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la célèbre "péniche" dans le hall de Sciences-Po Paris, rue Saint-Guillaume
Épisode 4 :

Sciences Po

29 min
À retrouver dans l'émission

Nous vous proposons un parcours dans l'itinéraire intellectuel du grand historien qu'est Michel Winock, à travers les lieux qui ont marqué sa vie. Dans cet épisode, il raconte son arrivée à Sciences Po.

la célèbre "péniche" dans le hall de Sciences-Po Paris, rue Saint-Guillaume
la célèbre "péniche" dans le hall de Sciences-Po Paris, rue Saint-Guillaume Crédits : PHOTOPQR/LE PARISIEN - Maxppp

En 1979, Michel Winock entre en tant que maître-assistant à Sciences Po, où il sera plus tard professeur. Cela correspond à un tournant dans la vie de l'historien : c'est le moment de la naissance de l'Institut d'Histoire du Temps Présent, qui jouera un grand rôle dans la popularisation de la notion d'histoire contemporaine ; c'est aussi le moment où Michel Winock rompt avec la revue Esprit, et imagine pour les éditions du Seuil ce qui deviendra le magazine Histoire. Son but est alors de moderniser l'édition historique, en mettant en avant les nouvelles recherches en histoire.

La création de la revue Histoire

La revue Histoire, lancée en 1978, rencontre un succès phénoménal, et immédiat : alors qu'ils avaient prévu d'être bénéficiaires au bout de trois ans, ils le sont en fait dès la première année. Les années 1970/1980 constituent de fait un contexte favorable à l'histoire, avec de nombreux débats entre diverses écoles historiques - notamment entre l’École des annales, qui délaisse un peu l’histoire politique, et l'axe Nanterre-Sciences Po, où l'on pratiquait une histoire politique rénovée.

Michel Winock, lui, cherche à rassembler. Il est en effet à l'origine de nombreuses grandes synthèses - par exemple l'histoire de la France rurale, ou l'histoire de la vie privée - dans lesquelles il arrive à faire se concilier des historiens aux tendances totalement opposées. Son magazine Histoire vise ainsi à être œcuménique :

Mon idée dès le départ était le pluralisme. Il fallait vraiment éditer toutes les écoles. Et nous avons réussi à relever ce défi dès le premier numéro.

Le but de Michel Winock est aussi et surtout d'élargir la portée des débats historiques :

Nous voulions faire de la vulgarisation, mais avec des historiens professionnels, des chercheurs universitaires. Et c'était une nouveauté : il existait des revues d'histoire, écrites par des journalistes, des écrivains, mais pas par des universitaires qui n'avaient pas l'habitude d'écrire pour un vaste public. Nous avons été un laboratoire où beaucoup d'universitaires qui répugnaient à la vulgarisation s'y sont mis, et ont trouvé cela très plaisant. 

L'arrivée à Sciences Po

En arrivant à Sciences Po, Michel Winock se fait aussi une bande d'amis historiens - Jean-Pierre Azéma, Jean-Noël Jeanneney, Serge Berstein, Pierre Milza, Alain-Gérard Slama... -, avec lesquels il participe à beaucoup d'activités extra-universitaires. Ils avancent et évoluent ensemble, sans querelles :

Nous formions une équipe très soudée. Je n'ai jamais perçu ou ressenti de jalousie, de rivalité, comme il en existe souvent dans tous les milieux, et dans les universités en particulier. On avait le sentiment que chacun était à sa place, et qu'il n'y avait aucune raison de se marcher sur les pieds.

Le grand public s'intéressant de plus en plus à l'histoire, notamment politique, Michel Winock et ses collègues sont très souvent invités à s'exprimer à la télévision ou dans la grande presse. Le signe d'un rôle nouveau de l'historien dans l'espace public, comme le souligne ici Winock :

Je me souviens d'un débat que nous avions eu au Salon du livre sur la place des intellectuels dans la Cité. Pierre Chaunu avait fait ce constat que jusqu'aux années 1960, l'intellectuel type était le philosophe, sur le modèle de Sartre, mais que désormais, dans les années 1980, c'était l'historien. Ça n'a pas duré, mais c'est vrai que pendant une dizaine d'années, l'historien était sans cesse sollicité pour donner son avis éclairé sur toutes les questions que l'on puisse imaginer. 

Michel Winock nous raconte ainsi Sciences Po et la revue Histoire, les symboles d'un âge d'or de l'histoire politique en France.

Par Emmanuel Laurentin. Réalisation : Anne Secheret. Prise de son : Yves Le Hors.

Intervenants
  • Historien, écrivain, professeur émérite à Sciences Po
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