LE DIRECT
Claude Lelouch
Épisode 2 :

"Ma vie ressemble à mes films"

30 min
À retrouver dans l'émission

Deuxième '"A voix nue" avec Claude Lelouch qui évoque ses parents grands fans de cinéma installés un temps à Alger, puis la guerre et l'Occupation allemande qui l'obligent à se cacher dans les salles de cinéma pour échapper aux rafles. Cette période, il n'aura de cesse plus tard, de la filmer.

Claude Lelouch
Claude Lelouch Crédits : Christophe d'Yvoire/Sygma - Getty

Le 30 octobre 1937, Claude Lelouch naît à Paris. Dans ce deuxième entretien d'"A voix nue", il raconte la rencontre légendaire entre son père et sa mère dans une salle de cinéma où l'on projetait "Top Hat" avec Fred Astaire et Ginger Rogers. Son père aurait séduit sa mère en lui fredonnant des airs du film à l'oreille. "Ils sont baignés par le cinéma populaire et donc moi je commençais à aller au cinéma dans le ventre de ma mère. Peut-être que j'ai été contaminé pendant cette grossesse...", se plaît-il à imaginer.

Son père abandonne tout en 1941 pour retourner à Alger d'où il était parti en 1933, sentant que la situation allait s'aggraver en France pour les Juifs. Mais en novembre 1942 Claude Lelouch raconte pourquoi sa mère sur un coup de tête retourne à Nice avec lui et comment ils se retrouvent piégés là-bas, aucun retour à Alger n'est plus possible. Sa mère alors panique, joue et perd toutes ses économies au casino : "Ma mère ne tenait pas en place alors que mon père était dans la synthèse, le raisonnement, la lucidité, la vision. Et moi, j'ai un peu hérité des deux !

Le fils et la mère circulent alors avec de faux papiers, dissimulant leur nom juif, et lors d'un contrôle d'identité dans le train, Claude Lelouch se souvient : "J'ai vu sur son visage ce que je n'avais jamais vu sur le visage de quelqu'un, c'est-à-dire la peur." Ils traversent alors la France en clandestinité. Le petit Claude est scolarisé dans un village à côté de Grenoble mais il ne tient pas en place. De retour à Paris pour quelques mois, Claude Lelouch l'admet : "Le seul endroit où je suis sage, calme et où je ne bouge pas, c'est quand je suis devant un écran de cinéma. [...] Ma mère me cachait dans les salles de cinéma."

Tous les films de Raimu... Je crois que c'est avec Pagnol que je deviens adulte. D'un seul coup, je prends conscience que le cinéma ce n'est pas simplement un divertissement. D'un seul coup, trois ou quatre films me disent des choses qui font que je cesse d'être un enfant. Je rentre à la maison et je ne vois plus du tout ma famille de la même façon. Dès que j'ai commencé à pleurer au cinéma, j'ai mesuré la force du cinéma. Ce n'est pas le rire qui m'a fait prendre le cinéma au sérieux, ce sont les larmes. Je tremblais en sortant, ce n'était plus du cinéma pour moi, ce que je venais de voir c'était la vérité.

Toujours sous l'Occupation, Claude Lelouch se souvient des rafles dans les écoles, comment il a été sauvé en récitant devant les policiers les prières catholiques qu'un curé lui avait apprises. "Ce sont des cicatrices qui vous grattent toujours un peu, même si elles se referment. C'est pour cela que j'ai fait tant de films sur l'Occupation, que je n'ai pas pu m'empêcher d'essayer de comprendre l'incompréhensible. Et en même temps, ce qu'il reste pour moi de cette période, c'est le cinéma. Je tombe amoureux du cinéma." Quand il repense à son enfance, il se dit "cerné par les images", alors que la lecture l'ennuie, "j'ai vraiment été programmé pour ce métier", affirme-t-il. C'est par le cinéma qu'il est ramené à la lecture, mais sa "culture est complètement cinématographique". "J'identifiais tout par rapport au cinéma", confie-t-il. Au lendemain de la Libération de Paris, son père lui offre sa petite caméra.

  • Une série d'entretiens par Alain Kruger, réalisés par Anna Szmuc, avec la collaboration de Guillaume Baldy et de Claire Poinsignon. Indexation web, Odile Dereuddre
  • Première diffusion 22.11.2011. 
Intervenants
L'équipe
Production
Coordination
Avec la collaboration de
Réalisation
À venir dans ... secondes ...par......