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Pierre Rosanvallon en janvier 2015 à Paris.
Épisode 2 :

L'histoire

29 min
À retrouver dans l'émission

Pierre Rosanvallon justifie son choix et sa définition de l'histoire.

Pierre Rosanvallon en janvier 2015 à Paris.
Pierre Rosanvallon en janvier 2015 à Paris. Crédits : BERTRAND GUAY - AFP

Comment le grand historien qu'est aujourd'hui Pierre Rosanvallon en est-il venu à cette discipline ? C'est avant tout la question du totalitarisme, et de manière plus générale des limites de la démocratie, qui l'intéresse. Elle va le mener loin :

Je me suis rendu compte que pour reformuler toutes les grandes questions qui se posaient à propos des pathologies de la démocratie, de ses déviations, de ses mensonges, il fallait en refaire la généalogie. Et ce travail m'a lancé sur une piste beaucoup plus longue que ce que je pensais.

Dès ce moment-là, j'ai eu le sentiment très fort - un sentiment méthodologique, presque - qu'on ne pouvait pas faire de théorie de la démocratie, de philosophie politique plus largement, si l'on ne se faisait pas historien. Se faire historien, c'était comprendre le laboratoire des problèmes de la démocratie : le laboratoire des trahisons, des promesses non tenues, des expériences difficiles, des illusions. C'est pour cela qu'insensiblement, je suis devenu historien.

Pierre Rosanvallon détaille ainsi ses choix méthodologiques :

Les questions, c'étaient de partir d'un certain nombre de contradictions, quand j'ai formulé le projet peu à peu de faire une sorte d'histoire intellectuelle de la démocratie. [...] Pourquoi le suffrage universel a progressé relativement vite en France pour les hommes, et aussi lentement pour les femmes ? Pourquoi des révolutionnaires parmi les plus décidés trouvaient le plus naturel de ne pas donner le suffrage aux domestiques ? Pourquoi ils trouvaient naturel d'avoir un suffrage à deux degrés ? [...] J'ai essayé de faire une histoire compréhensible de ces anomalies. Non pas en la reprenant de haut et de loin, mais en essayant de me replonger dans les documents comme si je les lisais avec l’œil de l’époque, avec l'intelligence de l'époque : re-comprendre comment ces questions étaient formulées, où étaient les angles morts. [...] Pourquoi il y a des choses qu'ils n'ont jamais formulées ? Pourquoi il y a eu des obsessions sur des points secondaires, et des choses immenses auprès desquelles ils sont passés ?

Il dessine ainsi sa propre définition du rôle de l'historien :

Pour moi, l'historien est deux choses. Il y a cette fonction de témoignage - c'est l’historien du présent -, et il y a la fonction d’intelligibilité : rendre intelligible un monde, et le rendre intelligible pas simplement comme un monde passé, mais rendre intelligible le laboratoire d'une certaine époque. [...] L'historien, à mon avis, est celui qui restitue ces différents laboratoires, et qui en fait des ressources, des éléments de réflexion pour notre propre laboratoire contemporain.

L'historien revient également dans cette émission sur sa propre histoire, à un niveau individuel et personnel, sur l'impact de la Seconde Guerre mondiale sur son histoire familiale, sur ses rencontres intellectuelles - notamment celle avec François Furet -, et sur la place des femmes dans sa vie de militant et d'historien.

Par Martin Quenehen. Réalisation : Charlotte Roux. Prise de son : Benjamin Chauvin. Attachée d'émission : Claire Poinsignon. Coordination : Sandrine Treiner.

Intervenants
  • historien, titulaire de la chaire d'Histoire moderne et contemporaine du politique au Collège de France
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