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René Girard (1923-2015)
Épisode 5 :

Le triangle nietzschéen

28 min
À retrouver dans l'émission

Dans un article intitulé "Le surhomme dans le souterrain", René Girard enferme la folie de Nietzsche dans les barreaux subtils du désir mimétique, et proclame la "fin de l'ère de la volonté de puissance".

Le philosophe René Girard (1923-2015)
Le philosophe René Girard (1923-2015) Crédits : Jean-Marc LUBRANO/Gamma-Rapho - Getty

Dans un article intitulé "Le surhomme dans le souterrain", René Girard enferme la folie de Nietzsche dans les barreaux subtils du désir mimétique, et proclame la "fin de l'ère de la volonté de puissance". Soit. À vrai dire, et si la loi du désir mimétique est toujours valide, le vieux Nietzsche et le jeune René Girard sont-ils trop différents pour ne pas être rivaux, voire - qui sait ? – semblables.

Nietzsche et René Girard sont des chasseurs, tous les deux, qui font la généalogie du désir humain. Mais Nietzsche parle d’un désir affranchi de toute contrainte et fait du religieux une version famélique de la vie alors que René Girard tient l’humanité pour fille du religieux et révèle qu’aucun désir n’échappe à la question de la rivalité. L’un proclame la bonne nouvelle de la mort de Dieu, l’autre affirme sa résurrection à chacune de nos tragédies. Nietzsche recherche la dissemblance, René Girard s’attache à l’unité. Surtout Nietzsche veut révéler la violence et en proclamer le non sens tandis que René Girard en fait lui le principe même de la culture. Et s’il n’y a pas chez René Girard une seule page où il prenne en défaut sa propre théorie, vous ne trouverez pas chez Nietzsche un seul paragraphe qui ne contredise un peu le précédent.

René Girard revient au cours de cet entretien sur la façon dont il interprète les rapports entre le philosophe allemand et Richard Wagner à l'aune de sa théorie du désir mimétique. Interrogé également sur sa relation à l'égard de Nietzsche, il évoque sa conception très différente des origines de la violence :

René Girard : Nietzsche donne un sens esthétique à la violence, il l’applaudit. Il considère que l’attitude aristocratique par excellence, celle qui lui plaît, celle du jeu vis-à-vis de la vie, fait place à la violence, et que seuls les esclaves, les victimes méprisables de la violence, peuvent être contre elle. Chez lui, cette révélation n’aboutit à rien, c’est le nihilisme absolu. On est aussi loin du judaïque et du chrétien que possible. La vérité nietzschéenne de la violence c’est que la victime est toujours innocente, et qu’elle est choisie pour des raisons autres que sa culpabilité, donc que les hommes sont incapables de justice. Nietzsche accepte cela, par conséquent il en fait la seule possibilité humaine véritable, ce qui est invivable. La folie de Nietzsche est là pour moi. Nietzsche a vu des choses gigantesques mais à mon avis il n’en a pas tiré les conséquences justes. Il est incapable de reconnaître qu’être pour la victime, c’est être pour la vérité. La victime est innocente, elle ne peut pas être coupable des crimes dont l’accuse la foule. Par conséquent même si ce sont les esclaves qui sont pour la victime, ils ont la vérité pour eux. Si nous ne reconnaissons pas cela, nous ne pouvons plus dire que le monde occidental a découvert quelque chose de vrai lorsqu’il innocente les sorcières assassinées au XVe siècle. Nous échappons à tous les critères qui nous permettent d’être ce que nous sommes en tant que défenseurs de la liberté. Nietzsche nous prive de cela si nous suivons complètement sur son terrain.

Cette émission a été diffusée pour la première fois le 3 septembre 2004

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