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Sabine Weiss dans son atelier rue Murat à Paris, en 2015.
Épisode 1 :

Photographe de l'enfance, enfance d'une photographe

29 min
À retrouver dans l'émission

Longtemps méconnue du grand public, Sabine Weiss est aujourd’hui célébrée comme l’une des figures majeures du courant de la photographie humaniste, aux côtés de Robert Doisneau, Edouard Boubat, Willy Ronis ou Izis.

Sabine Weiss dans son atelier rue Murat à Paris, en 2015.
Sabine Weiss dans son atelier rue Murat à Paris, en 2015. Crédits : Lily Franey - Getty

Sabine Weiss refuse l'étiquette d'artiste. Pour elle, la photographie ne doit pas consister en une recherche du beau, mais plutôt en une approche directe, simple des images. Des images qui documentent le monde qui l'entoure, et qu'elle aime à penser lisibles. C'est cette philosophie qui fait de Sabine Weiss un membre éminent de ce qu'on appelle la "photographie humaniste" (avec Robert Doisneau, Henri Cartier-Bresson, Willy Ronis...), un courant racontant l’optimisme de la France de l'après-guerre, qui retrouve foi en l'homme.

Photographe de la spontanéité

Sabine Weiss rejette l'anecdote au profit de la sensation, cherchant à capter l'expression des sentiments de la personne photographiée. Ou plutôt, c'est ce qui ressort de ses photos, sans qu'elle cherche consciemment à le capter. Sabine Weiss affirme ainsi photographier tout simplement ce qui la touche, heureuse de constater que cela touche aussi les autres. La photographie doit selon elle correspondre à une forme d'éducation du regard :

La photographie devrait apprendre aux gens à regarder, à dénicher. Car on peut dénicher des choses qui nous subjuguent, ne serait-ce qu'une flaque, si on sait l'aimer.

Privilégiant ainsi toujours l'instinctif, il paraît logique que Sabine Weiss ait souvent pris pour objet de photographie les enfants, qui sont, comme elle l'explique, la spontanéité à l'état pur :

Je photographie beaucoup les enfants parce que c'est charmant, c'est spontané. Il y a beaucoup d'expressions, ils sont très naturels : il y a la tristesse, la joie, il y a tout. Et puis, je suis peut-être encore un peu un enfant, et j'aime bien rigoler avec eux, les mettre au défi de me faire la plus belle grimace, jouer avec eux, même quand ce n'est pas pour les photographier.

De toute façon, la photographie est toujours pour Sabine Weiss un défi, puisqu'elle est toujours instantanée : refusant tout ce qui est provoqué, posé, artificiel, Sabine Weiss se met constamment au défi de saisir le bon moment. 

Une enfant-photographe

Née sur les bords du lac Léman le 23 juillet 1924 dans une famille bourgeoise qui aime les arts et les artistes, Sabine Weiss est dès son plus jeune âge plongée dans le domaine artistique. Elle s’initie très tôt, dès 12 ans, à la photographie, dont elle réalise elle-même ses premiers tirages, sous l’œil attendri de son père ingénieur chimiste. 

Autoportrait de Sabine Weiss en 1954.
Autoportrait de Sabine Weiss en 1954. Crédits : loeildelaphotographie.com

Guère douée pour les études, elle décide durant son adolescence de se lancer dans le métier de photographe. Si c'est une voie à l'époque très difficile, notamment pour des questions techniques ayant aujourd'hui disparu, elle lui paraît aussi un parfait compromis, réunissant à la fois le côté artistique de sa mère et celui scientifique de son père, pour surtout faire quelque chose qui lui plaît.

Elle suit alors un apprentissage chez Boissonnas, célèbre studio de photographie genevois. Puis, en 1945, quitte Genève pour Paris, où elle devient un temps l’assistante du photographe de mode Willy Maywald. C'est aussi là qu'elle rencontre, en 1949, le peintre américain Hugh Weiss, qu’elle épouse.

Elle nous a aujourd'hui reçus dans le petit atelier de fond de cour où elle s'est installée avec lui il y a soixante ans.  

Par Amaury Chardeau. Réalisation : Vincent Abouchar. Attachée de production : Claire Poinsignon.

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