LE DIRECT
Christiane Taubira, à l'époque Garde des Sceaux, à l'Élysée en mars 2014.
Épisode 2 :

L'apprentissage de la révolte

29 min
À retrouver dans l'émission

La femme de combat qu'est Christiane Taubira revient sur son attachement à l'idée de révolte.

Christiane Taubira, à l'époque Garde des Sceaux, à l'Élysée en mars 2014.
Christiane Taubira, à l'époque Garde des Sceaux, à l'Élysée en mars 2014. Crédits : Chesnot - Getty

Alors qu'elle a 13 ans et habite en Guyane, en Amérique du Sud, Christiane Taubira rêve de la métropole. Dès ce moment-là, elle nourrit une passion pour la notion de révolte :

Paris, c'est une merveille. C'est bien sûr la Tour Eiffel. C'est Hugo, c'est Gavroche, c'est Jean Valjean. C'est Zola, aussi, c'est Germinal", les ouvriers, les mineurs, les gens qui se battent. Pour moi adolescente, il y avait un lyrisme absolument éblouissant dans les luttes ouvrières, dans les combats de ces gamins abandonnés contre la misère, la violence du système et de l'autorité, contre ce qu'on en faisait - des enfants envoyés au bagne -. J'étais touchée au plus profond de moi-même. Il y a quelque chose de magnifique dans la révolte, pour moi, depuis que je suis gamine. C'est la révolte qui donne un sens à la vie, c'est elle qui fait que l'on est conscient de vivre. 

Il ne peut pas y avoir une trace d'égoïsme ou individualisme dans la révolte, celle qui dit "La vie doit avoir un sens, et vous n'êtes rien pour dépouiller la vie de son sens. Donc je n'accepte pas votre dictature, la violence que vous faites en dépouillant la vie de son sens."

Marquée par les événements politiques de Guyane mais aussi et surtout par ses lectures, elle sera toute sa vie une femme de combat et d'engagement :

Je m'inscris dans la filiation d'une conscience collective qui se nourrit de l'histoire coloniale mais aussi pré-coloniale. Je me porte héritière de tout cela, et je nourris ma compréhension du monde, de ma vie en Guyane et de mes responsabilités après, de cela.

J'ai toujours beaucoup lu, ça a toujours été vital pour moi. Du coup, c'est vrai que j'ai eu un militantisme exigeant. [...] La littérature pense différemment le monde, et les écrits politiques - que j'ai découverts au lycée - aussi. Ces écrits ont nourri ma pensée, et vraiment illuminé ma compréhension du monde et de ses injustices, de ce dont on ne doit jamais s’accommoder. On ne doit jamais s’accommoder des injustices, y compris du pouvoir ou de l’autorité qui ne se donne pas la peine de s'expliquer. J'avais ça en moi, et quand je militais j'étais constamment en querelle avec mes camarades, ça les agaçait beaucoup que je donne des références littéraires, ça les exaspérait que je remette en cause un certain nombre de concepts, de postulats qui s'imposaient d'autorité. 

Moi je ne crois pas à l'exaltation aveugle. Je crois qu'on peut choisir le sacrifice suprême. J'ai beaucoup de respect pour les personnes qui sont allées à la guerre pour la liberté. [...] Mais ces gens-là savaient qu'ils risquaient leur vie et ils savaient pour quelle idée ils le faisaient. Mais je ne crois pas à l'exaltation, aux gens qui partent la fleur au fusil, je ne salue pas ça. [...] Je crois que les êtres humains sont des êtres de conscience, et que quelles que soient les situations, nous devons entretenir des interrogations, nous devons cultiver, arroser des interrogations. C'est essentiel. Y compris en période de paix : si on épouse une cause, on doit constamment interroger cette cause, constamment interroger sa pratique.

Par Jean-Michel Djian. Réalisation : Charlotte Roux. Prise de son : Clément Dattée. Avec la collaboration de Claire Poinsignon. Coordination : Sandrine Treiner.

Intervenants
L'équipe
Production
Avec la collaboration de

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......