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Zeev Sternhell
Épisode 1 :

L’empreinte de la guerre, l’empreinte de la vie

28 min
À retrouver dans l'émission

Dans cet entretien, Zeev Sternhell raconte son enfance dans un ghetto juif polonais, la façon dont il a échappé à la déportation, et son adolescence à Avignon où il rejoint en 1946 une tante et un oncle exilés avant la guerre, et où il apprend le français avant d'émigrer en Israël, à 16 ans, en 1951

L'historien Zeev Sternhell chez lui à Jérusalem en 2015.
L'historien Zeev Sternhell chez lui à Jérusalem en 2015. Crédits : THOMAS COEX / AFP - AFP

En 2011, Philippe Gumplowicz s'entretenait avec Zeev Sternhell. Historien des idées, spécialiste de l’extrême droite en France mais aussi infatigable militant en faveur de la paix et du dialogue israélo-palestinien, Zeev Sternhell est l'auteur de nombreux essais sur le corpus idéologique du nationalisme (Maurice Barrès et le nationalisme français, 1972) et du fascisme en France (Ni droite ni gauche : l'idéologie fasciste en France, 1983) mais également sur la période des Lumières (Les Anti-Lumières : une tradition du XVIIIe siècle à la Guerre froide, 2006, suivi de Histoire et lumière, changer le monde par la raison, paru en 2014). 

Zeev Sternhell incarne l’intellectuel par excellence. Avec une œuvre, des lecteurs, la reconnaissance de ses pairs. Mais un intellectuel atypique puisque que la matière de son œuvre, le nationalisme, n’est pas seulement un matériau arraché aux archives, c’est aussi une expérience humaine que l’historien a subi dans sa chair.

1939-1946 : un monde s'écroule

Né juif, Zeev Sternhell voit le jour dans une petite ville de la Galicie polonaise en 1935. Après avoir passé une partie de son enfance dans un ghetto, et vécu la disparition de ses parents et de sa soeur, Zeev Sternhell survit au désastre de la guerre à Lvov, aujourd’hui en Ukraine, caché par un capitaine de l'armée polonaise. 

A l’automne 1939, un monde confortable, un monde de paix et de bonheur s’écroule d’un coup. Et ce n’est pas une métaphore. La guerre a commencé pour moi par un bombardement terrible. J’avais 4 ans et demi. Quand j’avais 5 ou 6 ans, ma mère me racontait le conte d’Andersen de La petite marchande d’allumettes, cette histoire m’a marqué pour toujours. Un monde où un enfant de mon âge peut mourir de cette façon est quelque chose qui m’a paru tellement inhumain que j’ai voulu le changer. Je pense que ma conscience d’homme de gauche s’est éveillée de cette façon. Le marxisme en tant que système philosophique est une chose, mais en tant qu’arme politique, il ne m’a jamais convaincu. C’est l’injustice de la mort d’un enfant qui a contribué à forger ma conscience politique.

1946-1951 : Avignon ou l'expérience de la liberté

En 1946, alors âgé de 11 ans, Zeev Sternhell arrive en France chez un oncle et une tante, où il va être scolarisé au lycée Frédéric-Mistral d'Avignon. 

A l'époque, l’examen d’entrée au lycée comportait une dictée et une épreuve de calcul. J’avais six mois devant moi pour être capable d'écrire le français et je dois ce tour de force à mon instituteur, M. Tamisier. J'étais devenu son projet personnel, il me faisait faire une dictée par jour. Le jour où il m’a dit "0 faute !" je n’ai jamais ressenti un tel sentiment de gratitude. Mon expérience avignonnaise a joué un rôle déterminant dans ma vie. En arrivant en France – j’étais un gosse qui avait connu le nazisme, le stalinisme, tout vu ou presque, et j’ai découvert la liberté. Mon oncle était abonné à deux journaux, l’un socialiste, l’autre communiste, et il allait chercher Le Monde, qui était un journal gaulliste, même si cette lecture le rendait parfois fou de rage, mais il fallait s’informer à tout prix. Pour moi, le fait qu’on puisse dire ce qu’on veut, lire ce qu’on veut, c’était merveilleux. Ce sont ces deux valeurs, la liberté, et la laïcité découverte au lycée où j’allais, qui m’ont marqué à jamais.

1948-1951 : de la création de l'état d'Israël au départ

En 1948, la création de l’Etat d’Israël est un choc pour le jeune lycéen d'Avignon, une sorte de rêve qui se réalise, et qui fait rapidement germer le désir de participer à cette aventure. 

C’était d’abord une aventure extraordinaire. Une chose que l’on ne comprend plus aujourd’hui. Tout d’un coup, les juifs se construisent un état. A-t-on jamais vu une chose pareille ? Ils deviennent un peuple comme les autres, et ils font cela par la force des armes, ces Juifs qui, quelques années auparavant, avaient été conduits à l’abattoir. Six ans avant, en 1942, le ghetto de Przemyśl où j'avais vécu avait été liquidé. Après avoir été écrasés, les Juifs revivaient, renaissaient, c’était unique en son genre. Nous voulions en être. Donc en janvier 1951, je n’avais pas encore 16 ans, je suis parti seul, ma tante et mon oncle ne m’ont rejoint qu'une dizaine d’années plus tard. A l’époque, le pays était jeune et pauvre, des centaines de milliers d’immigrés vivaient sous la tente. Et c'était l’hiver le plus dur du siècle, il avait neigé sur les plages de la Méditerranée, ce qui ne s’est jamais revu depuis.

Remerciements à Annette Becker, Fabrice Bouthillon, Philippe Salvadori.

Equipe technique

Réalisation : Anne-Pascale Desvignes
Prise de son : Eric Girard
Avec la collaboration de Claire Poinsignon et Sandrine Boniack.

Intervenants
  • historien des idées, professeur émérite à l'université de Jérusalem, spécialiste de l'histoire du fascisme
L'équipe
Production
Avec la collaboration de
Réalisation
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