LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Rithy Panh
Épisode 2 :

Avril 1975, le nouvel an le plus triste de ma vie

28 min
À retrouver dans l'émission

17 avril 1975 : les forces spéciales de l'armée des Khmers rouges entrent en vainqueurs dans la capitale cambodgienne. Au micro de Christophe Bataille, Rithy Panh revient sur cette journée historique au cours de laquelle sa vie, celle de sa famille et celle de tout un peuple a basculé.

Rithy Panh
Rithy Panh Crédits : Dominique Charriau/WireImage - Getty

Rithy Panh a treize ans quand, en avril 1975, les Khmers rouges entrent dans Phnom Penh. Il perd toute sa famille en quelques semaines. Son grand-frère, parti seul à pied vers leur maison. Son beau-frère médecin, est exécuté au bord de la route. Son père, au bout de quelques mois, va décider de ne plus s'alimenter. Sa mère s'allonge à l'hôpital sur le lit où vient de mourir l'une de ses filles. Ses nièces et neveux. Tous emportés par la faim, par la cruauté et la folie khmère rouge. A treize ans, Rihy Panh est sans famille. Sans nom. Il survit quatre ans dans ce pays de mort.

Mais avant cela, il y a cette journée charnière du 17 avril 1975 qui voit les soldats Khmers rouges prendre possession de Phnom Penh en une matinée, et qui reste aujourd'hui encore un souvenir traumatique pour Rithy Panh.

Les soldats sont venus nous dire qu’il fallait quitter la ville. Mon souvenir de cette journée est d’avoir été pris dans une marée humaine. Aujourd’hui encore, à cause de cela, je ne supporte pas la foule. Quand je suis dans un métro aux heures de pointe, cela me rappelle Phnom Penh le 17 avril. Il y avait dans les rues des personnes âgées qui essayaient de fuir, des malades qu’on expulsait des hôpitaux, certains avec encore une perfusion dans le bras. Parmi les soldats des forces spéciales, il y avait des garçons et des filles très jeunes. Ils portaient des grenades et des cartouches accrochés à leur ceinturon, et leur visage était complètement fermé, sans aucune expression de fraternité. Nous étions dans un rapport de vainqueurs et vaincus. L’un d'entre eux m’a expliqué que tout contact avec la population leur était interdit, le seul contact autorisé était celui du canon de leur fusil.

Après la fuite de Phnom Penh, la famille Panh est assignée à résidence à la campagne, où le père est enrôlé de force dans des unités de travail qui vont en forêt couper des bambous, et à l'instar de tous ceux qui en portent, privé de ses lunettes, interdites par le nouveau régime parce qu'associées à la figure de l'intellectuel abhorrée par les Khmers rouges.

On a été placés chez une famille de paysans, on logeait au rez-de-chaussée de leur maison sur pilotis. Mais au début, moi j’étais dans Tom Sawyer. Je fumais des cigarettes roulées avec du gros tabac avec des fils de paysans. C’était l’aventure, je gardais des bœufs toute la journée. J’apprenais à pister des abeilles pour récupérer le miel, à pêcher et à cuire des poissons au feu de bois, j’avais faim mais je trouvais ça amusant. J’avais 13 ans. 

  • avec la collaboration de Claire Poinsignon
  • Réalisation Angélique Tibau
  • Prise de son : Frédéric Cayrou et Philippe Etienne
  • Lectures : Charlotte Rampling
Intervenants
L'équipe
Production
Avec la collaboration de
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......