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Serge Lutens (1/5)

29 min
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Serge Lutens
Serge Lutens Crédits : Patrice Nagel

Par Philippe Bresson. Réalisation : Lionel Quantin. Prise de son : Tomas Robine. Attachée de production : Claire Poinsignon.

Photographe ? Parfumeur ? Illusionniste ? Designer ? Directeur artistique « malin en diable » ? Alchimiste ? Conteur ? Serge Lutens est d'abord un auteur : d'images, de parfums, de textes, de textures, d'objets, de mystère aussi. Fait-il œuvre de photographe ou de metteur en scène, lorsqu’il concrétise l'image de son rêve, puisque d'elle il réalise tout, le thème, le costume, la coiffure, la parure de la peau, la lumière, le décor et jusqu'aux bijoux ? Chacun de ces domaines maîtrisés à la perfection et dont il aurait pu isoler un métier et un seul. Mais non. Plutôt que de choisir, il a fait de cette multiplicité une identité artistique, en inventant son propre langage. Un langage à l'écriture polyphonique, comme on le dit en musique de la combinaison de plusieurs voix indépendantes et pourtant liées les unes aux autres par les lois de l'harmonie.

Le style « Lutens » est très vite repéré par les plus grandes marques, Dior en 1967 et surtout Shiseido, dès 1980 : une collaboration qui permettra à ce groupe de cosmétiques japonais jusqu’alors inconnu sur la scène internationale, d’imposer une identité visuelle si puissante, qu’il deviendra l’un des acteurs mondiaux du marché dans les années 80 et 90. Pourtant, si sa signature génère un impact publicitaire considérable, Serge Lutens semble n'avoir jamais plié sous la dictature d'une mode, par définition éphémère. Les femmes – fatales – au teint de craie qui hantent ses contes photographiques, ne constituent pas une proposition identitaire, une injonction à qui que ce soit de changer, de ressembler à quelqu'un d'autre. Icônes intemporelles, elles ne suggèrent en rien un modèle à singer ou un style à imiter, ni ne sont là pour plaire. Si elles sont convoquées par leur auteur, c'est pour mieux faire « mentir » les images, afin qu'en elles, il puisse nous dire sa vérité .

« Le premier accord avec le parfum, c’est celui qu’on fait avec soi-même » , aime-t-il à répéter.

Des rangs de flacons simplement ornés d'étiquettes, comme autant de petites bouteilles à la mer, qui, remontées à la surface depuis les profondeurs de l'enfance, délivrent leur message à qui veut l'entendre. De Féminité du Bois à La Fille de Berlin , en passant par Ambre Sultan , Tubéreuse Criminelle ou Musc Koublaï Khan , cela fait plus de trente ans que ce magicien – par essences interposées –, nous donne à « ressentir » quelque chose de nous-mêmes, quand il nous parle de lui.

Philippe Bresson

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