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Christiane Taubira lors d'un meeting d'Arnaud Montebourg en octobre 2011, à Paris.
Épisode 5 :

L'utopie et l'idéal

28 min
À retrouver dans l'émission

Portrait de Christiane Taubira en femme à la fois de rêve et d'action.

Christiane Taubira lors d'un meeting d'Arnaud Montebourg en octobre 2011, à Paris.
Christiane Taubira lors d'un meeting d'Arnaud Montebourg en octobre 2011, à Paris. Crédits : Samuel Dietz - Getty

Le parcours politique de Christiane Taubira est scandé par des combats pour des lois importantes, qui ont marqué sa vie. Comme celle du 21 mai 2001, qui reconnaît l'esclavage comme crime contre l'humanité :

Il y a un jour où ce n'est plus lointain. Il y a un jour où c'est le continent où je suis née. Il y a un jour où les Amérindiens ce ne sont pas juste des images exotiques, avec des gens avec des plumes qui dansent, ou les éternels vaincus des westerns, il y a un jour où les Amérindiens sont des personnes qui vivent chez moi et que je vois physiquement. [...] Il y a un jour où je me ramasse ça en plein visage.

Il ne faut pas que les gamins découvrent ça tous seuls. Il faut qu'ils aient un adulte avec eux. Il faut qu'ils soient ensemble, il faut qu'ils en parlent, il faut qu'ils purgent ça, il ne faut pas que ça installe des blocs de haine dans leur cœur et dans leur esprit. Il faut que ce soit enseigné, parce que l'enseignement a cet effet de maîtriser, de faire rendre gorge à cette horreur et de la faire expulser y compris ses merveilles. Parce qu'il y a des merveilles.

Plus récemment, il y a aussi la loi du Mariage pour tous, et celle de la réforme pénale. Deux projets qu'elle défend une fois encore dans cette émission, évoquant au passage son rôle de ministre et ses rapports avec le Président de la République François Hollande :

Maintenant que je suis ministre, les textes de lois que je porte sont les engagements du Président de la République, et j'estime que ma responsabilité est de faire que ces engagements soient appliqués le mieux possible. Je fournis le travail de la plus haute qualité dont je suis capable pour que ces engagements se traduisent de la meilleure manière possible, parce que ce sont des engagements en direction des gens, des citoyens. 

Femme d'action et de combat, Christiane Taubira demeure pour autant une femme guidée par un idéal, auquel elle n'a jamais renoncé :

Je suis persuadée qu'on peut faire progresser la connaissance des autres, la connaissance de l'histoire du monde. On peut faire progresser la tolérance, l'acceptation de l'autre, et, mieux encore, on peut faire progresser la fraternité. Je suis persuadée de cela.

Une conviction que l'on ressent également en l'écoutant dans cette émission livrer une réflexion engagée sur la gauche moderne : 

Malheureusement la gauche contemporaine est traversée par un doute sur elle-même, un doute existentiel, qui est presque même un doute ontologique, au sens où elle ne s'interroge plus sur ses origines et sur tout ce qui a construit son histoire et sa trajectoire. Elle est dans un temps plus court, dans un temps présent, et du coup elle peut par capillarité se laisser imprégner par des idées qui ne relèvent ni de son corpus doctrinal, ni de son héritage d'action publique, ni même de ses périodes d'interrogations sur elle-même ! Donc je crois que la gauche d’aujourd’hui a - entre autres - un problème de temporalité. Est-ce qu'elle ne vit qu'au quotidien, au rythme des réseaux sociaux, de l'information continue, et donc d'une pensée qui n'est plus une pensée parce qu'elle est juste une répétition - et la plus sommaire possible - ? Ou est-ce qu'elle s'inscrit dans le long terme, est-ce qu'elle se réinscrit dans sa trajectoire, est-ce qu'elle renoue avec la pensée ? C'est un enjeu colossal de la gauche. C'est un enjeu d'identité de la gauche. Et pas seulement d'identité, mais aussi de fertilité de la gauche, c'est-à-dire de capacité d'action : si la gauche ne retrouve pas le courage de s'interroger elle-même sur sa propre identité, sur son essence, son existence, si elle ne se résout pas à cet exercice ontologique, elle se sera perdue elle-même. 

Christiane Taubira dans A voix nue
Christiane Taubira dans A voix nue Crédits : Camille Renard - Radio France

Par Jean-Michel Djian. Réalisation : Charlotte Roux. Prise de son : Clément Dattée. Avec la collaboration de Claire Poinsignon. Coordination : Sandrine Treiner.

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