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Christiane Taubira, Garde des Sceaux et ministre de la justice le 21 octobre 2013, à Lyon, France.
Épisode 3 :

Le pouvoir des mots

29 min
À retrouver dans l'émission

Femme politique, Christiane Taubira est avant tout une lectrice habitée par le Verbe.

Christiane Taubira, Garde des Sceaux et ministre de la justice le 21 octobre 2013, à Lyon, France.
Christiane Taubira, Garde des Sceaux et ministre de la justice le 21 octobre 2013, à Lyon, France. Crédits : Robert Deyrail. - Getty

Quand il s'est agi d'adhérer au PS guyanais, Christiane Taubira a refusé, considérant que les élus étaient clientélistes et corrompus. Elle attendra 1974 pour rejoindre, alors qu'elle est étudiante, le MOGUYDE (Mouvement Guyanais de Décolonisation). C'est alors qu'elle entre en contact avec le militantisme indépendantiste, un contact qu'elle va conserver longtemps. Elle nous livre dans cette émission sa conception de l'engagement :

Il y a une conviction profonde et indestructible chez moi : l'engagement repose essentiellement sur l'amour. S'il n'y a pas d’amour, l'engagement est sec, inhumain, et forcément il est stérile, infécond. Il faut que l'amour soit là. Et l'amour se dit, se voit, dans la relation avec l'autre, l'autre camarade militant. 

Mais elle évoque surtout son amour de la langue. Très marquée par le visionnage du film Douze hommes en colère à l'âge 17/18 ans, c'est avant tout grâce à Aimé Césaire, et à son recueil Les Armes miraculeuses, qu'elle prend conscience du poids que peuvent avoir les mots :

Grâce à Aimé Césaire, j'ai compris conceptuellement que le Verbe est une arme miraculeuse. Mais je ne l'ai pas compris pratiquement. Je l'ai compris pratiquement il y a très peu de temps, à force d'entendre des commentateurs parler de mes actions en tant que députée ou Garde des Sceaux.

Les œuvres poétiques disent le monde. Elles donnent à comprendre et à lire le monde, dans tout ce que le monde dissimule, dans ses ruses, mais aussi dans ses lignes de force. [...] Une fois que la poésie l'a dit, elle nous a donné du carburant, et c'est à nous qu'il revient de mettre tout ça en œuvre et en action.

Donc le Verbe crée, transforme, il est essentiel. Mais il ne doit pas tourner sur lui-même. Et moi je veille à ne pas avoir un verbe creux - même si j'aime les sonorités, j'aime la musique des mots -, mais je veille à ne pas avoir un verbe creux. Pas des mots qui se suffisent à eux-mêmes, pas des phrases qui dansent toutes seules avec elles-mêmes, pas un vocabulaire qui en impose. Des mots pour dire, pour dire l'essentiel, pour parler à l'autre, pour donner corps à des réalités.

Les mots ne sont que les véhicules, les trottinettes de la vérité.

Par Jean-Michel Djian. Réalisation : Charlotte Roux. Prise de son : Clément Dattée. Avec la collaboration de Claire Poinsignon. Coordination : Sandrine Treiner.

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