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Alain Cavalier en 1986.
Épisode 1 :

"On n'a de mémoire que ce qui a été filmé, le reste paraît complètement faux"

29 min
À retrouver dans l'émission

Alain Cavalier se confiait au micro de Laure Adler dans cinq entretiens diffusés dans la série "A voix nue" en 2005 puis rediffusés en 2016. Dans ce premier volet, le cinéaste se replonge dans ses souvenirs de ses débuts au cinéma pour mieux expliquer sa conception d'être un "filmeur".

Alain Cavalier en 1986.
Alain Cavalier en 1986. Crédits : Erling Mandelmann/Gamma-Rapho - Getty

Dans ce premier épisode de la série "A voix nue", Alain Cavalier évoque deux idées de films qu'il a en tête, celui du portrait de Jacqueline Auriol, fille du président et aviatrice, et un autre sur les relations entre François Mitterrand et son médecin, le docteur Claude Gubler. Film dans lequel il se verrait bien jouer le rôle du président, "j'ai toujours été fasciné par le pouvoir, intéressé par son mécanisme". Toutefois, de ces projets de films, il dit : "Je les ai rêvés mais je ne les ferai pas, je crois".

Alain Cavalier se définit comme "un filmeur", qui "filme sans l'aide de personne". Il raconte avoir toujours sa caméra avec lui, "j'attends sans attendre mais automatiquement une fois par jour il y a quelque chose qui m'attire."

Quand je faisais des films avant, je tournais uniquement pour le spectateur. Là je tourne parce que je suis tout entier appelé à le faire.

Le cinéaste s'interroge ensuite sur son désir de faire du cinéma, il en cherche les origines, sûrement les femmes qu'il aime filmer et qu'il voyait beaucoup sur les écrans de cinéma de sa jeunesse, "les visages immenses des femmes" se souvient-il. Il a voulu alors s'en "approcher" et c'est peut-être cela "le moteur profond" de sa vocation. Mais une fois derrière la caméra, il a voulu faire autre chose que les "mettre en valeur". Il s'en explique :

Je suis arrivé assez naïvement à mon premier jour de tournage, j'ai attendu que la comédienne vienne et elle était maquillée comme une déesse, impeccable et elle attendait... comme si j'étais un client, qu'est-ce-que je fais ? Moi je n'étais pas maquillé, alors j'avais l'impression qu'on ne faisait pas le même boulot. Je n'arrivais pas à la regarder, je n'osais rien lui dire et puis je m'y suis fais quand même ! J'étais en fait confronté avec l'idole de mon enfance, j'étais paralysé un petit peu. [...] Et puis un jour comme Saint Paul j'ai eu mon chemin de Damas, je me suis dit que je n'allais pas passer ma vie à mettre en valeur des icônes.

A partir de là, Alain Cavalier s'arrête de filmer pendant six ans, au cours desquels il dit avoir "tout passé à la machine de vérité, de ma vérité". "Quoi faire ? Qui filmer ? Quoi raconter ? Où mettre la caméra ? Tout avait été mis à plat.", explique-t-il.

Il y a surtout l'incroyable désordre de mon intérieur, tout ça ne tient pas debout. De temps en temps il y a un début d'explication de la vie qui a l'air de tenir le coup cinq minutes, effectivement tout cela est assez difficile à vivre et le cinéma de temps en temps apaise cette angoisse du désordre profond en gardant de la vie un plan ou une succession de plans qui mentent mais qui donnent l'illusion que la vie a un sens, que la vie vaut le coup... pas un sens, mais que la vie vaut le coup d'être vécue. Je pense que de ce côté-là, le cinéma m'aide à sortir des pauvres choses qui m’habitent et qui nous habitent un peu tous.

Par Laure Adler.  Avec la collaboration de Véronique Vila et de Claire Poinsignon.

Première diffusion le 12/09/2005.

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