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Zeev Sternhell
Épisode 4 :

La question Israël

28 min
À retrouver dans l'émission

Israël : là où se rencontrent l'Orient et l'Occident mais surtout la raison et l’absence totale de raison. Là où les frontières n’ont jamais été définies. Israël, cette zone fractale qui prend à bras le corps la question que Zeev Sternhell se pose depuis toujours : qu’est-ce qu’une nation ?

Zeev Sternhell (au centre) pendant la Guerre des Six Jours en 1967
Zeev Sternhell (au centre) pendant la Guerre des Six Jours en 1967 Crédits : AFP

Citoyen israélien, Zeev Sternhell participe comme soldat à trois guerres d’Israël, notamment celle de Suez en 1956. Le sujet qui n’en finit pas d’être actuel : le sionisme et l’État d’Israël. Israël avec ses crises, ses drames, ses questions sans réponses, c’est un pays dont Sternhell dit en souriant qu’on ne n’y ennuie jamais.

Le concept de nation juive

Zeev Sternhell retrace l'histoire du sionisme et s'interroge sur la définition d'une nation, en tant que "produit de l'Histoire". Ce qu'il manquait à la nation juive à la fin du 19e siècle, c'était un territoire. "Le sionisme c'est la conquête de la terre. Cette terre vers laquelle les Juifs se tournent depuis 2000 ans" et, explique Zeev Sternhell, cette conquête se fait par le travail et par les armes. Les Juifs ont toujours travaillé de leurs mains, s'amuse t-il à rappeler, c'est une erreur de les imaginer tous commerçants. En Palestine, le travail agricole revêt une dimension morale et idéologique.

Le sionisme naît en Europe à la fin du 19e siècle au moment où les autres mouvement nationaux d'Europe centrale et orientale montent à la surface très fort lorsque l'Autriche-Hongrie commence à tomber en morceaux. Le sionisme naît dans ce milieu et en ce moment. Le mouvement national juif n'est pas différent des autres mouvements nationaux. Il n'est ni meilleur, ni pire, il est comme eux. Comment définit-on la nation dans ces pays ? La nation ne se définit pas par la citoyenneté, la nation se définit par la culture, la langue, l'histoire et la religion. La nation est un corps, ce n'est pas un ensemble de citoyens. La nation telle qu'on la conçoit en Europe centrale et orientale, c'est exactement le contraire de la définition de la nation que l'on trouve dans l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, une définition politique et juridique, qui d'ailleurs n'a pas survécu les premières années de la Révolution française. [...] Les Juifs constituent une nation non pas parce qu'ils sont citoyens d'un État, mais parce qu'ils ont en commun un héritage historique et religieux. C'est la religion qui constitue tout d'abord le ciment de la nation juive.

Deux États pour deux peuples

La guerre d'indépendance de 1948-1949 installe la conquête de cette terre convoitée. Pour Zeev Sternhell, il faudrait en rester aux frontières de cette conquête et ne pas aller au-delà. La solution au conflit politique si complexe est d'accepter la légitimité de l'État d'Israël et d'aller vers deux États pour deux peuples : "Il faut un principe acceptable et le seul principe acceptable est celui de la finalité de la situation créée en 1949." Même s'il ne veut pas faire preuve d'optimisme béat, Zeev Sternhell veut faire confiance à la raison et refuse de baisser les bras.

La guerre de 1948-1949 sanctionne la conquête de cette terre. Je considère que la conquête de la terre jusqu'à la fin de la guerre d'indépendance de 1948-49 était légitime, était légale parce qu'elle était nécessaire. Il n'y avait de peuple au monde qui avait davantage besoin d'un lopin de terre, d'un toit au-dessus de la tête que les Juifs au 20e siècle. Ce qui a été fait, a été fait par nécessité et répondait à un besoin réel. C'est pour cela qu'à mon sens, c'était bon et c'était juste et c'était légitime. La situation change totalement après 1967, après la Guerre des Six Jours lorsque les territoires au-delà de la ligne de cessez-le-feu tombent entre nos mains. Et là commence la véritable catastrophe. La grande défaite morale de la Gauche israélienne après 1967 résidait dans l'incapacité d'opposer un argument moral, idéologique, un raisonnement face à la grande question qui se posait : Pourquoi ne pouvons-nous pas continuer vers le Golan, la Cisjordanie et ainsi de suite ? 

Remerciements à Annette Becker, Fabrice Bouthillon, Philippe Salvadori.

Equipe technique

Réalisation : Anne–Pascale Desvignes
Prise de son : Eric Girard
Avec la collaboration de Claire Poinsignon et Sandrine Boniack.

Intervenants
  • historien des idées, professeur émérite à l'université de Jérusalem, spécialiste de l'histoire du fascisme
L'équipe
Production
Avec la collaboration de
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