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VILLE-MONDES TAIPEI - Escale 1 (rediffusion de l'émission du 16 septembre 2012)

59 min
À retrouver dans l'émission

Première escale: «Taipei, Snake Alley » Un documentaire d' Alain Lewkowicz

Réalisation : Anne Franchini

Prise de son et mixage : Jean-Michel Cauquy

TAIPEI (carte)
TAIPEI (carte) Crédits : Radio France

« Mes premières errances taiwanaises se sont déroulées sur fond de campagne électorale. C’était en 2000 et le « pays » s’apprêtait à élire pour la première fois de son histoire un président natif de Taiwan n’appartenant pas au parti historique du kuomintang, Chen Sui-bian. Je me souviens de ma rencontre avec une jeune vidéaste, Ying Ying, avec qui j’échangeais beaucoup sur la question de l’identité. Qui étaient les Taiwanais ? Chinois culturellement, ils se forgeaient une identité nouvelle, en construction, en devenir, dont les fondements étaient dessinés par le choix qu’ils avaient fait, celui de la démocratie. « Pendant la dictature, l’art en général était un outil au service de la propagande. Lorsque le processus de démocratisation a abouti au début des années 90, les artistes, les cinéastes, les écrivains se sont mis à produire de façon prolifique ! Aujourd’hui que la démocratie s’est installée nous ne savons plus quoi dire ! Nous devons tout inventer si nous voulons sortir du cercle vicieux de la douleur du passé et qui ne cesse de hanter la création », m’expliquait-elle...

