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"Turin ville haute, ville basse" TURIN VILLE-MONDES - Escale 1

59 min
À retrouver dans l'émission

Documentaire de Hélène Frappat, réalisé par Angélique Tibau, prise de so n Djaisan Taouss

Turin
Turin

Structuré par une promenade en coupe de la ville du Nord au Sud, ce voyage sur la ligne 4 du Tram nous révèle les contrastes historiques et politiques d’une ville qui fait passer brutalement ses visiteurs, et ses habitants, d’un centre historique baroque et flamboyant, articulé autour des arcades et des grandes places royales, aux quartiers à peine excentrés qui, à partir des années 30 accueillirent les immigrés méridionaux venus travailler pour la Fiat. A quoi ressemble la Turin contemporaine, entre une politique de la ville axée, depuis les Jeux Olympiques, sur le tourisme, et les traces d’une mémoire ouvrière qui hante la mémoire de nombre de ses habitants, et ses quartiers fantômes ?

Avec :

Filippo de Pietri , professeur à l’Ecole Polytechnique de Turin, spécialiste de l’histoire de Turin, en compagnie duquel nous parcourons toute la ligne 4 du Tram qui traverse la ville du Nord au Sud, des banlieues déshéritées en passant par le centre historique,

Margherita Oggero , écrivain, qui a fait de Turin la toile de fond des enquêtes de son professeur-détective, dans La collega tatuata et Una piccola bestia ferita (traduits chez Albin Michel),

Cesare Martinetti , journaliste et co-directeur de La Stampa, journal créé à Turin par la famille Agnelli,

Marcella Pralormo , directrice de la Pinacothèque Agnelli, musée situé au dernier étage du « Lingotto », l’ancienne usine Fiat,

Stefania Ressico , adjointe à la culture de la mairie de Turin,

Jean d’Entrèves et Courmayeur , descendant d’une famille historiquement présente dans le Val d’Aoste et à Turin, qui nous fait visiter la Villa della Regina, ancienne demeure royale située sur les collines de la ville,

Pietro Perotti , ancien ouvrier de la plus grande usine Fiat de Mirafiori, qui nous fait visiter ce site aujourd’hui fantôme en retraçant l’histoire de l’ancienne capitale industrielle et économique de l’Italie, autour des luttes turinoises (comme « la marche des 40 000) qui ont marqué l’histoire de l’Italie.

La cité piémontaise, modelée au XVIIe siècle par l’architecte baroque Guarino Guarini puis, au XVIIIe siècle, par Filippo Juvarra, est la ville du paradoxe. Son plan, dominé par de grandes avenues rectilignes que souligne la ligne parallèle des arcades (via Roma, via Pô…), est sans cesse contredit par l’irruption des Alpes, et du brouillard mystérieux qui nimbe la ville, atténuant sa raideur géométrique.

Ville témoignant de son passé grandiose de capitale du Royaume du Piémont, de son âge d’or cinématographique (Turin fut la première capitale du cinéma italien avant Rome, si bien qu’aujourd’hui la ville abrite le plus grand musée consacré au cinéma en Europe), elle abrite d’autres trésors : le Musée Egizio, le Teatro Regio, ou, dans un registre différent, le mouvement de la Slow Food, créé à Turin en 1989 par Carlo Petrini, et qui a révolutionné la gastronomie italienne en l’ancrant dans les traditions piémontaises.

Turin est aussi une ville mélancolique qui a connu plusieurs déclins, à commencer par celui d’une industrie automobile légendaire (les usines Fiat fondées par la famille Agnelli durant la dictature mussolinienne), autrefois synonyme de la croissance économique italienne de l’après-guerre, et symbolisant désormais les doutes d’une ville qui peine à se souvenir de sa mémoire ouvrière et à redonner vie aux gigantesques territoires fantômes des usines abandonnées, dans des paysages évoquant Détroit.

Pourtant le paradoxe de Turin tient à sa capacité permanente à se renouveler : élue « ville magique » au Moyen Age, elle continue à être au cœur de la création artistique et de l’avant-garde contemporaines, depuis notamment la naissance de l’Arte Povera en 1966 (Mario Merz, Pistoletto, Giuseppe Penone). Depuis le Moyen Age, la tradition ésotérico-mystique situe Turin au centre d’un « triangle magique », composé de Turin, Lyon et Prague. En prolongeant cette tradition ésotérique qui perdure aujourd’hui, la magie propre à cette ville est toujours sensible...

Au passage, nous croisons deux illustres fantômes de cette ville spectrale : Nietzsche et Pavese. Le philosophe allemand, qui perdit la raison à Turin en 1889, à 44 ans, écrivait : « J’ai élu Turin pour ma patrie, le premier endroit où je me sente tolérable ! » Avant d’y sombrer dans la folie, il l'a définie “une ville qui parle au coeur”, “belle dans ses journées grises”. Et le poète Cesare Pavese, qui transformait sa ville en femme, dans son roman Entre femmes seules, adapté par Michelangelo Antonioni, décrit ainsi Turin dans Le Métier de vivre : « Ville de la rêverie, de par son achèvement aristocratique composé d’éléments nouveaux et anciens ville de la règle, de par l’absence absolue de dissonances entre le matériel et le spirituel ville de la passion, de par sa bienveillante propension à l’oisiveté ville de l’ironie, de par son bon goût dans la vie ville exemplaire, de par sa tranquillité, riche de tumulte… »

Turin est la ville des grands écrivains classiques (Emilio Salgari, Edmondo De Amicis, Vittorio Bersezio, Cesare Pavese, qui s'est suicidé dans une chambre de l'Hôtel Roma, situé en face de la gare centrale), Carlo Levi et, parmi leurs successeurs, Mario Soldati Carlo Fruttero et Franco Lucentini, Norberto Bobbio, Natalia Ginzburg, Lalla Romano, Umberto Eco, Primo Levi (suicidé dans la cage de l'escalier de son habitation turinoise). Leurs fantômes hantent encore la création littéraire contemporaine. A Turin, de grands éditeurs (Einaudi, Bollati Boringhieri…) ont écrit l'histoire de la culture européenne. Et dans ses nombreuses librairies, et dans ses cafés, se déploie la Turin littéraire…

Avec le soutien du Consulat de France à Turin et de SNCF Italia

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