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Gisèle Halimi en 1975
Épisode 5 :

Gisèle Halimi : la construction d'une vie avec les hommes

28 min
À retrouver dans l'émission

Être avocate, c’est vivre dans le conflit. Mais pour Gisèle Halimi, le féminisme est une lutte émancipatrice qui ne peut pas se passer de l’oppresseur. Il faut vivre avec les hommes : mais comment ?

L'avocate et présidente de "Choisir la cause des femmes" Gisèle Halimi (C) s'exprime, le 14 novembre 2003 à Paris, lors de son audition par la commission Stasi sur la laïcité.
L'avocate et présidente de "Choisir la cause des femmes" Gisèle Halimi (C) s'exprime, le 14 novembre 2003 à Paris, lors de son audition par la commission Stasi sur la laïcité. Crédits : JACK GUEZ - AFP

Pour défendre le droit des femmes à la contraception, à l’avortement, à l'émancipation, des militants indépendantistes algériens et tunisiens, Gisèle Halimi a lutté. Mais, si elle est douée pour le conflit, elle l'est aussi pour construire avec les autres, les amis, les enfants, et les hommes. 

Gisèle Halimi a d'ailleurs toujours insisté sur le fait que le féminisme est un combat qui a pour particularité de ne pas éliminer l'oppresseur - l'homme :

J'ai pris conscience assez tôt que le féminisme était une révolution tout à fait extraordinaire, unique en son genre, parce qu'elle remettait en cause l'intégralité des tabous de la société : des données économiques, culturelles, religieuses, familiales... Tout ! Cette révolution avait pour elle, contrairement aux autres, qu'elle n'employait pas le terrorisme, ne tuait pas, n'éliminait pas définitivement. Elle n'avait pas de victimes. C'est sa dimension la plus forte, la plus culturelle, car elle implique comme tache de convaincre l'autre pour l'amalgamer à votre point de vue et pour qu'il vous aide à changer la société. Le féminisme est une révolution particulière car déjà humaniste dans les moyens qu'elle emploie pour triompher.

Cette cohabitation avec "l'oppresseur" n'est certes pas toujours facile. Dans le cas de Gisèle Halimi, elle estime avoir eu la chance de trouver un mari qui était avant même de la rencontrer acquis à la cause féministe. Il n'y a jamais eu de quelconque rapport de forces entre eux. 

Sur l'essentiel, nous avions davantage qu'un socle commun. Je n'aurais pas pu vivre avec quelqu'un qui ne comprenait pas la revendication féministe. Or, lui la comprenait d'emblée. 

Dans Une embellie perdue, Gisèle Halimi dit qu'il y a à l'inverse eu des victimes du féminisme, et que toute révolution dévore ses enfants. Elle parle des femmes qui ont pris le féminisme comme une bouée, comme un remède à des problèmes personnels, et qui n'ont pas su voir tous les changements profonds de société que le féminisme impliquait, au-delà de leurs soucis affectifs - avec leur mari notamment. 

Gisèle Halimi est l'heureuse maman de trois fils. Elle évoque cependant ici le regret de n'avoir pas eu la chance de "voir sa fille se regarder dans des yeux de femme", de savoir "comment elle mettrait à sa mode personnelle [s]a démarche féministe". En compensation, elle a noué des relations affectives et amicales fortes avec les membres du groupe Choisir, qui se considèrent toutes comme ses filles.

L'avocate a par ailleurs beaucoup d’espoir en ce qui concerne les femmes des prochaines générations : 

Je pense que le féminisme a donné aux femmes le sentiment qu'elles existent comme individus à part entière, ce qui n'était pas le cas avant dans l’univers de domination patriarcale qui régnait. 

Selon elle, les femmes représentent tout simplement le futur de la politique :

Les femmes ont l'avenir devant elles, tandis que les hommes n'ont que le pouvoir. Le pouvoir contre l'avenir, ça assèche ce qu'on veut construire d'autre que ce que l'on connaît.

Les femmes devraient comprendre que ce qui leur donne une avance extraordinaire par rapport aux autres, c'est justement le fait qu'elles sont femmes. Et que justement elles ne connaissent pas bien la politique, et que justement elles veulent la faire avec ce qu’elles sont. Et que les femmes, parce qu’elles sont épouses et mères, ont plus la préoccupation du bien social, du rapport à l'autre, de l'avancée collective, que les hommes qui, dans la politique, ont toujours fonctionné avec l'ego. La vie des femmes était pour moi devenu un facteur prioritaire et déterminant de renouvellement de la vie politique.

Malgré ce discours de différenciation entre hommes et femmes, Gisèle Halimi reste la représentante d’un courant du féminisme français caractérisé par la certitude que cette lutte émancipatrice ne peut se passer des hommes.

Par Virginie Bloch-Lainé. Avec la collaboration de Claire Poinsignon. Réalisation : Dominique Costa. Prise de son : Laurent César et Laurent Machietti.

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