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Margarethe von Trotta en 1979.
Épisode 1 :

"J'ai été apatride et j'ai été une fille naturelle"

28 min
À retrouver dans l'émission

Dans ce premier entretien d'"A voix nue", Margarethe von Trotta raconte son enfance dans les ruines de Berlin de l'après-guerre. Elle vit seule, enfant illégitime, avec sa mère issue d'une famille d'aristocrates russes qui lui a donné son caractère insoumis et son amour de la littérature russe.

Margarethe von Trotta en 1994.
Margarethe von Trotta en 1994. Crédits : Ullstein bild - Getty

Née en 1942 à Berlin, Margarethe von Trotta se rappelle pour ce premier volet d'"A voix nue", ses premiers souvenirs de la guerre, c'est le son des sirènes qui lui vient spontanément et non une image en particulier. Mais pour être honnête, elle précise tout de suite après qu'elle n'en est pas vraiment sûre de ce souvenir : "_Je crois que je me rappelle. Au fond, je me rappelle de rien de la guerre, j'étais trop jeune._" Par contre, elle se souvient très bien des ruines après la guerre et quand on voit ça enfant, alors "on vit avec ce sens de la destruction". "C'était pas seulement la tristesse puisque les enfants s'adaptent à tout. Ils jouent dans les ruines, on a vu ça dans d'autres zones de guerre que les enfants s'adaptent", ajoute-t-elle. Il lui revient les images d'après-guerre, la misère, le froid, l'obligation d'aller mendier pour trouver de la nourriture. Mais malgré ces conditions pénibles, la leçon qu'elle en tire c'est "qu'il faut avoir l'amour de la mère et rien d'autre. Un peu de pain et ça va." Elle dit aussi de cette époque, "on vivait à l'instant même. Il n'y avait pas de passé pour nous."

Margarethe von Trotta parle ensuite de sa mère, originaire d'une famille noble de Russie, une femme au caractère fort qui a eu un enfant avec un homme marié mais qu'elle n'a jamais cherché à épouser, "elle m'a donné ça, c'est un don d'elle que je ne suis jamais devenue une femme soumise", affirme la cinéaste et d'ajouter, "le seul avantage, peut être qu'elle avait, c'était son nom de noble" et cette attitude des gens à son égard la mettait mal à l'aise. Sa mère n'a jamais beaucoup apprécié les Allemands, dont elle disait qu'ils étaient "un peu bêtement étroits d'esprit". A l'école à la fin de la guerre, "on ne racontait pas l'histoire, se souvient-elle, on ne savait pas d'où l'on venait ni ce qu'on avait fait." 

J'étais quand même un enfant plein de tempérament, plein d'optimisme aussi, très fantaisiste, et donc, avec avec mes idées, je pouvais attirer les autres enfants. J'étais tout de suite toujours le leader des autres. J'avais les idées de quoi faire. Et puisque j'avais beaucoup plus de liberté, j'étais toujours admirée par les autres enfants. Donc ça, ça m'a peut être sauvée. 

Apatride bien que née à Berlin et parlant l'allemand, Margarethe von Trotta en a souffert, enfant, d'être toujours une étrangère aux yeux des autres. Mais maintenant, elle est devenue "nomade", elle peut voyager et elle dit se sentir, "toujours étrangère et toujours à la maison". Sa mère, si elle ne lui a pas enseigné le russe, lui a fait découvrir très tôt la culture russe, "ma première lecture c'était la lecture russe". De cette histoire familiale complexe qui a fait d'elle une apatride, elle va quitter à 18 ans l'Allemagne pour la France en tant que jeune fille au pair.

Quand je regarde mes films après, il y a des souvenirs qui me reviennent mais au moment de le faire, on n'est pas conscient. Et moi, je crois que c'est ça l'importance pour un artiste, de ne pas être trop conscient au moment où on fait les choses. Après, viennent les interprétations, aussi à cause des autres qui voient les choses là, donc tu réfléchis. Mais il ne faut pas trop réfléchir au moment de faire.  

Par Perrine Kervran. Réalisation : Clotilde Pivin. Prise de son : Jessica Foucher. Avec la collaboration de Claire Poinsignon.

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