En construisant la Tour 101, édifice le plus haut du monde jusqu’en 2007 avec ses 508 mètres de haut, Taipei entendait sans doute rappeler au monde que la petite République de Chine (RDP), qui célèbre cette année son centenaire, existait de facto comme une République économiquement puissante, malgré les pressions exercées par l’autre Chine, la continentale République Populaire.
La Tour 101
La Tour 101 Crédits : Radio France
Car si Pékin considère ce petit bout de terre perdu au beau milieu de la mer de Chine comme sa 23ème province, Taipei entend incarner l’unique gouvernement légal de la Chine.
TAIPEI depuis les collines
TAIPEI depuis les collines Crédits : Radio France
Signifiant littéralement « ville du nord de Taiwan », Taipei est la capitale culturelle, politique et économique de la République de Chine. Ses trois millions d’habitants transportent, comme un fardeau, l’histoire dramatique et douloureuse de ces Chinois nationalistes de l’exil. Un fardeau qu’ils se transmettent de génération en génération depuis 1949, l’année de la défaite face aux communistes de Mao, celle de la fuite vers cette marche de l’empire avec Chiang Kai-Chek, celle des drames et des déchirements. C’est le destin des gens de Taipei que décrit l’écrivain Pai Hsien-yung à la façon narrative d’un James Joyce dans « Dubliners ». Celui de ces deux millions de Chinois venus du continent avec l’espoir d’y retourner un jour. Soixante deux ans après, ces « Taipei Ren » et leurs descendants semblent encore dos à dos avec leur présent. Qu’ils soient cinéastes, écrivains ou plasticiens, tous ont raconté, filmé et symbolisé les mêmes chroniques, les mêmes récits et souvenirs, dans une ville qui les transpire sans cesse. Une ville de Chine d’avant les communistes, à la langue complexe, aux odeurs de thé et d’encens, où se mêlent mahjong, et kuomintang, esprits, fantômes et superstitions. Une citée qui suinte le souvenir d’une mère patrie trop longtemps interdite, celui d’une longue occupation japonaise et d’une dictature militaire animée par cette haine de la défaite. Une ville « far west », une métropole hall de gare, une sorte de bout du monde qui a fini par se moderniser dans les années 80 comme pour se préparer à accueillir en grandes pompes une démocratie naissante et affirmer ainsi sa nouvelle identité : celle d’un nouveau destin politique et d’une nation en devenir. » Alain Lewkowicz **Avec:**
Vue de Snake Alley
Vue de Snake Alley Crédits : Radio France
**Le photographe Hubert Kilian** Il est sans doute le plus taïwanais des photographes français de Taipei. Depuis 15 ans, il arpente la capitale, une fois la nuit tombée, pour saisir, en argentique, l’âme d’une ville dont il connaît tous les recoins. Ici on l’appelle Yu Bai, littéralement « le blanc au petit profit ». S’il ne vit pas de ses photos, il sait à travers elles nous montrer une ville invisible pour le profane. Taipei nous montre alors un tout autre visage à travers les déambulations auxquelles il nous a conviés… en noir et blanc.
Les architectes Roan Ching-Yueh et Hsieh Ying-Chun
Les architectes Roan Ching-Yueh et Hsieh Ying-Chun Crédits : Radio France
**Les architectes Roan Ching-Yueh et Hsieh Ying-Chun** « La ville de Taipei a été construite n’importe comment. C’est un bordel sans nom ! C’est normal. Quand Tchang Kaï-Chek est arrivée sur l’île en 1949 avec plus de deux millions de soldats, il pensait pouvoir retourner sur le continent trois ans plus tard, y déloger les communistes et reprendre le pouvoir. Bâtir une citée-capitale-vitrine n’était donc pas son objectif principal », expliquent-ils. Si Taipei semble être une ville aux tracés tirés au cordeau, traversée par de larges avenues percées par les Japonais qui ont colonisé Taiwan pendant 60 ans, elle est également caractérisée par ses constructions anarchiques, des dédales de rues et de ruelles bâties par les habitants eux-mêmes. N’en déplaise à la municipalité qui tente de remettre de l’ordre dans ce « foutraque » urbain, la citée appartient bel et bien à ceux qui l’habitent. Avec ces deux architectes, nous explorons la physionomie de cette mégapole unique en Asie. « Ce n’est ni au gouvernement, ni aux experts et encore moins à la municipalité qu’il revient de dire ce que cette ville doit être ».
Le cinéaste Tsai Ming Liang
Le cinéaste Tsai Ming Liang Crédits : Radio France
**Le cinéaste Tsai Ming Liang** Né en Malaisie, il pose ses valises à Taipei il y a 30 ans. Une ville qui n’a cessé depuis d’être le décor de tous ces films. Un espace surpeuplé et d’une densité rare en Asie. Pourtant, c’est une ville vide qu’il nous montre, métaphore de la solitude mentale des gens de Taipei. Métaphore aussi de la douleur transmise par l’histoire du déchirement que les nationalistes du continent ont du vivre depuis leur arrivée en 1949. Si Tsai Ming Liang est un des cinéastes taïwanais connu en France, à Taipei, personne ne sait qui il est à part le propriétaire d’un restaurant branché installé dans une célèbre vieille bâtisse japonaise du centre ville. Il appartient à cette génération de cinéastes réalisant des films d’art et d’essai et qui ne disent rien aux Taïwanais. Sans les Cahiers du Cinéma, Tsai Ming Liang serait sans aucun doute un illustre inconnu. **La productrice Peggy Chiao directrice de Tigram Films** Née en 1953 à Taipei, cette ancienne critique de cinéma a su exporter le cinéma taïwanais dans le monde entier. Productrice, elle a su découvrir tout ce que le monde Chinois (Hong