LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Christian Taubira sur la plage des Amandiers à Cayenne, en Guyane (août 2002).
Épisode 1 :

Une enfance guyanaise

27 min
À retrouver dans l'émission

Plus que d'une histoire, il s'agit ici d'un destin. Celui d'une femme, noire et pauvre, une définition qu’elle n'hésite pas aujourd'hui encore à faire sienne.

Christian Taubira sur la plage des Amandiers à Cayenne, en Guyane (août 2002).
Christian Taubira sur la plage des Amandiers à Cayenne, en Guyane (août 2002). Crédits : Eric TRAVERS - Getty

Christiane Taubira a un parcours de combattante. Celui d’une Guyanaise qui a eu très tôt l’envie d’en découdre avec des pratiques politiques d’un autre âge, celui d’une idéaliste capable d’en appeler pêle-mêle à Breton, Malcolm X, Costa-Gavras pour ne pas sombrer dans la médiocrité, celui enfin d’une femme politique habitée par le verbe et qui, malgré les couleuvres à avaler, continue de brandir son caractère, sa liberté comme son indépendance.

Dans cette émission, Christiane Taubira livre des souvenirs intimes, revenant sur son enfance en Guyane, elle qui a véritablement été façonnée par son environnement familial. Elle a notamment été très marquée par la figure de sa mère, imposante, autoritaire, morte alors qu'elle n'avait que 16 ans :

J'ai découvert que j'étais soudain face au monde, avec tout d'un coup plus rien au-dessus de moi, parce que j'ai rompu en même temps avec Dieu. Ça a été une espèce de naissance, avec du désarroi mais pas du désenchantement : j'ai continué à aimer la vie, et je crois que le plus beau legs que m'ait fait ma maman, c'est cette joie de vivre absolument inextinguible. 

Ce qu'on doit apprendre, dans nos sociétés créoles, c'est de dire à nos garçons, nos fils, nos hommes, qu'ils ne s'affaiblissent pas en étant tendres. On peut leur dire qu'on n'a pas seulement besoin qu'ils soient forts, mais qu'on a aussi besoin qu'ils soient tendres, et que ce n'est pas une vulnérabilité que d'être tendre. [...] Nous avons une conscience collective qui est très ancrée dans notre histoire - l'histoire de la traite et de l'esclavage - qui fait que les moments de tendresse sont vraiment vécus comme des moments de faiblesse. Il y a un paradoxe terrifiant : nous aimons démesurément, pratiquement sans limite, mais nous sommes culturellement, historiquement, pratiquement incapables de prononcer les mots d'amour.

Mère, Christiane Taubira l'est aujourd'hui elle aussi. Elle se confie également sur sa relation avec ses propres enfants :

J'ai des enfants qui ont développé très très tôt un sens très aigu de la responsabilité, qui ont veillé sur moi bien mieux que je n'ai veillé sur eux, qui sont extrêmement attachants et qui surtout construisent leur vie. Et ça, c'est ma plus belle récompense d'un effort que je n'ai pas su faire, parce que chacun et chacune ouvre son chemin, et a compris que c'est lui ou elle qui doit le faire.

Élève passionnée mais indisciplinée, Taubira a par ailleurs été marquée dans son enfance par l'école :

J'ai toujours beaucoup aimé le français, donc je suis arrivée très vite à la littérature. J'aimais les mathématiques parce que je trouvais que c'était un exercice intellectuel passionnant. J'aimais les sciences, parce que ça me permettait de découvrir le monde. Lorsqu’on va de sa maison à l'école et peu ailleurs - parce que c'est un territoire très enclavé, parce que les filles ne sortent pas [...] -, évidemment la littérature, l'histoire, les sciences, c'est un univers infini qui tout à coup est à ma portée de petite fille. Pour cela, j'ai aimé toutes les matières [...].

Je suis dans un rapport à la fois sensuel et voluptueux à la lecture, et y compris aux livres physiques. J'ai besoin de sentir le livre dans ma main, j'ai besoin de le toucher, d'écorner les pages... 

Par Jean-Michel Djian. Réalisation : Charlotte Roux. Prise de son : Clément Dattée. Avec la collaboration de Claire Poinsignon. Coordination : Sandrine Treiner.

Intervenants
L'équipe
Production
Avec la collaboration de
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......