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Frederick Wiseman le 14 mai 2016 lors du 69ème Festival du film de Cannes.
Épisode 2 :

"Le montage c'est une façon de parler avec soi-même"

29 min
À retrouver dans l'émission

Deuxième volet de la série "A voix nue" avec le réalisateur Frederick Wiseman qui analyse le travail de montage dans ses films, livre son point de vue sur la soit-disant objectivité des documentaires et confie ne pas vraiment se soucier de la façon dont ils sont reçus, lui sait pourquoi il les fait.

Frederick Wiseman le 14 mai 2016 lors du 69ème Festival du film de Cannes.
Frederick Wiseman le 14 mai 2016 lors du 69ème Festival du film de Cannes. Crédits : Loïc Venance - AFP

Dans ce deuxième entretien d' "A voix nue, Frederick Wiseman explique comment il s'attaque à la centaine d'heures de rushes qu'il a devant lui à la fin du tournage : "Ces cent heures n'ont aucune forme et il faut que je trouve le film parmi ces cent heures." Il visionne alors tous les rushes et tient un cahier où il note chaque prise selon un système "adapté du guide Michelin" s'amuse-t-il, à savoir qu'il donne "une, deux ou trois étoiles, ou pas d'étoile". A la fin de ce procédé, il a "une idée des séquences candidates pour le film".

A ce moment, je n'ai aucune idée de quelle sera la structure du film et je n'y pense pas beaucoup à ce moment parce que je ne peux pas penser à la structure dans l'abstrait. Il faut que je fasse des essais et ça prend peut-être sept ou huit mois pour monter toutes les séquences qui sont possibles, qui sont candidates pour le film final.

Il poursuit alors son procédé en travaillant le rythme et la structure avant le montage final.

Je trouve tous les aspects du film documentaire intéressants mais je crois que je préfère un peu le montage parce qu'on a la possibilité d'essayer de penser ce qu'on a devant mes yeux et mes oreilles. Tous les aspects du cinéma sont des choix mais le choix final se fait dans la salle de montage.

Je ne suis aucun principe sauf que j'essaye de comprendre ce qu'il y a devant mes yeux et mes oreilles, c'est cela le vrai montage.

Frederick Wiseman s'explique sur la soit-disant absence d'objectivité de ses films : "Je crois qu'il n'y a aucun film qui soit objectif. Je trouve ce mot comique quand on l'utilise pour des films. Moi, j'espère que mes films sont justes, "fair" en anglais. J'espère que mes films ne sont pas idéologiques."

Je trouve que les films didactiques sont très condescendants envers le public, les spectateurs. La technique que j'utilise, ça marche parce que le spectateur est plongé dans les événements et il a assez de renseignements sur ce qu'il se passe. Mon opinion est présente par les séquences que je choisis d'utiliser et l'ordre, la structure dans lesquels je les présente. Dans ce sens, mes films ressemblent plus à des romans qu'à du journalisme ou des actualités télévisées. Le montage pour moi ressemble un peu à l'écriture.

La réception de mes films m'intéresse mais ce n'est pas la raison pour laquelle je tourne des films. Si je n'avais pas mes idées, peut-être assez fixes, je serais perdu mais je ne dépends pas de la réaction des autres.

Par Charlotte Garson. Réalisation : Frank Lilin. Rediffusion de l'émission du 07/11/2006. Avec la collaboration de Claire Poinsignon et de Delphine Lemer.

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