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Dominique Schnapper

30 min
À retrouver dans l'émission

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par Maryvonne de Saint-Pulgent Réalisation: Pascale Rayet Sa participation, il y a près d'un quart de siècle, à la fameuse Commission Marceau Long a amené la sociologue Dominique Schnapper au Conseil Constitutionnel. Respectueuse des codes et, plus encore, des valeurs de la République, elle ne parlera aucunement, un an avant la fin de son mandat, de cette instance dans les entretiens qu'elle a ici avec Maryvonne de Saint-Pulgent. Avant d'exercer ce magistère inattendu, Dominique Schnapper avait souvent éprouvé l'impression d'un certain isolement. D'abord parce que sa discipline - en dépit de la clarté qu'elle cherche à apporter sur les mots, les situations, les représentations - rencontre plus d'écho qu'elle n'exerce d'influence. Ensuite parce qu'elle-même portait, qu'elle le voulût ou non, l'étiquette de fille de Raymond Aron. Enfin parce qu'après sa séparation d'avec le clan Bourdieu, au lendemain de 1968, elle se sentit plus d'une fois ostracisée par ses pairs. De plus, comme son époux, le grand historien d'art Antoine Schnapper, elle n'eut jamais le goût de parler de ce qu'elle ne sait pas. Et, aujourd'hui encore, quand elle sait, elle a l'habitude d'en dire moins qu'elle ne sait. Aussi ses livres n'ont-ils connu (parfois) un réel succès qu'à partir des années 1990, notamment en 1994 avec la publication de * La communauté des citoyens * . Outre qu'ils évoquent longuement les héritages qu'elle revendique, ces entretiens sont logiquement centrés sur la querelle de la nation, de la citoyenneté, de la diversité. Querelle centrale dès cette époque et que la France ne parvient toujours pas à vider. Loin de l'image de "républicaine" pure et dure qu'on lui a parfois appliquée, Dominique Schnapper apparaît consciente des blocages de la société française et des aspirations démocratiques à l'oeuvre chez ceux qui les dénoncent : de nos jours, les institutions, moins autoritaires, laissent se développer - effet pervers - des inégalités qu'il est naturel de combattre. En revanche, elle craint, après Montesquieu et Tocqueville, une démocratie extrême où chacun ne chercherait son bonheur que dans son soi-même. S'ensuivrait inévitablement un délitement de l'espace public et de la langue commune. A cet égard, le manque de projet qui obère la construction européenne l'inquiète : une Union qui n'en serait pas une risque d'affaiblir les citoyennetés nationales sans, qu'en échange, ne se façonne une citoyenneté européenne. Enfin le premier de ces entretiens qui évoque la participation de Dominique Schnapper à une enquête fondatrice sur le public des musées et le dernier évoquent les impasses de la démocratisation culturelle. Alors que le ministère de la Culture ne sait pas vraiment quel chant entonner pour son cinquantième anniversaire, la sociologue rappelle qu'il n'est qu'une des facettes de l'Etat-providence et que son héritage est triple : le vieux projet pédagogique du XIXe de l'apprentissage de l'art par la connaissance; celui, malrucien, de la fusion religieuse avec le beau ; celui, enfin, de l'époque Lang qui relativisa toutes les hiérarchies. Tout l'art sociologique de Dominique Schnapper est, justement, de relativiser le relativisme. Au nom d'idéaux qu'elle emprunte à la philosophie politique, laquelle demeure son horizon : l'idéal d'égalité, affirme-t-elle, si on veut le conserver comme idée régulatrice, n'autorise pas tous les compromis et toutes les dérives.

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