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Mazarine et Anne Pingeot aux obsèques de François Mitterrand le 11 janvier 1996
Épisode 5 :

Mort et poésie

31 min
À retrouver dans l'émission

L'écriture, les combats, la vie à deux, et un jour l'irruption de la mort, décrite une première fois en ces termes par François Mitterrand : "Aujourd’hui. Passé aux assises. La peine de mort est rétablie".

Mazarine et Anne Pingeot aux obsèques de François Mitterrand le 11 janvier 1996
Mazarine et Anne Pingeot aux obsèques de François Mitterrand le 11 janvier 1996 Crédits : Sipa

Dans cette dernière partie de son entretien avec l'historien Jean-Noël Jeanneney, Anne Pingeot revient sur la demeure de Souzy-la-Briche, cédée par ses propriétaires à la haute autorité de la République, à la condition que ne s’y déroulent ni colloques, ni réunions, et où François Mitterrand et elle peuvent trouver un répit bienvenu, à l’abri des paparazzis :

"Pompidou y est allé, il trouvait que c’était moche. Giscard trouvait que c’était super moche. Mais c’était exactement ce qu’il nous fallait. Pourquoi ? Parce que c’était clos de mur, c’était très très grand, et on pouvait faire le tour à pieds à l’intérieur des mondes. […] J’étais la vraie compagne, et ça ça a été un vrai bonheur, 13 ans de bonheur."

Là-bas, ils se promènent beaucoup. François Mitterrand, rappelle Jean-Noël Jeanneney, aimait beaucoup la nature, qu’il se plaît à décrire dans quelques-unes de ses lettres. Il avait un regret, une nostalgie de ne pas avoir pu s’affirmer comme écrivain. "Il préférait l’action, et une fois qu’on a mordu à l’action on ne peut s’en défaire", estime ainsi Anne Pingeot. Ensemble, ils évoquent les goûts littéraires de l’ancien Président de la République : Laclos, Pascal, Chateaubriand, Aragon, mais aussi, plus étonnamment, François Mauriac, qu’il cite volontiers. Ils s’attardent également sur ses goûts en matière de peinture ou de musique, plus méconnus.

Anne Pingeot se rappelle le Mitterrand qui s’est lui-même fait poète, pour elle, et lui a composé de longs textes, qu’elle lit :

"Il y a la gravité du livre qu’on s’interrompt de lire pour écouter son cœur ou pour sécher ses yeux. Il y a la noblesse partagée d’une conquête à faire, d’une œuvre à achever. Laquelle ? Laquelle ? Vivre sans jamais abandonner ta main. Vivre sans jamais abandonner ce que j’aime de toi, par toi et avec toi. Vivre sans jamais renoncer aux seules raisons de vivre. Vivre sans jamais oublier la prière ce matin et qui ressemble, ô Anne il faut me croire, à l’âme que tu cherches, petite prière pour un dimanche soir. Crois moi."

Enfin, elle se souvient, comme encore stupéfaite, du moment où François Mitterrand apprend qu’il est atteint d’un cancer : "Après cette vie de conquêtes, après avoir obtenu ce qu’il voulait, ce qu’il voulait faire, il apprend cette décision des médecins, comme quoi il avait un cancer avec des métastases, et comme quoi il en aurait pour trois mois, peut-être deux ans. Et j’ai cette lettre avec l’en-tête du président de la République : "Aujourd’hui. Passé aux assises. La peine de mort est rétablie". Et là j’ai vu ce qu’était le courage. Il n’y a pas eu une plainte ou un mot, rien."

Anne Pingeot se souvient qu’il se croyait guéri lorsqu’il s’est représenté en 1988 et se remémore les longues marches dans les cimetières, lieux propices à la réflexion et où, ensemble, ils abordaient le sujet de la mort qui "l’intéressait, beaucoup".

"C’est un personnage qu’on ne peut pas cerner, conclut-elle. D’abord parce qu’il ne voulait pas. D’où peut-être la faute qu’est cette publication, parce que ça révèle beaucoup beaucoup de choses. Mais en même temps, ça révèle sa richesse."

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