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Georges Kiejman est considéré comme l'un des derniers grands ténors de la justice française.
Épisode 2 :

Kiejman, grand ténor de la justice française

27 min
À retrouver dans l'émission

Georges Kiejman a fait une grande carrière au Barreau de Paris, jalonnée de grandes affaires pénales, a été trois fois ministre, puis a repris son métier avec toujours la même délectation. Il revient aujourd'hui sur ce métier d'avocat et sur sa carrière.

Georges Kiejman est considéré comme l'un des derniers grands ténors de la justice française.
Georges Kiejman est considéré comme l'un des derniers grands ténors de la justice française. Crédits : JOEL SAGET / AFP - AFP

Georges Kiejman raconte dans cet entretien son métier d'avocat. En précisant d'abord que c'est un métier qui a beaucoup changé :

Être avocat aujourd'hui, ce n'est pas la même chose qu'être avocat en 1953. Aujourd'hui, les avocats ont investi le domaine des affaires, de l'industrie, de la bourse ; ce n'était pas le cas à l'époque. En 1953, je deviens avocat d'abord parce qu'il n'a jamais été dans mon esprit que je puisse faire quelque chose d'autre. Et parce que c'est relativement facile de le devenir.

On ne peut pas plaider aujourd'hui comme on plaidait autre fois pour diverses raisons. Avant que je rentre au Palais, les jurés étaient douze, et non neuf, et délibéraient seuls sans la présence de magistrats sur la culpabilité ou non de celui qui était poursuivi. Donc les avocats avaient tendance à recourir plutôt à l'émotion qu'au raisonnement. À partir du moment où trois magistrats professionnels statuent avec neuf jurés, l'organisation de la plaidoirie n'est forcément plus la même. Par ailleurs, la télévision, quoiqu'on dise de ses méfaits, a eu une importance éducative qu'on ne soupçonne pas. Tout le monde s'est ouvert sur le monde, et la qualité intellectuelle des jurés a beaucoup progressé, et on ne peut pas leur raconter n'importe quoi.

Pour lui, la clé d'un bon plaidoyer, c'est avant tout un long temps de préparation. Il réfléchit à tous ses arguments, à ce qu'on pourrait lui opposer, à ce qu'il y oppose lui-même, reprenant à son compte pendant ce moment de réflexion la phrase de Paul Valéry "Je ne suis pas toujours de mon avis". C'est tout ce travail qui lui permet ensuite d'être sincère quand il parle, et donc de convaincre le jury :

Je ne crois pas à l'éloquence, je crois à la sincérité. Je crois que ce qui fait que celui qui vous écoute a envie de trancher en votre faveur, c'est qu'il sent que ce que vous dites, vous le pensez au moment où vous le dites. Si par ailleurs c'est convaincant intellectuellement, je pense qu'il récompense à la fois le sérieux de vos arguments et la sincérité de la forme par laquelle vous les exprimez. Et si on est sincère au moment où on le dit, c'est parce qu'on y a beaucoup réfléchi. 

Par souci de sincérité aussi, Kiejman choisit les causes qu'il défend pour des convictions personnelles, comme lorsqu'il a pris la défense de Charlie Hebdo lors du procès concernant les caricatures de Mahomet en 2007, au nom de la liberté d'expression qui lui est chère. C'est peut-être cela qui lui a permis de remporter de nombreux succès.

Considéré comme l'un des "derniers grands ténors" de la justice française, Kiejman nous révèle aussi les grands avocats qui lui ont servi de modèles - parmi lesquels Henry Torrès, Maurice Garçon, René Floriot, Paul Baudet, Georges Izard -, nous livrant nombre de petites anecdotes sur leurs plaidoiries, se souvenant par exemple de Garçon qui feignait de s'endormir quand son adversaire parlait. 

Par Dominique Rousset. Réalisation : Assia Khalid. Prise de son : Eric Gérard. Avec la collaboration de Claire Poinsignon.

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