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Daniel Cordier à Paris en 1945
Épisode 3 :

"J'aperçois sur le pardessus la grande étoile jaune, je n'en avais jamais vu. En vrai, vous n'imaginez pas ce que c'est"

27 min
À retrouver dans l'émission

2013 |Troisième partie d'un entretien en cinq volets entre Jérôme Clément et Daniel Cordier qui raconte son engagement auprès de Jean Moulin et apporte son éclairage sur son arrestation. Il revient également avec sincérité sur son antisémitisme profond qu'il a fini par combattre.

Daniel Cordier le 27 mai 2013 au Palais de l'Elysée à l'occasion du 70ème anniversaire du Conseil national de la résistance.
Daniel Cordier le 27 mai 2013 au Palais de l'Elysée à l'occasion du 70ème anniversaire du Conseil national de la résistance. Crédits : Eric Feferberg - AFP

3. le temps de l'action (suite)

Daniel Cordier, dans ce troisième temps de la série "A voix nue", précise en quoi consistait son travail de secrétaire auprès de Jean Moulin à Lyon durant l'hiver 1942.

J'ai compris tout d'un coup que [Jean Moulin] comptait sur moi pour tout. Et quand je réclamais quelque chose, il me disait, il m'a toujours dit : "Eh bien, écoutez, vous vous débrouillez!" Il n'a jamais accepté aucune remarque, aucune plainte sur mon travail de ma part.

Il évoque les difficultés d'unifier la Résistance et d'obtenir l'adhésion au général De Gaulle car "les chefs et les états majors des mouvements de résistance entendaient bien prendre le pouvoir à la Libération et le garder pour eux."

Daniel Cordier donne ensuite ses deux versions de l'origine de l'arrestation de Jean Moulin en  juin 1943 : celle de l'historien (on ne sait pas qui a donné Jean Moulin car il faut attendre l'ouverture des archives après la mort des derniers résistants). La version du témoin, c'est qu'il pense que c'est Hardy.

J'ai ce privilège, parce que j'ai participé un petit peu à la Résistance, j'ai une opinion, mais je vous donne une opinion personnelle qui ne doit pas être celle de l'historien à aucun prix, sinon je ruine mon travail d'historien ! Je n'ai rien d'autre à dire car tout ça est très flou. En tant qu'historien, je n'ai pas le droit d'aller plus loin que ce petit aveu que je fais en tant qu'homme.

Obligé de cacher un Juif chez lui, Daniel Cordier raconte qu'il s'est interrogé cette nuit -là :

Je me disais mais c'est curieux quand même parce que cet homme, il ressemble à tous les autres et au fond, pourquoi je ne veux pas des Juifs ? C'est probablement la première fois que je me suis interrogé sur quelqu'un. Cet homme est traqué, il est recherché par la police et je suis obligé moralement de le prendre avec moi. ce n'est pas un choix, peut-être que j'ai le choix avec les Américains, mais je n'en ai pas avec les Juifs. Mais j'étais toujours antisémite, ça n'a rien changé. Il faut dire la vérité et ne pas reconstruire le passé. Face à cet homme je me sentais coupable mais ça ne changeait pas mes opinions quant à ma condamnation de sa race.

Daniel Cordier raconte par la suite, la première fois qu'il a vu un homme portant une étoile jaune à Paris, c'était en mars 1943 : "En vrai, vous n'imaginez pas ce que c'est." Et il poursuit ainsi, "avoir été antisémite, avoir été contre [cette] race, tout d'un coup j'ai eu le sentiment que c'était un crime, que c'était quelque chose d'inacceptable."

Par Jérôme Clément. Réalisation : Isabelle Yhuel. Prise de son : Frédéric Cayrou. Avec la collaboration de Claire Poinsignon.

Intervenants
  • secrétaire de Jean Moulin pendant la Seconde Guerre mondiale, historien, collectionneur d'art, galeriste et mécène
L'équipe
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