LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Antonio Lobo Antunes le 18 Octobre 1996 à Paris.
Épisode 1 :

Antonio Lobo Antunes : "La lecture, ça me donne toujours un plaisir sans mélange, un immense plaisir"

28 min
À retrouver dans l'émission

Première partie de l'entretien avec l'écrivain portugais Antonio Lobo Antunes. Il revient sur son enfance liée à la lecture et l'écriture, son éducation policée sous la dictature portugaise de Salazar, avant de connaître en 1971 l'expérience de la guerre en Angola.

Antonio Lobo Antunes à l'Institut Cervantes de Lisbonne, le 3 Septembre 2015.
Antonio Lobo Antunes à l'Institut Cervantes de Lisbonne, le 3 Septembre 2015. Crédits : JOSE MANUEL RIBEIRO - AFP

Né en 1942 à Lisbonne, Antonio Lobo Antunes raconte dans ce premier volet d' "A voix nue", n'avoir connu que la dictature dans sa jeunesse, "c'était tout à fait normal" pour lui de vivre ainsi dans une société contrôlée. "Je crois que j'ai une immense dette envers La Fontaine car c'est avec lui que j'ai appris ce qu'était la démocratie", confie-t-il.

Atteint de tuberculose, il découvre l'écriture pour occuper ses journées qu'il passe alité. Il dit de l'enfance que c'est "un âge plein d'incertitudes, de désirs non accomplis" et puis surtout, il y a "le côté normatif des adultes qui est horrible" et contre lequel il s'est élevé. En tant qu'aîné de six garçons, il se rend bien compte que cela compliquait la tâche de ses parents, "ce n'était pas une révolution ni une révolte, c'était une non acceptation de valeurs de la part d'un enfant qui ne comprenait pas pourquoi les choses devaient être comme ça et qui n'était pas satisfait des explications qu'on me donnait."

Ma mère m'avait appris à lire et j'ai commencé à écrire. Et c'était marrant parce que vous mettiez les mots les uns après les autres et ça avait un sens, ça m'émerveillait. L'angoisse, ça vient plus tard, vers 14-15 ans, vous commencez à comprendre la différence entre bien écrire et mal écrire. Vers 18-20 ans, là vous découvrez quelle différence il y a entre bien écrire et un chef-d'œuvre, et là c'est le désarroi complet ! Ecrire, qui commence par être un plaisir immense, ça devient très angoissant parce que plus le temps passe, plus je me rends compte qu'écrire c'est très difficile.  

De sa relation au père, Antonio Lobo Antunes, dit que "c'est drôle la relation d'un garçon avec le père. Mon père est mort il y a à peu près cinq ans et c'est après sa mort que nous avons commencé à bavarder !" Et de constater, "quand le père meurt, on entame un dialogue qu'on n'a jamais eu. [...] On commence à concevoir et à comprendre la quantité d'amour caché qu'il y avait sous la révolte." Car chez lui, "toutes les émotions étaient très policées.

Quand je pense à l'enfance, je pense à des occasions d'amour ratées, de compréhension et de communion, d'un partage d'émotions et de sentiments qu'on n'a pas eu. Peut être parce qu'on n'avait pas les moyens. Peut être parce qu'on n'avait pas le courage. 

C'est en 1971, alors âgé de 28 ans, que l'écrivain à la sortie de ses études de médecine, part en Angola où sévit une guerre d'indépendance débutée en 1961. "La guerre, on ne savait pas ce que c'était. On n'en parlait pas dans les journaux, on n'avait aucune information." Il confie qu'il n'avait aucune formation politique à cette époque, entièrement tourné vers l'écriture, il n'était en prise avec le monde, il parle même d'une certaine "lâcheté dans tout ça" de sa part. Et puis là-bas, il a compris que "le problème n'était pas la peur, c'est la peur d'avoir peur". "Je crois qu'on a détruit une civilisation, peut être pas très loin de la civilisation maya comme les Espagnols", estime-t-il sur un ton grave.

On ne peut pas parler de la guerre, parce que c'est toujours horrible et par respect pour les morts, on ne peut pas. Et puis personne ne gagne une guerre. Tout le monde perd, on a fait des choses très cruelles, très violentes.

Par Arnaud Laporte; réalisation Anne-Pascale Desvignes. Avec la collaboration de Claire Poinsignon.

Intervenants
L'équipe
Production
Avec la collaboration de
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......