Kong, Taiwan et Chine continentale) compte de cinéastes de renom. Avec elle, c’est la ville filmée par les cinéastes taïwanais que nous explorons. Mélange de descriptions filmographiques et de souvenirs personnels dans cette ville qu’elle décrypte par ses odeurs, ses lieux interdits et tabous, de l’époque où elle servait de base arrière au GI’s engagés au Vietnam où se rendaient les stars d’Hollywood au Taipei de la Tour 101. Des souvenirs qui font de Taipei un melting-pot chinois aux accents et aux cuisines, un concentré du continent. **La musicienne XinXin Nanguan** Originaire de la province du Fujian en Chine continentale, XinXin est arrivée à Taipei il y a 20 ans. Elle est la plus célèbre garante d’une tradition née en Chine au 7ème siècle sous les dynasties Sui et Tang, celle de la musique nanguan. La prise du pouvoir par les communistes en 1949 allait mettre un terme à toutes les pratiques culturelles de « l’ancien temps » ? La Chine Nouvelle voulue par Mao ne pouvait faire sienne tout ce qui pouvait rappeler d’une manière ou d’une autre la Chine dynastique et féodale. La musique nanguan allait en faire les frais. Seuls quelques petits villages du Fujian allaient préserver en secret cet art poétique dont XinXin est une des rares héritières. En rapportant avec elle ce savoir faire à Taiwan, elle redonnait aux Chinois de l’île tout un pan de leur culture. Car c’est ici que l’on peut encore savoir et apprendre ce que l’art chinois était avant l’arrivée des communistes.
Sur la route du marché
Sur la route du marché Crédits : Radio France
**L’architecte et designer Yul Ling Wang** De 2004 à 2007, la Tour 101 a été l’édifice le plus haut du monde. Une tour qui perce le paysage urbain et qui a su s’imposer comme un repère visuel, une boussole qui affranchit le visiteur de toute carte géographique. Sa position est visible de partout et est devenue le symbole de la ville. Yul Ling Wang en est un fervent défenseur. Elle incarne la réussite économique et identitaire d’une ville et de toute une nation. N’en déplaise aux âmes errantes et aux divinités qui ont été chassées par le béton. Ses bureaux ont été bâtis sur d’anciens cimetières. Le béton ! Un désastre pour l’esprit des lieux. Mais pour notre designer-architecte, seule la modernité peut apporter à l’île la reconnaissance qu’elle attend depuis plus de 40 ans.
Le cinéaste Doze (Niu Chen Zer)
Le cinéaste Doze (Niu Chen Zer) Crédits : Radio France
** Le cinéaste Doze (Niu Chen Zer) réalisateur du film « Monga »** C’est lui qui sera notre grand témoin. Né en 1966, Niu Chen Zer alias Doze Niu, est tombé dans le cinéma à l’âge de 9 ans. Pendant 10 ans, il sera un des acteurs fétiches des grands cinéastes taïwanais avant de prendre le large. Il va passer quelques années à s’imprégner de cette ville, à en prendre le pouls, à en explorer les méandres et les bas fonds, les faces cachées et sombres aux côtés des « gens de peu », des mafieux locaux, des prostituées venues illégalement du continent, de ceux qui ont construit leur propre environnement, leur propre quartier et leur propre tissu urbain. Il est aujourd’hui le réalisateur le plus en vogue de l’archipel. **Le patron d’un restaurant de rue** Tranche de vie nocturne avec ce patron de restaurant populaire qui nous donne au cours d’une discussion à bâton rompu sa vision de la ville. **Le Père Jacques Duraud de l’Institut Ricci de Taipei** Ce jésuite de 53 ans originaire de Castres a posé ses valises à Taiwan il y 30 ans. Membre éminent du légendaire Institut Ricci de Taipei, il s’occupe de la revue « Renlai », littéralement « La musique de l’humanité » qui analyse les problèmes sociaux et les mouvements culturels de la société taïwanaise et du monde chinois. Avec lui, nous abordons la place de l’art religieux dans la ville, qu’il soit musulman, chrétien, taoïste ou bouddhiste. Il nous accompagne dans les lieux où le profane et le sacré ne sont jamais très éloignés l’un de l’autre, si bien que les habitants de la ville semblent aujourd’hui avoir oublié le nom et la fonction des dieux et des esprits. A Taipei, les superstitions et les croyances revêtent de multiples facettes et bien habile serait celui qui peut retrouver son chemin dans cet immense Panthéon.
Lanternes de restaurant
Lanternes de restaurant Crédits : Radio France
Jean-Michel Cauquy
Jean-Michel Cauquy Crédits : Radio France
**Le rappeur MC Hot Dog** MC Hot Dog découvre adolescent le rap américain à la radio dans les années 1990. Passionné, il commence à écrire ses premières chansons qu'il met en ligne sur Internet. Puis il se fait connaître grâce à quatre EP sortis en 2001, qui se vendent à plus de 220 000 exemplaires à Taïwan. Il sort ensuite un premier album, *Wake Up* , en 2006, qui lui vaut de décrocher le prix du meilleur album en mandarin de l'année aux 18ème Golden Melody Award équivalent des Victoires de la musique à Taiwan. Il sort un second album en 2008. Il est considéré comme un pionnier du hip-hop à Taïwan, et y est populaire de nos jours. Les paroles de ses chansons sont parfois controversées en raison de leur caractère provocant ou osé dans la critique. Ses albums sont d'ailleurs interdits en Chine. C’est dans le quartier le plus branché de la capitale que nous l’avons rencontré. **Deuxième escale VILLE-MONDE TAIPEI:** **"[Taipei Ville-Monde, Bubble tea à la Tour 101](http://www.franceculture.fr/emission-villes-mondes-taipei-ville-monde-2-2012-09-23)"**
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