent désormais de s’occuper des vieux. Fini la vie à trois générations sous le même toit. Les jeunes veulent être libres, affranchis des traditions et du poids d’une famille dont on doit s’occuper. Les vieux, eux, sans moyen de subsistance finissent à la rue. Combien sont-ils, tous vieillards, à vivre d’expédients, SDF vivant de mendicité ? Pour les jeunes, désormais seuls mais libres, c’est la galère. La concurrence est telle que la rue n’est jamais très loin. Dans cette ville où seule la réussite économique compte, l’ostensible est roi. Il faut montrer que l’argent cesse d’être un souci. Grosses voitures, belles maisons, un tiers des Coréens sont aujourd’hui surendettés. Mais cette question reste tabou. Comme beaucoup d’autres d’ailleurs, notamment celle du passé. 5 000 ans d’histoire d’invasion chinoise, japonaise, américaine, ça marque, ça traumatisme. Ainsi, l’identité coréenne semble construite contre celle des autres. Un passé qui n’est rien d’autre qu’un présent immédiat jetable, consommable...

Chroniques

15H01
57 min

Villes-Mondes | 11-12

Villes-Mondes | 11-12 : Dimanche 20 mars 2016
L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......