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Gisèle Halimi en 1975
Épisode 4 :

Gisèle Halimi : "Le féminisme est irréductible à la politique"

28 min
À retrouver dans l'émission

Les engagements de Gisèle Halimi ont tous une dimension politique forte, et pourtant elle n'a jamais adhéré à aucun parti, ni fait de carrière politique, à part une brève expérience désagréable comme députée.

François Mitterrand, candidat à la présidence de la République, participe à un débat organisé par le mouvement "Choisir", en présence de Gisèle Halimi, le 28 avril 1981 au Palais des Congrès à Paris.
François Mitterrand, candidat à la présidence de la République, participe à un débat organisé par le mouvement "Choisir", en présence de Gisèle Halimi, le 28 avril 1981 au Palais des Congrès à Paris. Crédits : GEORGES GOBET - AFP

La vie de Gisèle Halimi est ponctuée de refus, intimes et publics : refus du pouvoir patriarcal, refus du mariage arrangé par ses parents en Tunisie alors qu'elle a 15 ans, refus de l'allégeance à Pétain que l'on attend de l'écolière qu’elle est, refus d'une grossesse non désirée, pour elle et pour les autres femmes. Ses engagements ont tous une dimension politique forte, et pourtant elle n'a jamais adhéré à aucun parti, ni fait de carrière politique, à part une brève expérience désagréable comme députée. 

Elle explique cette distance avec la sphère politique en ces termes :

La politique n'a pas voulu de moi, et je le lui rendais bien. Je trouvais que la politique, dans ce que j'envisageais comme projets de vie et d'avenir, était réductrice, en particulier pour les femmes. La politique, dans l'ensemble, est une politique mâle, surtout à l'époque. C'était quelque chose de masculin. Les chefs étaient tous masculins, les grands orateurs, les leaders, ceux qu'on encensaient étaient masculins... De temps en temps, il y avait comme une petite tache de couleur féminine dans les groupes, pour justifier une mixité qui n'en était pas une, puisqu'une vraie mixité est paritaire. Cette politique ne me séduisait donc pas. [...] Je pensais que la vraie politique, c'était le féminisme.

Si elle considère que le féminisme est la vraie politique, elle admet cependant que le féminisme peut être politique, qu'il existe un féminisme de droite, et un féminisme de gauche. Ce dernier s’attache d'avantage à l'émancipation économique des femmes, et s'intéresse aux changements de société dans ses racines mêmes. 

Les années 1970 sont un moment de désillusion pour Gisèle Halimi, qui se rend compte que ses "copains libertaires" avec qui elle a fait Mai 68 considèrent en fait, tout libertaires qu'ils soient, que les femmes doivent rester à leur place, se taire et continuer d'être aux petits soins des hommes.

C'est aussi à ce moment qu'elle s'empare de la défense des femmes ayant avorté. Pour atténuer leur peine, il faut exposer des "circonstances atténuantes", ce qui revient déjà à plaider coupable… En 1971, elle est la seule avocate à signer le Manifeste des 343, car un grand risque de sanctions déontologiques du Barreau pesaient sur elles. Surtout, lors du procès de Bobigny, en 1972, Gisèle Halimi refuse de demander pardon au nom de sa cliente, fait elle-même le procès de la loi liberticide de 1920 sur l'avortement, et réclame un changement aux juges qu'elle ne reconnaît pas comme juges. Marie-Claire Chevalier, qui a avorté après avoir été violée, est acquittée. C’est une étape importante dans la marche vers la légalisation de l’avortement en 1975.

Avec ce procès, Gisèle Halimi entre donc bon gré mal gré sur la scène politique. Pourtant, elle continue de refuser à s’engager à proprement parler dans la vie politique française. Elle est apparentée au Parti socialiste, mais pas membre du parti : cela lui permet de conserver pleinement toute sa liberté d'expression et d'opinion. 

Gisèle Halimi choisit quand même finalement de devenir députée, par curiosité d'abord, et parce qu'elle croit en la puissance du pouvoir législatif. Elle travaille donc avec François Mitterrand, une collaboration surprenante :

À l’origine, je ne connais pas homme moins féministe que lui. Il y avait chez lui tout le côté conservateur, IVe République, dans l'approche des femmes. Il avait aussi un côté trop galant, trop aimant des femmes pour être vraiment féministe. Tout le destinait à ne pas l'être, par éducation, mais il est devenu petit à petit féministe. 

L'avocate raconte donc ici ses rapports complexes à la politique. 

Par Virginie Bloch-Lainé. Avec la collaboration de Claire Poinsignon. Réalisation : Dominique Costa. Prise de son : Laurent César et Laurent Machietti.

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