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François Mitterrand à Chateau-Chinon vers 1970
Épisode 3 :

Anne Pingeot : "A la fin je lui reprochais ses lettres trop belles. Je trouvais que la vie, ça aurait été mieux."

30 min
À retrouver dans l'émission

L'engagement politique de François Mitterrand, jusqu'au bout, qui fut à la fois objet d'admiration et comme un danger sur leur relation amoureuse.

François Mitterrand à Chateau-Chinon vers 1970
François Mitterrand à Chateau-Chinon vers 1970 Crédits : Henri Bureau/Corbis/VCG via Getty Images - Getty

"Anne au cœur donné et à l’âme fière. Tu es ma lumière, mais que t’ai-je donné, plus que tu dis, moins qu’il ne faut. Notre histoire est si difficile qu’elle a bien le droit d’être unique." François Mitterrand

C’est par ces mots de François Mitterrand que s’ouvre ce troisième entretien, et par l’évocation de l’ancienne figure présidentielle comme un "chasseur séducteur" auquel il était impossible de résister. "Et en même temps, c’est quand même merveilleux d’aimer quelqu’un qu’on admire. Ça doit être tellement triste d’aimer quelqu’un qu’on n’admire pas, affirme Anne Pingeot. J’ai évidemment essayé de le quitter, beaucoup. Ces lettres sont souvent le reflet des essais. Mais pour simplifier, personne n’arrivait à être aussi intéressant. Personne n’était aussi fascinant. C’est tellement important de ne jamais s’ennuyer."

Elle déroule le fil de la mémoire… se souvient de la jalousie de François Mitterrand pour les "jeunes gens fades" qu’elle pouvait être amenée à côtoyer. De la maison abandonnée, près d’Hossegor, cadre de leurs rencontres secrètes, puis plus tard, "maison officielle familiale" : "Et ça ce n’était plus pareil après. (…)Je pense que cette façon de vivre lui convenait très bien. Et puis, c’est plus facile, je pense. Et puis la compensation de Gordes, qu’il devait penser être une compensation. Il y a fait construire une petite maison, avant même la naissance de Mazarine, d’ailleurs. (…)Ça compensait, mais c’était autre chose."

Jusqu’à cette année 1981, après l’élection de François Mitterrand, où lui, Anne Pingeot et Mazarine leur fille, vivent quasiment ensemble pour "compenser l’extrême cruauté de supporter la vie officielle qui s’étalait dans tous les journaux, dans toutes les télévisions, par la vie secrète du soir et des week end."

Les lettres en témoignent, 1965 marque le paroxysme de leur amour. Mais "à la fin je lui reprochais ses lettres trop belles. Je trouvais que la vie, ça aurait été mieux."

"On s’amusait, on parlait de la réincarnation, et je lui disais qu’il était un ancien chien. C’est quelqu’un qui fait toujours sa ronde autour du troupeau pour que le troupeau soit bien en rond et tout le monde ensemble. Et c’est ça qu’il voulait toujours, et en politique, et dans la vie familiale. Il veut qu’il y ait tout le monde, il ne supporte pas qu’on quitte le cercle. Et c’est pour ça qu’à la fin moi je ne supportais plus le téléphone. Le téléphone ça veut dire qu’il n’était pas là, mais qu’il tenait son cercle par le téléphone. Et je lui ai dit ‘Ou vous êtes là, ou vous n’êtes pas là, mais je ne veux pas les autres cercles. Et au fond, là encore, ç’a été une chance, parce que ses dernières lettres qu’il a écrites en 95, sont vraiment des lettres qui m’émeuvent encore. Et il y aurait eu le coup de téléphone, il n’y aurait plus rien ?"

Mais Anne Pingeot évoque aussi la figure de l’homme doté d’une "immense connaissance de ce qu’était la politique, par le terrain". Pour l’avoir souvent partagée, elle se souvient de la vie de député de province qui fut celle de Mitterrand avant qu’il accède aux plus hautes fonctions : "Chaque hameau était marqué… C’était systématique. Il avait un vrai contact avec les gens. Et moi je l’ai suivi, au début. J’ai assisté aux réunions de conseil municipal. Il connaissait tout. C’est ça qui lui a donné cette connaissance que les autres n’ont plus maintenant. Ils ne savent plus ce que c’est. Ils ont des attachés parlementaires, il allait dans les champs, voir les gens." Proximité avec les gens, mais distance avec les idées. Car pour Anne Pingeot, Mitterrand était soucieux de "toujours rester libre, c’était essentiel".

Cet entretien se termine par la lecture d’un texte inédit de la main de l’ancien président, "Les Dés", une réflexion sur les relations entre l’homme public et le hasard, s’ouvrant par ces mots : "La loi du hasard a le sombre attrait de la philosophie". De sa fascination pour les dés du jeu de l’oie, petit, François Mitterrand a conservé un goût pour les jeux de hasard. En témoigne pour Anne Pingeot sa candidature de 1965 contre De Gaulle, qui était une grande décision, et où il obtint 45% des suffrages : "Là c’était quand même un joueur. C’était impressionnant de se lancer là. S’il a pu y aller, c’est que personne ne voulait y aller, parce que De Gaulle était tout puissant. Et la chance a joué en sa faveur, parce qu’il n’y aurait pas eu Lecanuet, De Gaulle passait au premier tour."

L'entretien se conclut par l’évocation de sa fille Mazarine, que Mitterrand venait voir tous les soirs, et qui, à 13 ans, écrivit un portrait de son père dont un extrait est lu à l’antenne : "Il lutte la journée avec ses ennemis, et le soir, il s’attendrit à me bercer. Il est très rusé. J’aime lorsqu’il me raconte ses trois évasions. (…) C’est très dur de s’imaginer qu’il a fumé, lui si sur de soi et maître de lui, si conscient des choses qu’il ne faut pas faire."

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