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René Girard (1923-2015)
Épisode 1 :

La loi du désir

27 min
À retrouver dans l'émission

Au commencement était le désir. Mais que désire-t-on quand on désire ? Peut-on aimer quelqu'un sans être d'abord amoureux de l'amour qu'on lui porte ? Pour René Girard, la loi du désir (toujours mimétique) est en fait un faussaire déguisé en promesse de bonheur.

Le philosophe René Girard (1923-2015), ici en septembre 1990.
Le philosophe René Girard (1923-2015), ici en septembre 1990. Crédits : Ulf Andersen - Getty

Au commencement était le désir : que désire-t-on quand on désire ? Peut-on aimer quelqu'un sans être d'abord amoureux de l'amour qu'on lui porte ? La loi du désir (toujours mimétique) : en fait un faussaire déguisé en promesse de bonheur. C'est cette seule idée, cette intuition majeure, ce principe d'insincérité, que René Girard découvre avec la littérature, en 1961, et qui parcourt ensuite la totalité de son œuvre, qu'il parle de la foule, de l'aliénation, de la littérature, du rêve, de la vengeance, de la foi ou même de la folie.

Lorsque je suis parti aux Etats-Unis en1947, je sortais de l’Ecole des Chartes, j‘étais archiviste paléographe et je commençais un doctorat d’histoire moderne. J’avais un visa d’étudiant mais j’étais là aussi enseignant de français. Après un ou deux semestres d’enseignement exclusif du français, on m’a demandé d’enseigner la littérature. C'était à l’université d’Indiana et mes étudiants étaient issus de milieux modestes, ils étaient des enfants des ouvriers de l’acier de la région de Chicago à qui on enseignait le roman français du XIXe siècle. Je me suis demandé "Mais qu’est ce que je vais leur dire ?" Le problème se posait pour moi de l’ennui que j'allais représenter pour ces classes où le professeur était aussi ignorant que ses élèves. Mon instinct étant plutôt porté vers la science, j’ai fait le contraire de ce que fait la critique littéraire depuis un siècle - chercher ce qui distingue les œuvres les unes des autres : je me suis demandé ce qui les unissait. Par exemple, entre ce que Stendhal nomme "vanité" et ce que Proust nomme "snobisme", il y a des ressemblances évidentes. Stendhal appelle "vanité" le mensonge du désir, le fait que les hommes s’imitent les uns les autres et que la mode joue un rôle plus important que l’authenticité personnelle. Et le snobisme c’est la même chose, défini de façon plus directe. Au fond, ce que je crois avoir découvert est d'ordre historique : c’est qu’il y a une histoire du désir. Plus le monde évolue vers le moderne, vers la démocratie, plus les hommes désirent la même chose, plus l’univers est concurrentiel. Et les objets sont pris de plus en plus dans cette rivalité mimétique qui s’exaspère toujours, et qui rend les hommes malheureux. La grande question de Stendhal c’est pourquoi nous ne sommes pas heureux en démocratie ?
René Girard

Cette émission a été diffusée pour la première fois le 30 août 2004.

Bibliographie

Mensonge romantique et vérité romanesque

Mensonge romantique et vérité romanesqueHachette Littératures, 2008

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