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Rithy Panh
Épisode 1 :

Mon enfance dans le Cambodge d'avant

28 min
À retrouver dans l'émission

Dans ce premier volet d'entretiens, Rithy Panh évoque son enfance dans le Kampuchea démocratique, au début des années 1970, avant l'arrivée au pouvoir de Pol Pot et du régime khmer rouge.

Rithy Panh au Festival Etonnants Voyageurs de Saint-Malo en 2012
Rithy Panh au Festival Etonnants Voyageurs de Saint-Malo en 2012 Crédits : Raphael GAILLARDE / Gamma Rapho - Getty

Rithy Panh a treize ans quand, en avril 1975, les Khmers rouges entrent dans Phnom Penh. Mais avant cette année dramatique, il y a eu l'enfance, entouré de huit frères et soeurs, et les changements progressifs qui interviennent dans la vie quotidienne, à partir de la montée en puissance des révolutionnaires, dès le début des années 1970. Dans ce premier volet d'entretiens avec Christophe Bataille, Rithy Panh évoque plus particulièrement la figure de son père, qui a profondément marqué le cinéaste par la force morale qu’il a opposée au régime khmer, en étant la preuve vivante de l’existence d’une "puissante banalité du bien", et celle de sa mère.

Ma mère était une fille de la campagne, réputée pour ses talents de cuisinière. Quand elle rencontre mon père, qui à l'époque était encore instituteur, elle ne sait ni lire ni écrire. Elle a appris à lire à travers les fenêtres ouvertes de leur logement de fonction, en écoutant les enseignants répéter l'alphabet à leurs élèves, et par la suite, elle a continué à apprendre en faisant faire leurs devoirs à ses deux fils aînés. Ma mère avait la main verte, tout poussait dans notre jardin. A la saison des mangues, on avait des milliers de mangues. A la saison des pommes-cannelle, on avait des milliers de pommes-cannelle. Avant la guerre, la maison était toujours ouverte au moment des fêtes religieuses ou familiales. On avait des poules, des canards, qu’on faisait cuire, j’ai vu jusqu’à 50 canards suspendus. Chacun se servait quand il avait faim. Il y avait des hauts fonctionnaires qui travaillaient avec mon père qui passaient boire le thé, des gens qui revenaient de France après les vacances scolaires, des étudiants boursiers, etc.Vers 1971, on a commencé à savoir que les Khmers rouges sévissaient dans les provinces, exécutaient des gens, des instituteurs qu'il avait formés informaient mon père de ce qui se passait. Mais à l’époque personne n’aurait pu imaginer la destruction complète qui allait s’abattre sur le pays à partir de 1975.

Rithy Panh évoque également le parcours et l'engagement de son père.

Les seuls souvenirs que je garde d'un Cambodge en paix, ce sont les visites que nous faisions à la famille de mon père, dans un village situé la frontière vietnamienne. Je me souviens des longs trajets à travers la montagne et la forêt. C'est là que j'ai pris conscience des origines très modestes de mon père, qui avait grandi à la campagne et été le seul de ses 9 frères et sœurs à avoir été scolarisé. Il est devenu instituteur et d'une certaine façon, en dépit de sa carrière de haut fonctionnaire par la suite, il l’est resté toute sa vie. Plus qu’un métier, c’était sa colonne vertébrale, sa raison d’être. Mon père n’avait pas la fibre d’un homme politique, il était un serviteur d’Etat. Rien d’autre ne le préoccupait en dehors de l’éducation. Son combat pendant la guerre se résumait à maintenir les écoles ouvertes, à continuer à former des générations d’instituteurs, à khmériser l’enseignement, qui se faisait encore français, à relire les manuels scolaires pour vérifier la justesse d’un mot en khmer.

  • Lectures : Charlotte Rampling
  • Réalisation Angélique Tibau
  • Prise de son : Frédéric Cayrou et Philippe Etienne
  • Avec la collaboration de Claire Poinsignon
Intervenants
L'équipe
Production
Avec la collaboration de
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