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Gisèle Halimi en 1975
Épisode 3 :

Gisèle Halimi, une avocate irrespectueuse

28 min
À retrouver dans l'émission

Commise d’office pour défendre des indépendantistes tunisiens, Gisèle Halimi s’est engagée de cette façon dans les luttes anticoloniales en Tunisie et en Algérie pendant huit ans.

L'avocate Gisèle Halimi, en compagnie de l'actrice Delphine Seyrig, 11 octobre 1972 à Bobigny, lors du procès de Marie-Claire Chevalier, poursuivie pour avoir avorté.
L'avocate Gisèle Halimi, en compagnie de l'actrice Delphine Seyrig, 11 octobre 1972 à Bobigny, lors du procès de Marie-Claire Chevalier, poursuivie pour avoir avorté. Crédits : MICHEL CLEMENT - AFP

Par essence, Gisèle Halimi est à la fois femme et avocate. Au rebours du principe qui prévalait dans les années 1950, quand elle commence à exercer, principe selon lequel la personnalité et les idées de l'avocat doivent s'effacer quand il est à la barre, Gisèle Halimi n'accepte pas la neutralité. 

Être avocate, pour moi, c'était le moyen de tenter de changer ce que je n'aimais pas dans ce monde : l'injustice, le rapport de force, le mépris des humbles, le mépris des femmes. Or, en disant qu'on allait respecter la loi, on disait que l'on allait respecter l'infrastructure la plus forte, la plus solide, d'une société que je voulais changer. Donc c'était contradictoire.

Gisèle Halimi sait qu'elle n'a pas le comportement exemplaire de l'avocat. Elle assume sa particularité : le fait qu'elle n'accepte de défendre que des gens de qui elle se sent proche, des causes qu'elle embrasse. Tout en affirmant haut et fort que tout le monde a le droit à la défense.

Ce que je suis, c'est le contraire de ce qui faut être. Moi, je ne peux être bonne avocate et avoir du talent que si je suis un peu partisane. Alors qu'on nous dit qu'il ne faut pas être partisan, que l'avocat doit au contraire avoir des distances avec celui ou celle qu'il défend. Moi, ce recul, je ne l'ai pas.

Je pense que tout accusé a droit un avocat. Il n'y a pas d'indéfendable. La seule question qui se pose est : est-ce que vous acceptez de défendre ?

Halimi commence sa carrière en Tunisie, dans les tribunaux militaires, alors que l'indépendance se profile. Elle se bat contre les déportations dans le Sud des Tunisiens par le Général Garbé. En 1955, elle participe au très important procès El Halia en Algérie, un tournant dans sa carrière :

C'est la révélation pour moi du fait que la torture était devenu un système judiciaire pour devenir l'aveu, faire un dossier, et condamner. À partir de cette torture, on a fait avouer des hommes qu'on a ensuite présentés aux victimes françaises d'émeutiers. On a inventé des coupables. 

Ces huit années passées auprès des indépendantistes ont beaucoup changé le regard de l'avocate vis-à-vis de la justice et des juges. 

C'est là où l'on prend conscience qu'il y a la justice, en laquelle on croit, et la justice politique, la justice sur ordre, qui est le contraire de la justice. 

La justice ne dit pas la vérité. Elle dit le droit, qui quelques fois coïncide avec la vérité.

Connue pour son travail d'avocate auprès des femmes, Gisèle Halimi s'est donc aussi illustrée par son engagement en faveur des luttes anticoloniales. 

Par Virginie Bloch-Lainé. Avec la collaboration de Claire Poinsignon. Réalisation : Dominique Costa. Prise de son : Laurent César et Laurent Machietti.

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