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René Girard (1923-2015)
Épisode 4 :

Othello et Hamlet, même défaite ?

28 min
À retrouver dans l'émission

Pour René Girard, toute la théorie mimétique est présente dans Shakespeare sous une forme si explicite, que, chaque fois qu'il y songe, l'enthousiasme le ressaisit. Mais d'où vient que, de Shakespeare à Proust, en passant par Cervantès et Flaubert, le désir mimétique gouverne toutes les œuvres ?

Le philosophe René Girard (1923-2015)
Le philosophe René Girard (1923-2015) Crédits : Sophie Bassouls/Sygma/Corbis - Getty

Le propre d’une vérité est d’exister avant qu’on la découvre. L’univers n’a pas attendu Giordano Bruno pour être infini. L’hystérie n’a pas non plus attendu Freud. Les trois angles d’un triangle égalent un angle droit depuis plus longtemps que la géométrie. Dans son livre sur Shakespeare, René Girard n’applique pas rétroactivement la théorie du désir mimétique à l’œuvre du génie, mais il s’applique à montrer qu’elle est à l’œuvre à chaque instant, chaque drame ou chaque jalousie. A l’en croire, toute la théorie du désir mimétique est présente chez Shakespeare à tel point que chaque fois qu’il y songe, l’enthousiasme le ressaisit. C’est parce que le désir mimétique ne souffre, dit-il, aucune exception, que tous les livres de René Girard sont dictés par ses lois. Mais d’où vient que de Shakespeare à Proust, en passant par Cervantès, Stendhal, Flaubert ou Dostoïevski, le désir mimétique gouverne toutes les œuvres ? Est-ce qu'il est le secret absolu de la nature humaine, ou bien la clef qui transforme en serrures les livres de ceux qui la connaissent ? Dans le premier cas, pour peu qu'on ouvre les yeux, personne ne peut éviter d'y croire ; mais dans le second, René Girard ne chercherait pas le désir mimétique lui-même s'il ne l'avait pas déjà trouvé.

Iago : Je te l’ai dit souvent et je te le redis : je hais le Maure.   
Othello, acte I, scène III

Grâce à la théorie du désir mimétique, et à partir de l'exemple d'Othello, mais bien plus encore de l'intrigue du Conte d'hiver, René Girard élabore une généalogie de ce sentiment très étrange, mélange de proximité et de répulsion à la fois, qu’est la haine.

René Girard : La vraie tragédie de la jalousie mimétique pour moi, ce n’est pas vraiment Othello c’est le Conte d’hiver. La soudaine jalousie de Léonte vis-à-vis de sa femme Hermione est l’objet de débats continus de la critique parce que personne ne comprend la genèse de la jalousie de Léonte. Ici nous avons Othello sans Iago, le Iago est interne. Si Othello été écrite pour le théâtre shakespearien, le Conte d’hiver est une pièce plus intime, où Shakespeare a décidé d’être totalement lui-même et de parler de sa jalousie à la fois plus révélatrice et moins compréhensible pour le public qu’il ne l’a jamais fait. Le Conte d’hiver représente pour moi un sommet psychologique en ce qu'il révèle cette vérité qui est l’incertitude totale où nous sommes de comprendre les sentiments des êtres qui nous sont le plus proches de nous. Cette hésitation qui fait que l’on peut passer d’un extrême à l’autre, de l’amour absolu de sa femme qui est délicieuse et qui a toutes les vertus à une haine abominable. Shakespeare est d’une telle finesse dans l’analyse psychologique qu'il montre que cette capacité d’analyse, si puissante soit-elle, peut s’appliquer à tort, devenir complètement folle, en particulier chez les individus qui sont le plus puissants dans l’intuition de l’autre car les possibilités les plus extrêmes sont présentes en eux. Je crois qu’il y a là quelque chose de la définition du libre arbitre, de la liberté - et de la capacité de dissimulation - de l’homme qui est inouï.

Cette émission a été diffusée pour la première fois le 2 septembre 2004.

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