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Peter Handke dans son bureau en 1974
Épisode 5 :

Peter Handke : "La marche a été une délivrance"

28 min
À retrouver dans l'émission

Dans ce dernier volet d'entretiens, Peter Handke revient sur son rapport à la marche, l'influence que son expérience de marcheur au long cours, d'Autriche en Espagne, a sur son écriture, et se livre aussi sur la fatigue et la solitude.

Peter Handke dans son bureau en 1974
Peter Handke dans son bureau en 1974 Crédits : Liselotte Erben/Sygma - Getty

Dans La leçon de la Sainte-Victoire, publié en 1982, Peter Handke invite à le suivre dans sa randonnée jusqu'au sommet de la montagne Sainte-Victoire dans les Bouches-du-Rhône, un essai dans lequel ses réflexions sur l’art et l’écriture suivent le mouvement de ses pas. Et en 2011, quand l'écrivain publie son journal de la fin des années 1980, il l'intitule "Hier en chemin : Carnets, novembre 1987-juillet 1990' et y affirme :

Mon seul désir va désormais aux lieux. Peter Handke

Quand Virginie Bloch-Lainé l'interroge sur sa façon de rendre compte de son expérience de la marche, l'écrivain semble pourtant pris au dépourvu :

Peter Handke : Je n’ai jamais trouvé les mots qui conviennent à la marche. Pour moi c’est une nécessité : lire et marcher cela va ensemble pour me libérer de moi-même, de ma petitesse, et de retrouver une largeur, retrouver les vastes horizons. Quand j’étais jeune j’avais des problèmes de cœur, à trente ans, je me sentais prisonnier dans la maison avec mon premier enfant, à trente ans, Je me suis senti menacé par mes problèmes cardiaques j’ai pris conscience pour la première fois que j’étais mortel. J’ai ressenti le besoin de me libérer de cette angoisse alors j’ai traversé l’Autriche à pied pendant deux semaines. Voir mon propre pays en marchant, cela m’a ouvert les yeux sur la nature, et sur la dignité des gens qui vivent dans la campagne. J’ai trouvé les Autrichiens absolument dignes, comme dans les livres d’Adalbert Stifter. Il y avait d'une part l’aventure intérieure : être rythmé par le départ le matin vers l’inconnu, à ne pas faire une randonnée en boucle mais aller d’un endroit presque inconnu à un autre absolument inconnu. Cela a réveillé le conte qui était en moi. Et l'aventure extérieure qui a réveillé l’aventure épique en moi. Je n’aurais pas pu écrire mes livres suivants sans la marche. C’était une délivrance pour moi. J’ai pris conscience que je n’étais pas complètement prisonnier du monde contemporain.

  • Par Virginie Bloch-Lainé
  • Réalisation : Jean-Claude Loiseau
  • Prise de son : Etienne Leroy
  • Avec la collaboration de Claire Poinsignon.

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