LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Zeev Sternhell
Épisode 5 :

A l’ombre des nations en pleurs

28 min
À retrouver dans l'émission

Dans le dernier volet de ces entretiens avec Philippe Gumplowicz, Zeev Sternhell revient sur une idée qui le préoccupe depuis toujours : la recherche de la cellule souche du mal identitaire. L’œuf du serpent en quelque sorte, ce serpent qui déroule ses anneaux tout au long du XXe siècle.

Zeev Sternhell chez lui à Jérusalem en 2015
Zeev Sternhell chez lui à Jérusalem en 2015 Crédits : THOMAS COEX / AFP - AFP

Zeev Sternhell revient sur une idée qui le préoccupe depuis toujours et à laquelle il a consacré, en 2006, un livre somme, nourri par une érudition impressionnante, Les Anti Lumières, du XVIIIe siècle à la Guerre froide : la recherche de la cellule souche du mal identitaire en Europe. Il dit et répète que le nationalisme divise les hommes et préfère interroger sur ce qui les réunit. 

Communauté et commune nature humaine

Selon le penseur Zeev Sternhell, il y a deux façons d'appartenir à une communauté : percevoir la commune nature humaine en chacun au-delà de nos différences, ou bien se distinguer en tant que communauté et défendre ses spécificités à tout prix.  Pour comprendre cette vision inégalitaire des communautés, il fait remonter ses recherches à la fin du 18e siècle, autour de la figure du philosophe allemand et penseur du nationalisme, Johann Gottfried von Herder.

Une défense de votre moi culturel, national, quel qu'il soit, implique d'élever des barrières pour empêcher des contacts trop puissants, trop suivis avec d'autres cultures parce que ce contact modifie votre moi. Il faut savoir quel est le prix de cette vision de la spécificité, le prix c'est que nous ne pouvons pas envisager une véritable égalité entre ces communautés. Si nous défendons jalousement notre spécificité et toutes les autres communautés défendent elles aussi leurs spécificités, les contacts entre ces cultures sont considérés comme un mal.

Raison et sentiments

L'historien Zeev Sternhell réfléchit à l'opposition entre la raison d'un côté et les sentiments, de l'autre. Il plaide pour un usage équilibré des deux pôles mais constate une dérive au 19è siècle lorsque le sentiment prédomine la raison et notamment lorsque la peur et la haine de l'autre sont mises en avant dans les idéologies politiques. Il en appelle à retrouver notre "commune nature humaine" derrière le sentiment identitaire.

Les Lumières, en tant que concept et en tant qu'une période de l'histoire, n'ont jamais été ce temps de sécheresse et d’aridité, jamais. Le sentiment, la sensibilité étaient toujours là, toujours présents. Rousseau pour moi est au cœur des Lumières, n'est pas extérieur aux Lumières parce qu'il nous montre la force des sentiments, parce qu'il parle de sensibilité, mais au contraire. C'est cela les Lumières : la raison mais aussi les sentiments, l'affection... Les gens des Lumières ne pensaient pas que les hommes étaient des machines à deux pattes.

L'histoire des idées

Pour conclure cette semaine d'entretiens, Zeev Sternhell revient sur le moteur de toute une vie de recherche en science politique, à savoir la vitalité de l'histoire des idées.

L'histoire des idées m'a appris tout d'abord que les idées sont importantes, que les idées comptent, que les idées finalement façonnent la vie des hommes et leurs choix au moins sinon plus que les conditions matérielles. [...] Les idées ont une importance en soi, elles façonnent la réalité, elles se modifient au contact de la réalité, c'est un rapport dialectique entre la pensée et la réalité. Les idées ont une importance capitale dans la vie des hommes. Les idées sont vivantes, elles vivent. Nous avons vu que les idées ont changé le monde. Le monde a changé à la fin du 18e siècle parce que le 17e et le 18e siècles ont préparé cette énorme révolution intellectuelle, morale et sociale qu'a été la Révolution française et pas seulement, il y a eu aussi la révolution américaine, précédées par la Glorieuse Révolution. Ce cycle des trois révolutions qui ont été des révolutions des Droits de l'homme, ont été possibles parce qu'une idéologie des Droits de l'homme s'est créée.

Equipe technique

Réalisation : Anne–Pascale Desvignes
Prise de son : Eric Girard
Avec la collaboration de Claire Poinsignon et Sandrine Boniack.

Remerciements à Annette Becker, Fabrice Bouthillon, Philippe Salvadori.

Intervenants
  • historien des idées, professeur émérite à l'université de Jérusalem, spécialiste de l'histoire du fascisme
L'équipe
Production
Avec la collaboration de
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......