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Costa-Gavras conçoit le cinéma comme un moyen pour lui d'exprimer ses idées politiques et de proposer une réflexion sur le pouvoir.
Épisode 3 :

Le capitalisme, les Etats-Unis et l'Europe

30 min
À retrouver dans l'émission

Costa-Gavras s'exprime peu. Surtout s'il s'agit de lui. Jérôme Clément nous offre l'occasion de l'entendre se livrer, ici à propos du capitalisme et de la démocratie, des Etats-Unis et de l'Europe.

Costa-Gavras conçoit le cinéma comme un moyen pour lui d'exprimer ses idées politiques et de proposer une réflexion sur le pouvoir.
Costa-Gavras conçoit le cinéma comme un moyen pour lui d'exprimer ses idées politiques et de proposer une réflexion sur le pouvoir. Crédits : Alain Denantes - Getty

Ces dernières années ont été marquées par le dérapage du capitalisme (avec la crise des subprimes, la situation grecque, les déficits publics...). On assiste à la dérive d'un monde où l'argent devient roi. Au cinéma, des films comme Le Capital de Costa-Gavras (2012) ou Le loup de Wall Street de Martin Scorsese (2013) proposent un tableau de ce monde en perdition.

Pour Costa-Gavras, le problème est celui de la relation des hommes avec l'argent. Ce dernier est selon lui à la fois un "formidable outil pour communiquer", et "un moyen de corruption extraordinaire". Or, nous vivons à une époque caractérisée par le triomphe absolu du capitalisme - alors qu'à d'autres époques des systèmes alternatifs, comme par exemple celui du communisme, ont pu être proposés. En effet, les gouvernements eux-mêmes sont aujourd'hui soumis aux lois de la finance, ce qui, selon le réalisateur, met la démocratie en danger.

La démocratie aujourd'hui est moins forte que l'argent, que la finance, que les financiers.

Costa-Gavras aborde aussi la question de ses rapports avec les Etats-Unis, un pays dans lequel il a travaillé et s'est plu, mais dans lequel ont commencé les plus grandes crises financières de notre temps et avec la culture duquel le cinéaste a toujours maintenu ses distances.

J'ai toujours dit aux Américains : j'aime beaucoup votre culture, je m'en nourris, mais je ne veux pas que votre culture devienne la mienne.

Dans ces conditions, que peut et que vaut l'Europe ? Pour Costa-Gavras, l'Union européenne constitue encore une bonne alternative. L'Europe a connu le pire (les guerres, la Shoah...), mais aussi et surtout le meilleur (la philosophie, la démocratie, les arts, la littérature, le cinéma, le théâtre, l'industrie...). Même si les Européens sont de moins en moins nombreux, à l'heure d'un perpétuel accroissement de la population mondiale, leur suprématie intellectuelle reste selon le réalisateur indéniable : "Sur le plan économique, sur le plan des intelligences, de l'inventivité, de la culture, de l'éducation, nous sommes toujours au premier rang".  Costa-Gavras se présente donc ici comme un Européiste convaincu : 

Je pense que l'Europe est une nécessité pour nous tous. 

Pourtant, l'Europe semble aujourd'hui faire face à l'impossibilité de construire un avenir commun. Pour Costa-Gavras, le premier facteur d'explication de cette situation est à trouver dans l'expansion de l'Union européenne, qui compte selon lui trop de pays.

Dès lors, comment le cinéma peut-il aider à faire changer les choses ? Quelle influence les hommes de cinéma peuvent-ils avoir sur la vie de la cité ? Costa-Gavras estime que les intellectuels de manière générale n'ont plus dans le débat public de véritable force d'intervention. Peut-être parce que la période ne le permet pas, parce que les opinions sont de plus en plus complexes, et parce que la démocratie s'affaiblit au profit d'un individualisme toujours grandissant.  

Les intellectuels se sentent aujourd'hui impuissants. 

Pourtant, le cinéma, et notamment celui de Costa-Gavras, s'occupe de plus en plus du social. Et en effet, malgré la situation critique de la démocratie française et mondiale, Costa-Gavras persiste à croire en la capacité des hommes à toujours trouver de nouvelles alternatives. 

Par Jérôme Clément. Réalisation : Anne Franchini. Prise de son : Yves le Horse et Yann Fressy. Avec la collaboration de Claire Poinsignon.

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